GAME OF THRONES SAISON 8
Etats-Unis - 2019
Image de « Game of Thrones Saison 8 »
Musique : Ramin Djawadi
Durée : 430 minutes
Distributeur : HBO
Date de sortie : 19 mai 2019
Film : note
Jaquette de « Game of Thrones Saison 8 »
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LE PITCH
Daenerys Targaryen et Jon Snow retournent à Winterfell avec leurs armées pour organiser la défense du Nord contre le Roi de la Nuit et les Marcheurs Blancs. Dans le sud, à Port-Réal, Cersei Lannister, abandonnée par son frère Jaime, resserre son emprise sur le trône…
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Le feu et le sang

L'affaire est pliée. Deux ans d'attente, un tournage marathon, six épisodes et des millions de fans partagés entre haine, déception, dépression, satisfaction et nostalgie. Kit Harrington, roi du Nord et favori de ces demoiselles, est même entré en cure de désintoxication a t-on pu apprendre ces derniers jours. Game of Thrones a rendu son tablier et l'encre, le sang et les larmes ont coulé abondamment. Un petit bilan s'impose donc. Haters, passez votre chemin !

[Attention spoilers!]
Dans les quelques interviews que les showrunners David Benioff et D.B. Weiss ont bien voulu accorder au sujet de cette ultime saison, le duo, bien conscient de ce qui allait leur tomber sur le coin de la tronche dans les semaines à venir, avait signifié son intention de se tenir à l'écart des réseaux sociaux. Grand bien leur en a pris puisque, outre les insultes classiques, des hordes de fans (aussi nombreux que l'armée de zombies du Roi de la Nuit : coïncidence?) sont allés jusqu'à lancer des pétitions et des crowfundings pour que les épisodes diffusés soient réécrits et retournés. Une réaction inédite et inquiétante qui, si elles montrent l'attachement du public à cette série, est également révélatrice de la toute puissance d'une pensée capricieuse qui serait prête à dépouiller des artistes de leur œuvre. C'est aussi la démonstration d'un irrespect monstrueux à l'égard de toute une équipe qui a sué sang et eau dans des conditions difficiles pour livrer un spectacle ambitieux et exigeant. Et puis, venons-en aux faits, un tel mécontentement était-il justifié ? Non. Compréhensible sans doute mais en aucun cas justifié.
Il faut dire qu'à l'exception d'un pur moment de fan service (le fameux Cleganebowl, soit l'affrontement homérique entre le Limier et la Montagne sur l'escalier d'une tour en ruine, façon Highlander), les scénaristes ont pris à revers la presque totalité des attentes. Le duel entre Jon Snow et le Roi de la Nuit ? Court-circuité par une légion de morts-vivants. La menace des Marcheurs Blancs ? Arya y met fin en un seul coup de poignard bien placé en milieu de saison. La mort de Cersei ? Personne ne passera au fil de l'épée la reine la plus haïe de Westeros qui finira ensevelie sous son palais. Daenerys s'emparera t-elle de ce trône si longtemps désiré ? Son basculement de révolutionnaire vers tyran sanguinaire obligera son amant (et aussi neveu) a lui planter un couteau dans le cœur. Et enfin, ce brave Jon Snow pourra t-il revendiquer son droit légitime au pouvoir, lui le fils caché des Targaryen ? Encore raté puisque le beau brin boudeur finira exilé au-delà du Mur. Mais comme Benioff et Weiss sont décidément incorrigibles, ils ne se contentent pas de balayer des milliers de théories d'un revers de la main et commettent même un ultime outrage : confier le pouvoir à Bran Stark, l'handicapé, le petit garçon paralysé devenu Corneille à Trois Yeux et mémoire de l'Humanité. Un roi improbable ? Pas tant que ça.

 

leeeeeroy jenkins !!!


L'adjectif le plus largement employé pour qualifier les résolutions imaginées par Weiss, Benioff et leurs acolytes est : incohérent. Il suffit pourtant de se replonger dans les trois premières saisons pour comprendre que non, rien dans cette huitième saison n'est incohérent. Très critiqué, le revirement de Daenerys est à la fois d'une logique implacable et d'une virulence politique rare. Sept saisons durant, nous nous sommes retrouvés à applaudir une jeune femme qui a crucifié et brûlé à tour de bras sans autres formes de procès tout ce qui s'opposait à son modèle de société. Combien de menaces a t-elle proférées envers ceux qui ne lui déroulaient pas le tapis rouge ? N'a t-elle pas laissé mourir cruellement son propre frère ? Tout ceux qui sont morts étaient des salauds, nous direz-vous. Des salauds ? Game of Thrones ne vous a donc rien appris quant aux zones de gris entre le bien et le mal ? Et l'Histoire ne nous a t-elle pas enseigné que les révolutionnaires deviennent bien souvent des génocidaires en puissance ? Persuadée de sa toute puissance et de son bon droit, Daenerys détruit une ville entière quand bien même la victoire lui était acquise. « Soit, ce sera la terreur. » La mère des Dragons nous avait prévenu. Nous ne voulions tout simplement pas écouter. Par ce twist qui n'en est pas vraiment un, Benioff et Weiss renvoient le spectateur à son propre aveuglement idéologique avec des conséquences apocalyptiques. Un coup de génie.

Il serait sans doute trop long de démonter les autres reproches fait à cette saison mais il en est pourtant deux qui méritent notre attention. Avec seulement six épisodes au compteur (en lieu des places des dix habituels), les auteurs ont été accusés de précipiter la fin. C'est à la fois vrai et faux. Vrai car certaines ellipses et raccourcis menacent l'équilibre fragile de cette narration au long cours et les trois derniers épisodes auraient sans nul doute gagnés à être rallongés d'une dizaine de minutes chacun. On attendra de découvrir les blu-rays pour profiter d'éventuelles scènes coupées mais les épisodes 4, 5 et 6 défilent trop vite et le temps écoulé entre la mort de Daenerys et le « procès » de Tyrion pose problème et laisse des questions en suspens. Pour autant, ces choix témoignent d'une ambition cinématographique qui transgressent les lois de la télévision et les auteurs n'ont jamais caché leur désir de s'en libérer. Il est donc bien difficile de leur reprocher ces écarts avec tant de véhémence.
Autre point de litige : la stratégie militaire. De la charge nocturne et suicidaire de la cavalerie Dothraki contre l'armée des morts à l'absence de reconnaissance avant d'envoyer des troupes sur la mer (le Euron Ex Machina est encore à l'œuvre), en passant par cette drôle de manie d'aligner toute son armée à l'extérieur des remparts en préparation d'un siège, les généraux de Westeros semblent avoir perdu tout bon sens. Si ce n'est qu'il s'agit d'une série et que, même si ce n'est pas une excuse pour faire n'importe quoi, il ne s'agit pas non plus d'un traité de stratégie militaire et que le déroulement de l'histoire aurait sans doute perdu d'intenses morceaux de bravoure et rebondissements. Conclusion:on ne peut exiger d'une fiction qu'elle soit tout le temps rationnelle. On peut soit le déplorer, soit faire avec.

 

l'hiver est passé


Pour l'essentiel, cette dernière saison est pourtant un immense motif de satisfaction. Nous l'avons vu plus haut, David Benioff et D.B. Weiss n'ont pas cédé aux pressions et ont livré LEUR version de Game of Thrones, osant sortir une fois de plus (la fois de trop?) les spectateurs de leur zone de confort. Ils ont également repoussé les limites de ce qu'il était possible de montrer sur le petit écran, rivalisant haut la main avec les blockbusters sans âme qui polluent de plus en plus nos multiplexes.
Réalisés par l'excellent Miguel Sapochnik, les épisodes The Long Night et The Bells sont d'extraordinaires démonstrations de dark fantasy avec des hommages au Treizième Guerrier de John McTiernan et à La Chair et le Sang de Paul Verhoeven et alignent des tableaux iconiques par dizaines. En charge des épisodes 1,3 et 4, David Nutter, vétéran des X-Files (et réalisateur du méconnu mais sympathique Comportements Troublants), porte l'émotion à un très haut niveau et offre quelques moments mémorables, qu'il s'agisse de l'adoubement de Brienne ou du bûcher funéraire qui suit la bataille contre les morts. Weiss et Benioff réalisent le dernier épisode et tapent également dans le haut de gamme. D'une ouverture funèbre et tétanisante à la symbolique assumée (Daenerys et les ailes noires de son dragon qui se superposent avec sa silhouette, son discours aux allures de grande messe nazie) jusqu'à une conclusion ouverte et poétique et en passant par deux longues scènes dialoguées mettant une dernière fois en valeur l'incroyable talent de Peter Dinklage, The Iron Throne offre une conclusion appropriée à l'une des séries les plus appréciées, récompensées et piratées de tous les temps. Et si ça ne vous plaît toujours pas, rappelez-vous des paroles du regretté Ramsay Bolton : « If you think this has a happy ending, you haven't been paying attention. » Nous vous laissons le soin de traduire.

Alan Wilson
















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