TRUE DETECTIVE SAISON 3
Etats-Unis - 2019
Image de « True Detective saison 3 »
Musique : Keefus Ciancia
Durée : 440 minutes
Distributeur : HBO
Date de sortie : 19 janvier 2019
Film : note
Jaquette de « True Detective saison 3 »
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LE PITCH
Arkansas, région des Ozarks. De 1980 à aujourd’hui, l’enquête autour du meurtre d’un jeune garçon et de la disparition de sa sœur.
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même pas mort

Tout le monde la croyait morte et pourtant non. Après presque quatre ans d'absence, True Detective dévoile enfin sa troisième saison. L'occasion de voir si Nic Pizzolatto a entendu les sirènes hurlantes de ses détracteurs et s'est rangé à leurs avis. Dans un certain sens, oui. Dans un autre, non. Alleluia !

2014. La première saison de True Detective, une anthologie policière, est une véritable consécration. Nic Pizzolatto, son créateur, trempe généreusement sa plume dans le glauque et le poisseux, et embarque ses deux héros à la poursuite d'un tueur insaisissable en Louisiane. L'atmosphère rappelle Seven, la réalisation du très doué Cary Fukunaga évoque David Fincher et Michael Mann. Et, surtout, Woody Harrelson et Matthew McConaughey campent deux personnages superbement écrits qui vont marquer au fer ce premier rendez-vous.
2015. Voulant rompre avec la première année, Pizzolatto change tout. Les plaines sans fin de Louisiane sont remplacées par le béton et l'acier d'une petite ville de Californie, la réalisation possède maintenant plusieurs signatures et le casting s'étoffe. Rachel McAdams, Colin Farrell et Taylor Kitsch sont trois flics enquêtant sur une affaire de corruption autour d'un mafieux local interprété par Vince Vaughn. Qualité et noirceur sont toujours au rendez-vous mais certains choix scénaristiques complexifient peut être trop la narration. L'accueil est donc beaucoup plus mitigé, à tel point qu'une impression de joyeuses funérailles semble flotter dans l'air à l'issue de son ultime épisode. De l'avis général, il n'y aura probablement pas de troisième saison.
Quatre ans plus tard, contre toute attente, Pizzolatto réussit enfin à accoucher d'une suite, toujours sur l'incontournable chaîne HBO, draguant pour l'occasion dans son sillage un des noms les plus emblématiques de la chaîne (et de la TV US en général) : David Milch, créateur de Deadwood mais aussi et surtout du monument NYPD Blue. De quoi braquer tous les projecteurs sur le show, calmer ses détracteurs, et repartir de plus belle durant huit nouveaux épisodes d'une heure ou presque.

 

une vie pour rien


1980. Les petits Will et Julie Purcell disparaissent peu après avoir quitté le domicile familial. A l'issue d'une battue, le corps de Will est retrouvé dans une grotte, allongé sur le dos, les mains jointes. A quelques mètres de sa dépouille est retrouvée une étrange poupée évoquant un rituel. Aucun indice. Aucun témoin. Rien. Et, surtout, sa sœur, Julie, reste introuvable. L'enquête est confiée aux inspecteurs Wayne Hays (le très à la mode Mahershala Ali, impérial!) et Roland West (Stephen Dorff, presque invisible) qui, rapidement, sentent que l'enquête ne va pas être simple et risque de s'éterniser. La petite ville où vivaient les enfants Purcell est située dans les Ozarks, une région accidentée qui s'étend sur quatre états et leur famille, du genre white trash touchée de plein fouet par la crise, n'est pas du genre à collaborer facilement. Le père pourtant (l'excellent Scoot McNairy vu dans la non moins excellente Godless), totalement dévasté par la disparition de sa fille et la mort de son fils, se montre coopératif. Même s'il devient rapidement le premier et plus probable suspect.
1990. Dix ans plus tard, l'enquête n'a pratiquement pas avancée mais un coup de théâtre la relance : la petite Julie Purcell, maintenant âgée de plus de vingt ans, a été reconnue sur la caméra de surveillance d'un supermarché. West, promu, décide d'embaucher Hays, qui a pris ses distances depuis des problèmes de santé de plus en plus récurrents et rouvre l'enquête.
2015. 25 ans plus tard, Julie Purcell est toujours introuvable et le meurtre de son frère reste impuni. En 35 ans, toute une vie, l'enquête n'a été qu'un immense fiasco sans aucun résultat. West est maintenant à la retraite, Hays, quant à lui, vieux et diminué par des troubles de la mémoire qui handicapent sa vie et condamne son fils à être son chaperon presque à plein temps, est contacté par la production d'une émission de télévision consacrée à l'enquête. Au fur et à mesure des interviews, il va tenter de rassembler ses souvenirs, perdus dans l'inextricable labyrinthe de sa maladie mentale.

 

la traversée du temps


Dès son premier épisode, cette troisième saison évoque énormément l'inoubliable enquête de Rust Cohle et Marty Hart ; des enfants pour cible, des poupées évoquant d'étranges rituels, un des deux inspecteurs souffrant de troubles de la personnalité, une enquête qui s'éternise... L'affaire des enfants Purcell va pourtant rapidement prendre ses distances avec les meurtres commis en Louisiane, car derrière cette histoire, ce qui intéresse Nic Pizzolatto, c'est le temps lui même et les effets dévastateurs qu'il peut avoir sur nous. De sorte que tous les éléments de l'enquête, qu'ils soient d'abord situés dans les années 80, les années 90 ou aujourd'hui, se mélangent sans cesse. Chaque épisode passant plusieurs fois et dans tous les sens d'une époque à l'autre, au fur et à mesure que des éléments reviennent à la mémoire de Hays, alors que l'émission de télévision (très intelligemment titrée True Criminal), en quête de scoop, l'interviewe à son sujet. Un inspecteur Hays aux cheveux blancs, chaperonné par un fils qui craint que les trous de mémoire de son père, qui se retrouve parfois dans certains endroits sans se rappeler pourquoi, ne mettent finalement sa vie en danger. Si la mise en abyme est parfaite (le téléspectateur est obligé lui aussi de faire appel à sa mémoire pour y comprendre quelque chose) il faut avouer que la complexité de cette saison trois risque de venir à bout des plus courageux. D'autant qu'à cela s'ajoute l'atmosphère délétère et nauséeuse, habituelle et si particulière de la série, entre rêve et réalité, réalisme et fantastique, et prenant cette fois la forme de fantômes des victimes tuées par Hays durant son service au Vietnam (True Criminal, donc...) et qui viennent le visiter la nuit, comme autant de rappel de ses crimes et de son illégitimité en tant que flic.

 

a man of his own


Malgré toutes ses qualités, cette troisième fournée accuse tout de même quelques défauts d'importance. Alors que ses deux premières saisons nous narraient l'histoire de deux (voire trois) flics avec autant de points de vue possibles et de backgrounds à raconter, celle ci est presque intégralement consacrée à un seul et même personnage. Tellement, d'ailleurs, qu'on se demande parfois ce que celui incarné par Stephen Dorff, qui n'a rien à raconter, vient faire là. Concentré, ratatiné même, autour de Mahershala Ali, qui apparaît incessamment jeune puis vieilli, puis de nouveau jeune, le récit (embrouillé au possible) prend donc son temps. De sorte que les épisodes se ressemblent presque tous et deviennent une sorte d'amalgame dans lequel il est difficile de les différencier. Et ce malgré la présence de trois réalisateurs différents (dont le très intéressant Jeremy Saulnier) mais qui du coup n'arrivent pas à y injecter leur personnalité. Un problème de rythme qui connaît toutefois un soubresaut lors de la désormais habituelle fusillade de mi-saison, comme toujours très impressionnante, mais qui retombera aussi sec, jusqu'à la surprenante conclusion du dernier épisode.

Si cette troisième saison n'atteint donc jamais la perfection de son illustre aînée (vers laquelle elle revient d'ailleurs vers la fin de son histoire) il serait pourtant injuste de ne pas lui reconnaître d'indéniables qualités, bien entendu formelles, mais situées surtout dans l'écriture de son showrunner principal. Car Nic Pizzolatto, malgré les nombreuses critiques qui ont failli avoir la peau de son anthologie policière, continue d'avancer de la même manière sans céder aux sirènes de la facilité et en infligeant, bien au contraire, une histoire encore plus complexe et tortueuse que les précédentes à ses téléspectateurs, leur proposant, du même coup, un effort intellectuel qu'on ne peut qu'applaudir des deux mains.

Laurent Valentin
















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