SHAZAM !
Etats-Unis - 2019
Image de « Shazam ! »
Réalisateur : David F. Sandberg
Musique : Benjamin Wallfisch
Durée : 132 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 3 avril 2019
Film : note
Jaquette de « Shazam ! »
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LE PITCH
Le jeune Billy Batson désespère les services sociaux à force de multiplier les fugues, s'efforçant de retrouver une mère mystérieusement volatilisée durant sa petite enfance. Un beau jour, alors qu'une nouvelle famille d'accueil a accepté de le prendre en charge, certaine magie va lui conférer des pouvoirs infinis qu'il lui faudra dompter et utiliser à bon escient tandis que, face à lui, la magie noire des Sept péchés capitaux s'apprête à déferler sur le monde et trouve, elle aus...
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il y a bien longtemps (avant les eighties)...

Le monde des super-héros costumés se divise en deux catégories : ceux dont l'univers, le style et la force de frappe font saliver d'avance à l'idée de leur transposition sur grand écran... et ceux dont la désuétude, l'accoutrement et parfois même le nom sont comme une épine dans le pied du studio qui sera obligé de s'y coller tôt ou tard. Dans la première catégorie, celle des valeurs sûres, on trouve par exemple The Punisher, Batman ou Wolverine. Dans la seconde, celle des essais qu'il s'agira tant bien que mal de transformer en croisant les doigts, on pourrait citer Wonder Woman, Captain America ou... Shazam !

Fut un temps où le succès public de Shazam en bande dessinée était comparable à celui de Superman. Il s'appelait alors Captain Marvel. Mais ça, c'était avant ! Aujourd'hui Captain Marvel est devenu un autre super-héros, chez l'écurie concurrente dont il possédait déjà le nom, et les hasards du calendrier font que sa première apparition au cinéma - sous les traits de Brie Larson - a précédé d'à peine un mois celle qui nous intéresse ici. D'ordinaire, Marvel prend peu de risques et cartonne à tous les étages avec ses Avengers et leurs déclinaisons successives. Dans le camp de DC en revanche, on a toute une galerie de héros devenus embarrassants qui ont eu leur heure de gloire dans les années 1940, mais déjà passés de mode lorsque les Spider-man, Iron Man et autres X-Men cartonnèrent en librairie vingt ou trente ans plus tard ; c'est peut-être cette culture du défrichement, de la « première main », qui explique la politique beaucoup plus téméraire des adaptations Warner/DC au cinéma, avec les immenses réussites et les mémorables cassages de gueule que cela peut supposer.
On se demande en l'occurrence ce qui a pu présider au choix de David Sandberg, réalisateur suédois de deux films d'épouvante parrainés par James Wan (lui-même réalisateur d'Aquaman - la réponse est peut-être dans la question !), pour mettre en image le personnage solaire et décontracté de Shazam ! Toujours est-il qu'en l'état, le film n'est pas tant un concurrent direct à Captain Marvel qu'une réponse au moins récent Spider-Man Homecoming, lequel embrassait les thématiques et la tonalité du teen movie en profitant du jeune âge de son héros.

 

skadoosh !


Visant de fait un public très large, Shazam ! se montre très décomplexé dans sa représentation du super-héros rétro (Zachary Levi, moins méconnaissable que dans les deux suites de Thor, et qui arbore ici une naïveté dans le costume, l'attitude et le sourire publicitaire déjà plus tellement assumée du temps de Superman version Christopher Reeve), mais tout autant dans l'univers qui gravite autour de lui, avec ses Sept péchés capitaux en forme de gargouilles monstrueuses, son super-vilain monolithique (Mark Strong, toujours très efficace dans ce registre, mais qui se contente de décalquer ses précédentes prestations type John Carter) et son magicien de parc d'attraction campé par un Djimon Hounsou en mode cosplayer. De ce point de vue, le film ne cache pas ses options esthétiques, ni la relativité de ses ambitions en rendant l'enveloppe corporelle de Shazam aussi embarrassante qu'idéale pour celui qui la porte - ou en situant notamment son climax au cœur d'une modeste fête foraine !

En fait, plutôt que vers le Man of Steel de Zack Snyder ou le Wonder Woman de Patty Jenkins (réadaptant eux-mêmes, en les actualisant, de très vieilles figures-phares du monde des comics), le film de Sandberg lorgne davantage vers une tonalité à la Kung Fu Panda ! Non seulement il emprunte à la trilogie de Dreamworks l'un des gags les plus drôles de son deuxième opus, mais il entretient avec elle une réelle parenté thématique avec son personnage d'orphelin qui déboule dans une famille recomposée et disparate (ici la famille d'accueil : un couple et ses cinq enfants et adolescents hébergés). Le même sujet les traverse également les deux œuvres : celui de la famille - un thème éculé comme aucun autre, auquel Shazam ! prête néanmoins une définition propre : n'est « famille » qu'une somme d'individus qui s'agrègent naturellement entre eux par leur seule volonté et font équilibre. La trajectoire de Billy n'est pas celle du protagoniste qui trouve ou retrouve une famille, mais celle de l'individu qui la construit à sa juste place. Ni liens du sang (par ailleurs méchamment torpillés dans le film), ni liens du sol, du genre et de l'appartenance ethnique ou communautaire n'ont leur place dans cette définition. Familles unies ou disfonctionnelles, nucléaires ou symboliques, peuplent logiquement le métrage à cette fin.

Mal logé dans son époque, Shazam ! risque de ne pas s'attirer le succès facilement ; mais la vraie question est de savoir comment il trouve, en tant qu'objet particulier, sa place dans la famille protéiforme des productions Warner/DC. À coup sûr, celle du film familial, un peu hors des canons qui commencent décidément à scléroser la masse des blockbusters ; le film pour ceux qui en ont marre de l'exploitation trop évidente de la culture geek des eighties, marre des bandes originales à l'enclume et au marteau signées Hans Zimmer, marre du cynisme pseudo-moderne ; le film pour les enfants rêveurs, pour ceux qui préfèrent encore le divertissement peu offensif aux révolutions artificielles. Et pour les pandas.

Morgan Iadakan












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