BLACK SWAN
Etats-Unis - 2010
Image de « Black Swan »
Genre : Drame
Réalisateur : Darren Aronofsky
Musique : Clint Mansell
Durée : 108 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 9 février 2011
Film : note
Jaquette de « Black Swan »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...
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Dancer in the dark

S'étant fait connaître en marge du cinéma américain, Darren Aronofsky a considérablement évolué depuis ses débuts critiqués avec π et le grotesque Requiem for a dream (sauvé par son score), jusqu'au superbe The Wrestler. Si ce dernier avait su convaincre une partie de ses détracteurs, il est fort probable que le réalisateur arrivera avec Black Swan à faire basculer la majorité de son côté.

Black Swan plonge dans l'univers nébuleux et confidentiel des ballets new-yorkais, concentrant au sein d'un microcosme élitiste toutes les tares gangrenant la société moderne : égoïsme, carriérisme effréné, jalousie, trahison, narcissisme, peur de vieillir et en fil rouge, une quête obsessionnelle de la perfection. Cet ensemble permet non seulement à Arnonfsky d'aborder métaphoriquement des sujets qui lui sont chers, mais constitue en outre le terreau idéal pour faire germer les névroses et autres troubles comportementaux inhérents à ces conditions extrêmes. Et pour s'introduire dans cette société de clones carnassiers, Darren Aronofsky choisit de suivre l'évolution de Nina (Nathalie Portman), danseuse de 28 ans proche d'un déclin physique cristallisé par une star déchue interprétée par Winona Ryder. Obnubilée par le besoin de reconnaissance d'une mère dominatrice et d'un directeur manipulateur (Vincent Cassel, impeccable), cet tragique héroïne sent que l'environnement exigu qui délimitait jusque là son existence est en train de lui filer entre les doigts. Et c'est en plein tourment qu'apparaissent les résurgences d'un passé psychiatrique visiblement trouble.

 

Attack it !


Le style d'Aronosky est bien présent et s'est considérablement affuté, Black Swan nous propulsant dans l'oeil d'un pur cyclone visuel. Laissant de côté ses anciens choix de mise en scène, beaucoup trop ostentatoires, Aronofsky s'oriente ici vers un travail plus sobre mais à l'élégance technique à couper le souffle. En résulte une série de plans-séquences spectaculaires, notamment l'introduction ou l'entrée du cygne noir sur scène, jouant sur un entrechoquement des cadres amples et de gros plans, toujours en adéquation avec les pas des danseurs. Evitant au maximum les plans larges sur les ballets, rendant la chorégraphie elliptique, le cinéaste plonge, caméra à l'épaule, au cœur de la scène, collant aux respirations haletantes et éclipsant la musique elle-même, offrant ainsi une vision inédite dans un rendu qui impressionne par sa rigueur et sa précision. Aronofsky opte également pour une représentation pondérée des corps martyrisés, exposant la souffrance mais évitant soigneusement les excès graphiques subis par Jared Leto dans Requiem for a dream. L'inconfort tient beaucoup, il faut dire, à l'époustouflante prestation de Nathalie Portman, présente sur tous les plans et transperçant l'écran par son investissement physique mélangeant force et fragilité.

 

signes (trop) évidents (spoilers)

 

En dépit de ces cadrages virtuoses et des efforts manifestes pour ne pas sombrer dans le grand-guignol, la narration souffre de quelques écueils. En plus de rendre un hommage appuyé à Suspiria et plus généralement au cinéma de Dario Argento, Aronofsky tente d'explorer l'univers complexe des troubles de la personnalité, s'adossant d'autre part aux travaux de Roman Polanski (au hasard, Répulsion) et Brian DePalma (la filiation avec Carrie est évidente). Mais contrairement à ses inspirateurs qui mêlaient finement le spectateur aux interrogations des protagonistes, le réalisateur désamorce ici systématiquement les possibles incursions fantastiques issues du mental perturbé  de Nina, alimentées par une omniprésence des miroirs, reflets du physique mais aussi de l'âme de l'héroïne. En soulignant à outrances ces moments d'intrigue, Aronofsky rationalise une bonne partie de ses enjeux dramatiques, empêchant l'identification du spectateur avec le personnage de Nina et installant une distance avec celle-ci pour finalement rendre le film un tantinet trop prévisible. Critique de l'égoïsme et du culte de la performance responsable du marasme mondial de ces dernières années, Black Swan ne sombre jamais dans le brûlot racoleur et malgré ses choix narratifs contestables, Aronofsky maîtrise tout de même son concept et ses idées. Une fois la vision du film terminée, le spectateur aura matière à réfléchir sur ce qu'il vient de voir et les immanquables transpositions avec sa propre existence.

Jérémy Chateauraynaud

AUTRE AVIS :

Une plongée terrifiante au coeur d'une psyché troublée. Mise en scène virtuose et expérience traumatique au programme.

Alexandre PONCET

6/6

 







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