AVENGERS ENDGAME
Etats-Unis - 2019
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Jaquette de « Avengers Endgame »
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LE PITCH
Ayant décimé la moitié de l'univers d'un seul claquement de doigts, le titan fou Thanos s'est retiré sur une planète inconnue. Naufragés dans l'espace, à court d'oxygènes, de vivres et de carburant, Tony Stark et Nebula sont sauvés par Captain Marvel et ramenés sur Terre. Les Avengers survivants vont devoir s'unir pour traquer Thanos et inverser la situation…
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buffet à volonté

Et c'est reparti pour un tour ! Mais cette fois-ci, c'est la bonne. Ou la dernière. Peut-être. Difficile d'être certain avec Marvel, le studio qui n'en finit pas de teaser, de crossoveriser, de sequelliser et de rebooter (et de de nous pousser à inventer de nouveaux verbes). Lancés dans une course à la surenchère super-héroïque tantôt grisante, tantôt fatigante, les frères Russo sont toutefois parvenus à conclure certaines storylines entamées il y a près de 11 ans. Et de fort belle manière.

[Attention ! Spoilers!]
Tout est parti d'un petit film inoffensif et d'une blague de geek calé en fin de générique. Blockbuster kleenex à usage unique réalisé par Jon Favreau et sorti en 2008, Iron Man a fait boule de neige et aura permis à un empire de se construire. Non sans l'aide de Joss Whedon, le papa de Buffy et de Firefly ayant pérennisé la formule Marvel avec le très risqué Avengers en 2012, introduisant Thanos et les enjeux des conflits à venir. Plusieurs intrigues, toutes reliées de près ou de loin par les sacro-saintes pierres d'Infinité, se sont développées sur une vingtaine de métrages et deux séries télévisées. Soit un sacré paquet de nœuds à démêler pour les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, coincés entre fan service obligatoire et nécessité de pondre une histoire qui tienne un minimum la route et remette la majorité des compteurs à zéro pour les années à venir. En poste chez Marvel depuis le premier Captain America, le duo a donc fait le choix de concentrer ses efforts sur le noyau « historique » de la bande de super-héros. Thanos ayant réduit les trois quarts des nouveaux venus (Spider-Man, Black Panther et consorts) en poussière, la narration se recentre sur Iron-Man, Captain America, Hulk, Thor, la Veuve Noire et Hawkheye, tous en bout de course (au propre comme au figuré, puisque leurs interprètes arrivent à la fin de leur contrat avec le studio). Et tant pis pour les autres personnages, cantonnés à faire de la figuration ou à débloquer grossièrement la situation. Ainsi, Captain Marvel apparaît de nulle part (et au dernier moment, bien entendu) pour sauver un Tony Stark mal en point tandis qu'Ant-Man, crétin notoire, s'échappe de sa prison quantique on ne sait trop comment et apporte aux Avengers la solution pour la faire à l'envers à Thanos. Des facilités d'écriture qui passent tout de même plutôt bien puisque les frères Russo ont mis la pédale douce sur les blagues et que la sinistrose des super-héros fait son petit effet et ramène de l'émotion à la surface. A défaut de réinventer la roue, Marvel et les frères Russo semblent vouloir se faire pardonner une décennie de nivellement par le bas avec un premier acte réussi, qui ose une décapitation brutale et qui culmine avec un plan séquence « à l'ancienne » (comprendre sans CGI ou mouvements de caméra impossibles) où Jeremy Renner, ivre de désespoir après avoir perdu sa famille, fait passer sa colère sur des yakusas dirigés par Hiroyuki Sanada. La suite, hélas, ne sera pas tout à fait du même tonneau.

 

retour vers le futur


A l'instar d'Happy Birthdead 2, Avengers:Endgame reprend les mécanismes narratifs de Retour vers le futur 2 à son compte et propulse ses héros dans le passé, saisissant ainsi l'occasion de revisiter des moments emblématiques (ou pas, puisque l'on a tout de même droit à un petit détour par Thor : Le Monde des Ténèbres et ça craint) de la saga sous un angle nouveau. Bien employée, cette idée aurait pu être jubilatoire. Mais les frères Russo se tirent une balle dans le pied avant même de se lancer dans leur entreprise de déconstruction temporelle. Jadis traités avec le plus grand soin, Hulk et Thor font l'objet d'un relooking sauvage qui se voudrait audacieux mais qui sent le foutage de gueule. Bruce Banner et son alter-égo colérique ne font désormais plus qu'un, la dualité du personnage finissant au fond de la cuvette des chiottes, et le dieu nordique, campé par un Chris Hemsworth en roue libre totale, vide des tonneaux de bière, enquille les pizzas XXL et a fini par troquer sa carrure d'armoire à glace pour une silhouette d'obèse ! Oui, vous avez bien lu. Hulk porte des lunettes et des chemises propres tandis que Thor ressemble à un clochard en surpoids, sosie lamentable de Jeffrey Lebowski. Sur la base de ce double gag impossible à digérer, Avengers Endgame se lance dans une série de péripéties maladroites et un peu molles qui se contentent d'aligner les caméos pour maintenir l'intérêt et de rejouer des pans entiers des films précédents sans jamais parvenir à enrichir son propos. On passe d'une époque à l'autre, sans la moindre fluidité, et on se contente de sourire poliment (ou plus franchement lorsque Captain America lâche un « Heil Hydra » d'anthologie dans un ascenseur bondé) en attendant la grande bataille finale. Inégal, maladroit, paresseux, ce gros morceau central de près de 90 minutes plombe un film qui s'annonçait un peu moins con que la moyenne. Handicapé par une bouillie d'effets spéciaux allant du sublime au catastrophique, le climax et les multiples épilogues qui clôturent ce Big Mac avec supplément de frites et de ketchup rectifient partiellement le tir.

 

une larme dans mon happy meal


Ramené au forceps dans la dernière ligne droite pour combattre l'intégralité du catalogue Marvel, Thanos a perdu la dimension shakespearienne qui faisait la force d'Infinity War. Toujours incarné en motion capture par Josh Brolin, le titan est désormais plus proche d'un Biff Tannen que d'un Richard III. On a connu pire parenté mais il faut bien avouer que l'on y perd quand même au change. Et lorsque vient enfin le moment de lâcher les chiens de guerre, Joe et Anthony Russo confondent dantesque et gloubiboulguesque. La grande mêlée réserve de beaux moments (Captain America brandissant Mjolnir, Wanda Maximoff mettant Thanos à genoux, la charge des walkyries où toutes les héroïnes Marvel lancent une offensive mémorable) et l'ampleur de certains plans larges est à tomber par terre. Dommage que de telles pépites soient forcées de cohabiter avec des éclairs de laideur absolue.

Puis vient le moment tant attendu, celui des adieux. Et le métrage de se libérer enfin des fausses notes qui l'ont déséquilibrées pendant 2h45. Le dernier quart d'heure est le bon et il ramène le cinéma au premier plan. Sincèrement, qui aurait pu prévoir que la mort de Tony Stark / Iron Man permettrait à ce personnage parfois antipathique de se racheter une conduite ? Robert Downey Jr. cesse de se caricaturer et se remet à jouer. Un geste noble salué par un long plan brassant les regards solennels d'une vingtaine de personnages, tous présents pour saluer la mémoire du chevalier à l'armure rouge et or. Mais le meilleur reste encore à venir. Markus et McFeely ne s'en sont jamais cachés, ils ont une tendresse toute particulière pour ce bon vieux Captain America. Et il laisse au super-soldat, cet homme hors du temps, le soin de conclure Avengers Endgame sur une pirouette qui évoque la toute fin de Nimitz, Retour vers l'Enfer et qui fait office de passage de témoin. Le dernier plan, merveille de romantisme, appartient à Chris Evans et Haley Atwell. Il n'en fallait pas plus pour justifier le prix du ticket.

Alan Wilson


















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