CAPTAIN MARVEL
Etats-Unis - 2019
Image de « Captain Marvel »
Réalisateur : Anna Boden, Ryan Fleck
Musique : Pinar Toprak
Durée : 122 minutes
Distributeur : Marvel
Date de sortie : 6 mars 2019
Film : note
Jaquette de « Captain Marvel »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Verse fait partie de l’élite des guerriers Kree, une race extraterrestre en guerre contre les Skrulls, des envahisseurs de mondes aux capacités de métamorphes. Durant une mission, elle a des flash d’une vie passée dont elle ne se souvient pas et va alors s’en remettre à ses supérieurs pour connaître la vérité sur ses origines.
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Un Nouvel espoir

Tout le monde l'a vu donc ce n'est un secret pour personne : la scène post-générique d'Avengers : Infinity War révéla un emblème étoilé sensé représenter le dernier espoir d'une humanité réduite de moitié par Thanos. Si certains spectateurs prenaient l'information sans la comprendre, d'autres s'attendaient déjà à voir débarquer Captain Marvel dans les prochains efforts du MCU.

Captain Marvel, espion extraterrestre créé en 1967 par Stan Lee et Gene Colan (dont le nom servit surtout à protéger les droits de la société Marvel Comics) et dont les transformations, au fil du temps, accompagneront la firme dans ses multiples changements. Entre l'année de sa création et aujourd'hui, le personnage passera donc d'espion à héros multiples (façon Shazam, à qui il empruntera d'ailleurs son nom de Captain Marvel) et changera même de sexe. Un personnage aux nombreux avatars dont le plus célèbre donnera lieu à un roman graphique resté dans toutes les mémoires et qui aujourd'hui vient donc grossir les rangs de l'univers cinématique Marvel comme bien d'autres avant lui. Et sous quelle forme finalement ? Celui d'une femme, bien entendu.

 

captain #metoo


Depuis la sortie de Wonder Woman chez la maison d'en face en 2017, il faut dire que les oreilles de la Maison aux Idées bourdonnent un peu. A quand un film enfin consacré intégralement à une super héroïne ? D'autant que les occasions et les personnages ne manquent pas. Mais non, rien. Jusqu'à l'absence totale de figurines dédiées aux personnages féminins dans la gamme de jouets proposée aux gamins du monde entier. Il fallait donc faire quelque chose. Et la pilule sans précédent que ce sont pris les Avengers face à Thanos à l'issu d'Infinity War est devenu le moment idéal pour 1. introduire un nouveau personnage et 2. en faire une femme. Mais pas n'importe laquelle. Forte, surpuissante même, indépendante, volontaire et représentant donc au final le seul rempart contre le titan mauve. Mais avant d'en arriver là, le scénario d'Anna Boden, Ryan Fleck et Geneva Robertson-Dworet (le scénario du dernier Tomb Raider c'était elle) place la future héroïne en tant que simple soldat en proie à des flashes qu'elle ne comprend pas et qui vont logiquement la conduire jusqu'à la Terre, planète dont elle est originaire en tant que... pilote d'avion de chasse. L'occasion de quelques clins d'oeil à Top Gun et à L'Etoffe des Héros et de faire passer un message clair : finit les mecs, place aux femmes !
A partir de là, il est pratiquement impossible de profiter du film sans y voir, en creux, une réponse en forme de véritable cahier des charges au mouvement #metoo et aux vagues féministes (légitimes!) qui en découlent depuis. Héroïne indépendante (Brie Larson, impeccable), supérieure hiérarchique (Annette Bening, crédible), famille monoparentale... Captain Marvel dresse un portrait de femmes d'aujourd'hui plutôt complet et avouons le, extrêmement rare dans une production d'un tel budget. Et pour parachever les intentions, son héroïne ne vaut que pour ce qu'elle est : une guerrière dont les accents campbelliens ne pourront être perturbés par aucunes des idylles (vous avez dit Wonder Woman?) ou figures paternelles habituelles.

 

Nick Furigolo


Captain Marvel film politique ? Oui, et sur un autre point important : celui des Skrulls, race extraterrestre bien connue des lecteurs de comics Marvel et qui sont ici présentés comme des migrants utilisant leurs facultés de métamorphes pour mieux fuir la guerre. Encore une fois, impossible de ne pas rapprocher leur histoire de celle, bien réelle, des vagues migratoires que notre monde connaît actuellement. Sur le fond, il est cette fois question de tolérance et de main tendue vers l'autre, et ce malgré ses différences et l'éventuel danger qu'il peut représenter.
Féminisme et vague migratoire. Autant dire que de tels sujets auraient mérité un traitement sérieux à des années lumière des sempiternels gags bien lourds dont Marvel nous gave depuis bien trop longtemps. Et pourtant, Captain Marvel rejoint quand même rapidement le côté tut-tut-pouet-pouet de la force. Notamment via Nick Fury, élément comique qu'on pourrait qualifier d'inattendu, le futur leader du SHIELD, habituellement grave et autoritaire, incarné par un Samuel L. Jackson rajeuni (impressionnant de-aging) devenant le side-kick encombrant de la guerrière kree à grand coup de répliques et de situations gagesques plus gênantes que drôles. Jusqu'à la perte de son œil, au ridicule consommé. Le spectateur assiste donc, impuissant, au sabotage en règle d'une machine qui en avait sous le capot. La belle énergie déployée dans les scènes de combats spatiaux (qu'on attendait depuis longtemps), aux partitions vigoureuses de la jeune compositrice Pinar Toprak en passant par un scénario à la mécanique certes attendue mais bien huilée, rien à faire : à chaque poussée de ses réacteurs, le film retombe désespérément au sol.

Au final, une fois de plus, malgré d'indéniables qualités de blockbuster, Marvel accouche encore d'un rejeton malade de sa propre schizophrénie galopante. Celle de vouloir absolument gagner sur tous les fronts, rallier à sa cause adultes comme bambins, succès public mais aussi critique, faire peur et rire à la fois... Une entreprise impossible qui semble se répéter indéfiniment à chaque sortie d'un nouveau film du MCU. A moins que le très attendu Avengers: End Game change enfin la donne. Pour le moment, rien n'est moins sûr.

Laurent Valentin














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