CANNIBAL HOLOCAUST
Italie - 1980
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Cannibal Holocaust »
Genre : Horreur
Réalisateur : Ruggero Deodato
Musique : Riz Ortolani
Image : 1.85 16/9
Son : Italien en Dolby Digital 5.1, Français et anglais en mono
Sous-titre : Français
Durée : 95 minutes
Distributeur : Opening
Date de sortie : 18 octobre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Cannibal Holocaust »
portoflio
LE PITCH
Une équipe de journalistes composée de trois hommes et une femme se rend dans la jungle amazonienne à la recherche de vrais cannibales. Bientôt, la troupe ne donne plus aucun signe de vie. Le gouvernement américain décide alors d'envoyer une équipe de secours sur place. Celle-ci retrouve, grâce à une tribu amazonienne, les cassettes vidéos de la première équipe, qui renferme le terrible secret de leur disparition...
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Face à la mort

Toujours entouré de la même aura sulfureuse, Cannibal Holocaust n'a rien perdu 25 ans après ses premières frasques vomitives de sa force visuelle, ni de la pertinence de sa charge idéologique. Car oui, l'éprouvante création de Ruggero Deodato (La Maison au fond du parc, Barbarians) est avant tout une œuvre politique.

 

Il y a films d'horreur et films d'horreurs. Ceux qui tendent à faire peur, et ceux qui dissèquent les cauchemars du monde moderne. Avant Cannibal Holocaust, Deodato faisait surtout office d'artisan solide, sachant disposer sa caméra, agencer ses histoires et provoquer ses petits effets avec talent. Le bonhomme s'était déjà essayé quelques années plus tôt au gore exotique, via le judicieusement nommé Dernier Monde cannibale, pelloche exploitant ouvertement les attentes scabreuses et érotiques des spectateurs de genre de l'époque, tout en induisant une certaine empathie envers la population dite « sauvage ». Sacrément bien fichu (merci aux trucages de Paolo Ricci), le film paraît rétrospectivement bien serein à côté de la colère qui porte Cannibal Holocaust, sorte de réponse démesurée à la fois aux images véhiculées par la télévision italienne d'alors (violences urbaines et consorts) et les accusations que cette dernière n'hésitait pas à accumuler sur la tête du cinéma d'horreur : pornographie, indécence, violence gratuite et dangereuse pour le bien de la société civilisée. Deodato réplique ainsi en s'accaparent la grammaire du journalisme gonzo (et en particulier de la série des Mondo Cane), jouant la carte du film dans le film, dans lequel on découvre quelques bobines des derniers jours d'un groupe de reporters sur les traces d'une civilisation primitive.

 

chasseur blanc, coeur pourri

 

L'astuce sera reprise des années plus tard par Le Project Blair Witch (pour le meilleur) ou Paranormal Activity (pour l'un des pire), mais ne culminera jamais comme ici dans sa place d'outil dénonciateur (quoique, le Diary of the Dead de Romero... ndlr). Tout est fait dans Cannibal Holocaust pour que le spectateur se sente instantanément aux côtés de cette bande de journalistes énergiques et frondeurs, qui vont se révéler de parfaits petits salopards occidentaux bouffis d'orgueil et de préjugés, petit sociopathes en puissance qui vont martyriser, violer (au sens propre et figuré) une population manifestement pacifique. La question du cannibale se pose là. Poussés dans leurs derniers retranchements, les « sauvages » deviennent l'image que le blanc stupide a d'eux, et finissent par les massacrer dans une dernière bobine sidérante de violence, provocant une nausée difficilement dissimulable. Deodato n'a aucune pitié et use de cette « camera vérité » parfaitement construite et placée pour accumuler avec la rigueur d'un métronome quelques images cauchemardesques, voire insoutenables : viols collectifs, éventrements, décapitations, jeune fille empalée, ablation d'un pénis en plein cadre... Les effets spéciaux sont aussi crus que réalistes, appelant un trouble particulièrement malsain. Tout spectateur n'est pas capable d'achever le film d'une traite. Mais plus qu'une expérience glaçante, le film est surtout un manifeste cinématographique qui reprend à son compte, et avec une maîtrise formelle implacable, tout le dispositif documentariste pour en montrer la subjectivité totale (notez l'utilisation ironique des musiques de Riz Ortolani), voire la « mise en scène » et la manipulation qu'elle contient à son corps défendant. Avec Cannibal Holocaust, les garants de la civilisation et de la culture, soit la « race » qui se croit supérieure, voit ses limites mises à nu et sa bestialité primaire (et non primitive) exposée sur pellicule.  

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
A n'en pas douter, Opening a ici repris directement le matériel utilisé lors de la précédente édition. Du coup, simple changement de packaging en DVD, et passage à la HD d'un master identique en Blu-ray. La copie paraît toujours aussi propre - comment un film de cet âge et de cette nature peut-il nous parvenir dans de telles conditions ? - , les couleurs gagnent ici en chaleur et en tenue et les contrastes marquent le pas. Une rehausse évidente, mais qui reste perfectible. Le master souffre ainsi d'un manque de piqué constant. Les séquences dites classiques s'en sortent relativement bien avec une image pointue qui ne décroche qu'à de rares occasions et dont l'effet d'aplat au second plan reste discret. Pour « le film dans le film », les mouvements incessants de la caméra, et la volonté d'accentuer une qualité « miraculée » transforment certains passages en une succession de blocs de compression et de flou. Carrément dommage.

 

Son :
Reprise à l'identique ici encore du travail opéré pour l'édition double DVD de 2004. On retrouve donc la version française d'origine (très plate) et la version anglaise (qui sature aux encornures) en mono d'époque, tandis que le doublage se pare d'un Dolby Digital 5.1 des plus efficaces. La restitution des sonorités de la jungle est aussi subtile qu'enveloppante et les dialogues sont rendus avec une superbe clarté. Problème, cette version est totalement gâchée par un doublage amateur et déplacé. Limite insupportable. Rappelons que pour Deodato, la seule et unique version originale est l'anglaise, et cela s'entend immédiatement grâce à des acteurs qui, enfin, tiennent la route.

 


Interactivité :
Alors qu'un éditeur anglo-saxon a directement commandité un nouveau montage du film à son réalisateur, avec l'éviction de quelques scènes clefs (meurtres des animaux en particuliers), Opening nous fait l'infini plaisir de nous livrer le film dans son montage uncut d'origine. Peut-être une vraie rareté dans le futur, même si Deodato est largement plus intelligent qu'un certain George Lucas. Ce montage que l'on avait déjà pu voir dans une jolie édition double DVD il y a quelques années nous revient donc accompagné de la même interactivité. Des suppléments qui affichent du coup une image un peu chichement « SD » mais qui heureusement n'ont rien perdu de leur intérêt. A commencer par le plus gros de la galette, Cannibal Holocaust Documentary, un long making of italien constitué autours des interviews du réalisateur, du directeur photo, du compositeur et de l'acteur Luca Barbareschi. Des commentaires rétroactifs mais qui permettent de comprendre le mélange de camaraderie et d'urgence qui caractérisa le tournage, revenant également sur la confrontation avec la censure, les différentes légendes autour du film, et surtout, son statut mérité d'œuvre culte. Au travers de ces quelques témoignages, illustrés par d'authentiques (et rares) images de tournage, on touche du doigt toutes les contradictions qui l'entoure, chacun y voyant une simple œuvre de divertissement, un film malin, une réalisation avant-gardiste, une apologie de la violence et enfin un film d'horreur politique. Passionnant, le documentaiore est particulièrement bien complété par la courte présentation de Julien Sévéon (journaliste pour Mad Movies) qui se révèle une analyse sobre mais pertinente. La conférence de presse de mister Deodato est toujours là. Pas toujours très audible, le sujet se répète un peu avec les bonus précédents, mais permet de profiter encore du phrasé très « rital » du cinéaste et de son mélange amusant entre fausse modestie et roublardise. Les complexistes découvriront en sus l'attendue galerie d'image (finalement moins fournie que la nôtre, cliquez sur Portfolio en haut de la page), deux bandes-annonces d'époque (et donc excessives), ainsi qu'un montage des quelques plans qui furent coupés de la version française à l'époque de la sortie. L'éditeur aurait sans doute pu aller piocher dans quelques documentaires tournés depuis 2004 pour ajouter quelques interventions, mais le tout reste convaincant.   

 

Liste des bonus : Making of (60'), Conférence de presse de Rugerro Deodato (22'), Interview de Julien Seveon (12'), Scènes censurées, Bande annonce

 
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