DOSSIER HAMMER FILMS
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Frapper là où ça fait mal !

Trop longtemps enterré dans l'histoire du cinéma de genre, la faute à un catalogue éparpillé chez des distributeurs pas toujours très cinéphiles, la mythique Hammer Films semble bien partie pour renaître définitivement de ses cendres. Entre des remasterisations HD pour de futurs Blu-ray (seul Dracula Prince of Darkness est pour l'instant disponible en Angleterre) et un retour sur grand écran à l'horreur victorienne avec le très réussi La Dame en noir, les oracles pourraient oser prédire un nouvel âge d'or à l'illustre studio indépendant, alors que justement le cinéma de genre anglais ne s'était pas porté aussi bien depuis les années 70.

 

Mais si la Hammer est connue et reconnue pour ses films d'horreur gothiques et sa population vampirique (entre autres), le studio ne s'imaginait pas à l'origine entrer dans l'histoire par cette porte-là. En particulier en 1935, lorsque l'espagnol Enrique Carreras allie sa compagnie de distribution Exclusive Films avec une balbutiante Hammer Production fondée par un acteur peu connu, William Hinds, dont le seul fait de gloire avait été de participer à la série Hammer and Smith sous le pseudonyme Will Hammer. Des origines qui n'ont malheureusement rien de mythiques (on aurait préféré une vision du marteau de Thor ou quoique ce soit d'autre), et qui n'entraînent dans l'immédiat rien de faramineux : un petit thriller avec Bela Lugosi (The Mystery of the Marie Celeste), ou pour la postérité un joli film d'aventure étonnement moderne dans son traitement de la cause noire (Song of Freedom, disponible en DVD chez Wild Side Vidéo). La société se désintègre d'ailleurs en partie, renommée un temps Exclusive Films, puis mise en sommeil pendant la seconde guerre mondiale lorsque les fils de Carreras vont sur le front. Fonctionnant déjà comme une entreprise familiale (c'est désormais James, fils de Enrique, qui dirige l'ensemble), la Hammer intègre désormais les deux derniers rejetons, James et Michael, qui vont amener la firme à se diriger essentiellement vers la télévision. Une voie de garage ? En aucun cas, puisque les quelques téléfilms produits alors font travailler la machine, et que ce choix va surtout permettre de dégotter les droits de l'un des plus grands succès de la télévision anglaise de l'époque : Quatermass.

 

La naissance du mal

 

Ce titre de science-fiction peuplé d'aliens bien plus cérébraux que leurs cousins américains va faire entrer la société de plain pied dans sa future image de marque avec les austères Le Monstre (Quatermass Xperiment, 1955) et La Marque (Quatermass 2, 1957), tout deux signé par Val Guest, artisan très attaché à la maison. C'est le coup de pied à l'étrier, les deux films préfigurant accessoirement The X-Files dans leurs thématiques, et les producteur s'imaginent dès lors délaisser leur catalogue de polars / films noirs pour se diriger plus sérieusement vers un genre en expansion, d'autant qu'ils viennent de mettre la main sur un scénario de Max J. Rosenberg et Milton Subotsky (qui fonderont plus tard la concurrente Amicus) revitalisant un certain roman de Mary Shelley. Une nouvelle adaptation du mythe de Frankenstein largement réécrite par Jimmy Sangster, qui va laisser éclater en un seul et unique film toute l'image de marque de la Hammer. The Curse of Frankenstein (Frankenstein s'est échappé en France) démontre ainsi le talent d'orfèvre de Terence Fisher, son jeu incroyable des couleurs et de l'horreur gothique, se démarquant ainsi immédiatement des légendaires visions hollywoodiennes d'Universal. Pour l'époque, le film est un modèle de modernité, mais aussi d'irrévérence, faisant preuve d'un humour à froid très noir (reposant en grande part sur les interprétations des grand Peter Cushing et Christopher Lee), d'une certaine propension à une certaine immoralité, le tout bien entendu avec une classe toute anglaise. Le succès est immédiat, le film se vend dans le monde entier et installe pour ainsi dire la charte du studio en même temps qu'une certaine dream-team : Terence Fisher au poste de réalisateur, Jimmy Sangster au script, Jack Asher à la photographie, Bernard Robinson aux décors, et enfin James Bernard aux compositions musicales (dont quelques thèmes restent inoubliables). Il faut bien entendu y ajouter l'acteur Peter Cushing qui livre là ce qui est sans doute la plus belle et la plus glaçante incarnation du scientifique. Il sera rejoint dès l'année suivante par un magnétique Christopher Lee dans Horror Of Dracula, apparaissant plus séduisant que sous le lourd maquillage de la créature cadavérique.

 

lords of the dark

 

Le traitement dédié à l'oeuvre de Bram Stoker est quasiment identique, mais permet en outre d'imposer un autre angle de la Hammer, celui d'un érotisme prégnant, animal et pulsionnel, mais qui reste constamment à l'état de latence. Entre question de bonnes mœurs (nous sommes à la fin des années 50 tout de même) et standing british, il n'empêche que le personnage cher à Stoker retrouve enfin toute sa lecture fortement sexuée, d'ailleurs souvent plus dans les yeux brûlants de l'acteur vedette que dans les décolletés plongeants de ses victimes (quoique...). Suivront bien entendu toute une série de bandes d'exploitation œuvrant dans la même politique de réappropriation des grands créateurs fantastiques, projetées le plus souvent en doubles programmes : L'Abominable Homme des neiges, La Momie, Les Deux Visages du Dr Jekyll, La Malédiction du loup-garou, Le Fantôme de l'opéra, La Gorgone... Loin d'être un simple travail formaliste (auquel un certain Mario Bava emboîte le pas en Italie), les premières grandes œuvres du studio témoignent aussi de son indépendance. Toujours maîtres de leurs mouvements, mais distribués de par le monde par des studios divers et variés (Seven Art, Universal, Warner, Colombia...), ces films d'horreur qui faisaient alors véritablement trembler les demoiselles dans leurs fauteuils s'évertuaient à l'aube des années 60 à malmener l'ordre établi au Royaume Uni. Outre le fait que les diverses créatures étaient bien souvent les véritables protagonistes du film, ce sont bien les boulets rouges tirés sur les détenteurs du pouvoir qui surprennent par-dessus tout aujourd'hui. Police, maires, juges, bourgeois et surtout aristocrates sont soit présentés comme des pleutres pathétiques, soit comme des humains malhonnête voire sadiques aux origines du mal qui hante le pays. Une thématique manifestement due aux désidératas de Fisher et Sangster, mais qui animera les productions de la Hammer jusqu'à la fin des années 70, même lorsque Roy Ward Baker se lancera dans un grand-guignol Les Cicatrices de Dracula. Mieux, lorsque le pourtant très discret John Gilling se charge du très bis L'Invasion des morts-vivants (The Plague of the Zombies, 1966) il choisit de faire des cadavres ambulants une main d'œuvre silencieuse pour une bande de jeunes nobles satanistes. Quasiment un film de propagande prolétaire !

 

L'autre hammer

 

En tout cas, tout au long des années 60, la Hammer s'impose comme Le studio populaire par excellence, faisant et défaisant les modes, enchaînant les suites avec une mécanique bien huilée, imposant sans faille sa vision de l'horreur. Mais il ne s'arrête pas là. Usant toujours au mieux de son cheptel grandissant d'acteurs solides (il faut y ajouter l'excellent mais méconnu Ralph Bates, incroyable dans le tardif Les Horreurs de Frankenstein, ainsi que l'occasionel Oliver Reed) et de demoiselles de moins en moins vêtues, le studio s'intéresse rapidement à tous les cinémas qui peuvent peupler les salles de quartiers : aventure pulp (She, La déesse de feu avec Ursula Andress), films de pirates (L'Attaque de San Cristobal), cape et épée (Le Serment de Robin des bois), « prehistoric-bikinis » (Un Million d'années avant J.C. avec une sublime Raquel Welch et des dinos de Ray Harryhausen) et une multitude de thrillers directement inspirés du Psychose d'Alfred Hitchock. Un pendant bien moins célèbre de la filmographie de la firme (car rarement distribué en France) mais pourtant presque aussi florissant, qui tout en reprenant sans vergogne le noir et blanc du modèle s'intéresse de près aux âmes criminelles et à quelques sérial killers souvent particulièrement curieux, comme ce français (camarguais pour être exact) qui joue avec un chalumeau dans The Maniac, ce coureur automobile qui se voit constamment en train d'étrangler sa femme dans The Full Treatment ou ce beau-papa qui use d'un masque de plongée pour survivre à l'asphyxie en même temps que trépassent ses victimes dans The Snorkel (L'Homme au masque de verre). Des thrillers qui privilégient souvent le côté policier de l'affaire, mais peuvent à l'occasion se révéler particulièrement scotchants. A l'instar de Never Take Sweets from a Stranger, évocation finalement très crue de la pédophilie, qui démontre surtout une vision humaniste de la maladie et se confronte directement à une société préférant souvent jouer les aveugles sur ses problèmes les plus graves.

 

Back to the grave

 

Mais malgré cette diversification de genre, qui d'ailleurs ne rencontre pas toujours le succès escompté, la Hammer va totalement rater le changement de décennie. Encore occupés à tourner des épisodes de Dracula, Frankenstein et autres à la chaîne (aussi bons soient-ils, ou non), les producteurs ne perçoivent pas l'impact que vont avoir sur le public et sur l'histoire du cinéma des films comme La nuit des morts-vivants ou Rosemary's Baby (tous deux de 1968). Lorsque L'Exorciste (1973) et Massacre à la tronçonneuse (1974) traumatisent les spectateurs, il est déjà trop tard. Les créatures dites « classiques » sont devenues has-been et l'horreur gothique n'est plus à même de refléter les remous politiques et idéologiques d'un monde occidental marqué au fer rouge par les images de la guerre du Vietnam et d'une guerre froide qui n'en finit plus. Le fantastique est devenu à la fois plus engagé mais aussi plus viscéral, plus cru. La firme va bien essayer de rectifier le tir en insufflant dans ses films quelques effets gore plus marqués, un érotisme plus frontal (les fesses d'Ingrid Pitt dans le basique Comtesse Dracula, les nombreuses poitrines dans le très gratuit mais amusant Lust for a Vampire...). Mais ne pouvant finalement jamais aller aussi loin que la concurrence américaine, la Hammer devient « ringarde » d'un côté, et a de moins en moins de facilité à se faire distribuer sans passer par la censure de l'autre. Le studio est loin d'être mort et produit tout de même quelques belles réussites comme Dr Jekyll et Sister Hyde ou le malsain Frankenstein et le monstre de l'enfer, mais se trouve déstabilisé, obligé de réduire drastiquement les budgets tout en effectuant les expérimentations les plus improbables : les flower-power Dracula 73' et Le Cirque des vampires ou le croisement lamentable avec la Shaw Brothers (dans les mêmes difficultés relatives) pour un Les 7 vampires d'or visible uniquement au second degré. Finalement dans un dernier sursaut, la Hammer tentera bien de s'extraire de son « style » en s'approchant des films de Polanski ou de Friedkin avec Une fille... pour le diable (To the Devil a daughter), thriller satanique bien moins médiocre que la légende a voulu le laisser penser. En tout cas il est trop tard : le flop total du film ne sera suivi que par un tardif The Lady Vanishes (remake anecdotique du film d'Hitchcock) et les deux série TV anthologiques Hammer House of Horror (1980) et Hammer House of Mystery and Suspence (1984). La maison a fermé ses portes et commence à sentir le renfermé.

 

it's alive ! Aliiiive !

 

Pour autant, la légende ne s'éteindra jamais vraiment. Avec les multiples rediffusions du catalogue sur les chaînes de télévision (certains longs-métrages restent cependant quasi-invisibles aujourd'hui), les sorties aléatoires en VHS et DVD et surtout les hommages incessants de la nouvelle génération de réalisateurs (voir le Dracula de Coppola, Sleepy Hollow de Tim Burton, Les Autres d'Alejandro Amenabar), l'esthétique Hammer plane toujours au-dessus du cinéma fantastique moderne. Il faudra pourtant attendre jusqu'en 2008 pour que les choses reprennent un peu de couleurs avec l'arrivée de nouveaux investisseurs et de quelques partenariats extérieurs. Le projet un poil bancal (avec diffusion Internet via My Space) Beyond The Rave et ses vampires modernes, le fauché (tourné dans un numérique très voyant) mais pas inintéressant Wake Wood (produit pour la Suède et finalement vite sorti en Angleterre en 2011) et enfin le sublime remake de Morse : Laisse-moi entrer. Une réussite frappante qui certes sera suivie par la pataud La Locataire, mais n'en ouvre pas moins les festivités pour le tout nouveau La Dame en noir, film d'horreur en costumes qui démontre que la Hammer n'a enfin plus peur d'embrasser son histoire, de retrouver ses codes et son élégance, tout en assumant ses codes et les attentes des spectateurs du nouveau millénaire. Un film tragiquement sombre et effrayant qui offre une voie lumineuse pour la Hammer. Il était temps.

Nathanaël Bouton-Drouard






























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                                                               LES INDISPENSABLES

 

Le Chien des Baskerville (The Hound of Baskervilles, 1959)
Unique adaptation de Conan Doyle par la Hammer, l'essai aurait pourtant dû donner naissance à une nouvelle série de films si les spectateurs n'avaient pas montré leur mécontentement quant à cette escapade pas assez « fantastique » à leur goût. Pourtant cette relecture très libre est l'un des grands moments du studio, équilibre parfait entre l'intelligence du personnage (incarnation fiévreuse de Peter Cushing), la rigueur de l'enquête et une ambiance horrifique joliment trompeuse.

 

La Nuit du Loup-garou (The Curse of the Werewolf, 1961)
Un jeune homme (incroyable Oliver Reed) se révèle être un loup-garou car il est né d'un viol perpétré par un mendiant que l'incarcération a transformé en bête sauvage. La lycanthropie comme métaphore de la fureur des classes populaires écrasées par la noblesse, il fallait oser. Au-delà de ces considérations sociales brillamment illustrées, ce bijou signé Terence Fisher affiche une réalisation délicieusement gothique et une photographie riche et baroque. Superbe.

 

Confession à un cadavre (The Nanny, 1965)
Entre un film de vampire et un autre de morts-vivant, la Hammer a aussi produit une poignée de thrillers dont The Nanny est sans doute le plus surprenant. Confrontation entre un petit garçon étrange et la nounou envahissante et soi-disant parfaite, autour de la mort accidentelle (ou pas) de la petite sœur, le film de Seth Holt (qui périra sur le tournage de La Momie sanglante six ans plus tard) est un modèle d'écriture, créant une tension malsaine et palpable appuyée par un noir et blanc contrasté au possible. Jeux sur les apparences, secrets enfouis, drame intimiste...Fascinant, d'autant plus que le rôle titre est incarné par une Bette Davis glaçante de gentillesse.

 

Dracula, Prince des ténèbres (Dracula Prince of Darkness, 1966)
Atterré par la teneur de dialogues qu'il trouve parfaitement ridicules, Christopher Lee refuse de faire parler Dracula sur le second épisode de la série. Du coup, plus mystérieux et bestial que jamais, le comte devient un prédateur sexuel et sa victime, Barbara Shelley, une bombe sexuelle tout aussi incroyable. La quintessence du vampire revisité et modernisé par la Hammer, que Fisher habille d'un cadre faussement rigide où les courses effrénées de Lee et le rouge éclatant des tentures ne trompent personne.

 

Les Sorcières (The Witches, 1966)
Joan Fontaine en fin de carrière coproduit un thriller qui mélange sorcellerie, trame psychologique et vision païenne annonçant clairement le futur The Wicker Man (sans être aussi abouti néanmoins). Si justement l'actrice semble souvent bien dépassée par le projet (elle joue comme une poutre avec une choucroute hors-propos sur la tête), la réalisation juste et sobre de Cyril Frankel (déjà responsable d'un mémorable Never Take Sweets from a Stranger) permet au suspense de s'installer tranquillement autour de quelques détails inquiétants, mais surtout d'ancrer constamment le récit dans un réalisme crédible et efficace. Au passage le film ne fustigera jamais la sorcellerie en elle-même, rapprochée ici aux rites animistes plus que maléfiques, mais bien le détournement de celle-ci par une intellectuelle mégalo.

 

Les Monstres de l'espace (Quatermass and the Pit, 1967)
Le héros de Le Monstre et La Marque revient pour un troisième épisode tardif. Désormais incarné par Andrew Keir, Quatermass est confronté à des fouilles dans le métro londonien qui mettent à jour des créatures extraterrestres qui auraient conditionné les mythologies humaines depuis des siècles... et pourquoi pas même notre code génétique. Un thriller incroyablement moderne malgré ses effets spéciaux en carton-pâte. Parfois un peu pépère, mais Roy Ward Baker relève le tout de quelques visions aussi kitsch que délirantes, mêlant fantastique pur et Space Opera débridé jusqu'à un final apocalyptique que John Carpenter n'oubliera jamais... Ni Chris Carter lorsqu'il créera X-Files.

 

Frankenstein créa la femme (Frankenstein Created Woman, 1967)
Presque 10 ans après La Revanche de Frankenstein, Terrence Fisher revient aux aventures du savant fou en se basant vaguement sur le fameux Et Dieux créa la femme de Roger Vadim, ou plutôt en remplaçant Brigitte Bardot par la délicieuse Susan Denberg, vers qui le scientifique transfère l'âme d'un (injustement) condamné à mort... masculin. Totalement barge, mais froid et détaché, le personnage incarné par Peter Cushing reste au second plan, comme un simple agent du chaos, tandis que se délivre une vengeance d'outre-tombe sur de petits nobles crétins et violents. Comme toujours avec Fisher, la construction des plans est renversante de précision, la photographie est superbe, mais la rigidité de la mise en scène souligne justement la folie sous-jacente de l'entreprise.

 

Les Vierges de Satan (The Devil's Ride Out, 1968)
Après presque une cinquantaine de films, Terrence Fisher atteint son apogée (tout comme la Hammer d'une certaine façon) avec Les Vierges de Satan, adaptation du roman ésotérique de Dennis Wheatley par le talentueux Richard Matheson. L'occasion pour Christopher Lee de s'extirper de ses rôles de méchants pour endosser celui d'un comte bienveillant lancé dans une course contre la montre pour empêcher le terrible Charles Gray de sacrifier les âmes de deux jeunes gens. Entre la précision des cérémonies et textes sataniques, la parcimonie des visions fantastiques (dont un superbe Diable sous sa forme de bouc humain), et un suspense insoutenable provoqué par un montage rigoureux, le film touche tout simplement à la perfection... pour peu que l'on oublie cette satanée araignée « géante » ! La réalisation faussement minimaliste de Fisher démontre une maturité étincelante, voire une virtuosité inédite dans une séquence de poursuite en voitures particulièrement nerveuse. S'il ne devait en rester qu'un, ce serait celui-là, sans aucun doute.

 

Les Sévices de Dracula (Twins of Evil, 1971)
Réalisateur des certains épisodes de Chapeau Melon et bottes de cuir, John Hough signe un film de vampires qui symbolise la décadence du studio : suceurs de sang sadiques et pervers, érotisme plus que suggéré, comte maudit qui couche avec une de ses ancêtre pour devenir immortel (donc avec son arrière, arrière grand-mère) pendant que Peter Cushing met au bûcher toutes les filles innocentes qu'il croise... Entre humour noir et percées gore totalement gratuites, Les Sévices de Dracula (mais où est Dracula, au juste ?) est pourtant une petite merveille extrêmement sexy, qui n'hésite pas dans la foulée à mettre à mal l'extrémisme religieux. Et puis les jumelles Collinson sont définitivement un délice.

 

Dr Jekyll & Sister Hyde (1971)
Les spectateurs ne voulant plus de figures gothiques classiques, le très « grand guignol » Roy Ward Baker explose le roman de Stevenson en imaginant le double du docteur Jekyll comme un prolongement de son esprit malade, torturé... et de sa part féminine. Les transformations subtiles entre Ralph Bates et Martine Beswick en un seul plan font preuve d'une grande inventivité, tandis que le trouble sexuel s'installe dans un film délicieusement schizo. Et comme le récit croise celui de Jack L'éventreur (gerbes de sang orgasmiques à prévoir) dans des ruelles londoniennes (reconstituées en studio) envahies de smog, de prostitués édentées et de crasse, c'est forcément un régal pour les connaisseurs.

 

Laisse-moi entrer (Let Me In, 2010)
En pleine mais lente renaissance, la Hammer commande au réalisateur de Cloverfield un remake de Morse, œuvre vampirique  extrêmement poétique en provenance de Suède. De quoi crier au scandale, et pourtant le résultat est surprenant de douceur, joliment mis en scène, très respectueux de l'œuvre originale tout en effaçant les petits défauts scénaristiques de ce dernier. Embrassant plus volontiers le film de genre, Laisse-moi entrer montre clairement l'avenir possible (et souhaitable) du studio.

 
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