CALIGULA
Caligola - Italie / Etats-Unis - 1979
Image plateforme « DVD »
Image de « Caligula »
Genre : Peplum, Erotique
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français 2.0 et Dolby Digital 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 155 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 18 octobre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Caligula »
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LE PITCH
« Caligula » retrace le règne, aussi bref que sanguinaire, d’un empereur romain devenu à moitié fou. Après avoir reçu les pleins pouvoirs du Sénat, Caligula devient un despote paranoïaque à travers une vie de débauche sans limites.
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Sodome et gomorrhe

Production chaotique, remontage éhonté et séquences supplémentaires tournées en catimini, procès en pagailles, sortie repoussée pendant 5 ans, œuvre érotique et exigeante devenue le seul film pornographique tourné en 35 mm... Caligula c'est tout cela, mais c'est surtout une œuvre fastueuse et anarchique d'une puissance démesurée.

 

La fin des années 70 n'est pas que marquée par la vague Star Wars. Elle l'est sans doute tout autant par l'âge d'or de l'érotisme et de la pornographie, arts scandaleux devenus à la mode et libéralisés autant sous forme de revues qu'au cinéma, grâce à la modernisation de la censure. En pleine success-story, Bob Guccione, créateur de la revue Penthouse, imagine donc utiliser une partie de sa colossale fortune pour livrer une folie des grandeurs, une production pharaonique qui le ferait entrer dans le milieu fermé des moguls hollywoodiens, tout en offrant au public une vitrine alléchante de sa marque. Une ambition profonde mais qui ne se fait pas sans une forme évidente de bon goût, le bonhomme réussissant à convaincre l'inégalable Malcom McDowell (Orange Mécanique) d'interpréter le rôle principal, le respectable Peter O'Toole (Lawrence D'Arabie) d'incarner l'impérial Tibère, ou même le très en vue romancier et scénariste Gore Vidal (Paris brule-t-il ?) d'en signer le traitement. En ligne de mire : l'ascension fracassante et la déchéance totale de l'Empire Romain sous le règne de son empereur maudit : Caligula.

 

a mad mad world

 

Sans doute fortement marqué par le mélange étonnant de Salon Kitty, sensuel mais perturbant, entre érotisme et drame historique, Guccione offre la réalisation à l'esthète Tinto Brass. Un grand cinéaste, souvent dissimulé justement derrière les corps nus qu'il expose et qui s'empare immédiatement du sujet, tentant d'en incliner la direction vers une œuvre certes luxueuse, mais pervertissant brillamment les visions lisses et basiquement érotomanes du commanditaire. Epaulé par le production designer de Fellini (Amacord) et Pasolini (Salo ou les 120 Journées de Sodome) Danilo Donati, ainsi que du directeur photo Silvano Ippoliti (Le Grand Silence), Brass réinvente l'esthétique faste des péplums d'antan en la rhabillant sous des costumes décadents, des façades immenses et improbables et une surenchère d'accessoires exposant un mauvais goût exquis. Sous une pluie de rouges vifs, de drapés feutrés entre les arrièresèsalles d'une maison de passe et l'enfer de Dante (voir toute la séquence dans l'antre de Tibère), son érotisme ressemble surtout à une foire aux monstres, peuplée d'étrangetés, où l'inceste pratiqué entre Caligula et sa sœur Drusilla (fragile mais perverse Teresa Ann Savoy) n'est pas, tant s'en faut, l'élément le plus révoltant. Une œuvre profondément visuelle donc, emprunte d'une véritable grandeur et d'une démarche intellectuelle remarquable puisque culbutant par le verbe et l'image l'apparente respectabilité de la République et de ses représentants. Faisant de Caligula un anarchiste furieux dans un magasin de porcelaine, Tinto Brass plonge son film dans une succession de visions infernales, de séquences foncièrement théâtrales et grotesques.

 

la chute de l'empire romain

 

Pourtant,  immergé dans ce chaos barbare et sadique, l'irrévérence suprême est que malgré son esprit définitivement malade, Caligula semble seul détenir la vérité. Habité par un Malcom McDowell fascinant de démence, une Helen Mirren (The Queen, Excalibur) d'une sexualité brûlante et un Peter O'Toole en pleine décomposition, le film n'est pourtant, malgré sa force sidérante, que l'ombre de lui-même. Bazardé discrètement dès la fin du tournage; Tinto Brass pleure encore les multiples modifications effectuées sur son oeuvre. Des séquences entières jetées à la poubelle (et jamais retrouvée, dont celle du cheval déféquant au milieu du sénat), une narration réorganisée et surtout quelques petites friandises disséminées un peu partout... Clairement pas en adéquation avec la vision biaisée de la sexualité présenté par Brass, et de son discours politique et philosophique, Bob Guccione et le technicien Giancarlo Lui n'ont pas hésité à tourner quelques séquences supplémentaires. En l'occurrence quelques passages platement pornographiques montrant quelques fameuses demoiselles de Penthouse se livrer à du saphisme en règle (gâchant totalement le triolisme, plus soft, se déroulante entre Caligula, sa femme et sa sœur, centre névralgique du film), avalant goulument un sexe en érection ou exposant leurs entrejambes en toutes occasions. Difficile de savoir ce qui reste en définitivement du Caligula original - Tinto Brass faisant un parallèle avec les ruines du Colisée - mais force est de constater que cette cohabitation plus que contrastée entre les deux visions érotiques casse autant le rythme, le sens et l'esthétique du film qu'elle ajoute encore à l'aspect défiguré, scarifié, blessé, désordonné d'un spectacle digne des mythiques orgies romaines.

Nathanaël Bouton-Drouard

 







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Image :
Même sans passer par la case Blu-ray, l'amélioration entre cette nouvelle édition et celle de Metropolitan est plus que notable. Le master de l'époque était passable, mais nous paraît aujourd'hui bien fatigué avec ses taches persistantes, ses couleurs délavées et son grain neigeux. La nouvelle copie de M6 vidéo tient tout du petit miracle : couleurs vives et contrastées, noirs profonds, profondeur de champ soulignée et une pellicule plus lisse. C'est beau et flamboyant... en gros la galette de Metropolitan peut désormais servir de sous-tasse.

 

Son :
« Pas bête la guêpe » comme dirait... ma sœur. La nouvelle édition recycle ainsi les Dolby Digital 5.1 restaurés déjà entendus et arborant, à peu de choses près, les mêmes défauts de ce type de remaniement. La dynamique est ainsi des plus modestes et les rares informations qui proviennent des sources latérales et arrières font naître une sensation d'artificialité pas franchement agréable. Le son est clair et équilibré entre les dialogues, la musique et les effets, mais tout cela ne sonne pas très juste. Bonne nouvelle heureusement, mais uniquement en DVD, le long-métrage est aussi disponible dans un Dolby Digital 2.0 largement plus naturel et convaincant.

 

Interactivité :
Une chance pour les amateurs, le changement d'éditeur n'aura pas apporté de coupes trop drastiques dans les bonus existants : à l'exception de l'interview de Bob Guccione et de la présentation du journaliste François Cognard, le reste est bel et bien là, à commencer par une petite interview de Tinto Brass (discourant sur sa carrière et l'érotisme) et bien entendu le long documentaire d'époque A documentary on the making of Gore Vidal's Caligula, retraçant la genèse du projet tout en présentant des images de tournage et de nombreux témoignages enregistrés à même le plateau. Un excellent moyen d'observer les fastes de la production, mais aussi de discerner entre quelques interviews et images isolées les tensions en train de naître : Tinto Brass qui semble avoir le poids du monde sur ses épaules, les producteurs vêtus comme des macs d'un bordel scabreux ou Gore Vidal en pleine crise de mégalomanie. Un témoignage indispensable mais qui ne remplace pas les quelques nouveaux suppléments inédits en France.
Cette série de trois interviews conforte clairement la vision du réalisateur et l'ambiance étrange qui régnait dans les coulisses. La créature de Penthouse Lori Wagner se souvient ainsi des manipulations dont elle fut elle-même victime et de l'impact négatif qu'aura le film sur sa carrière d'actrice (les dernières minutes autour de sa carrière de chanteuse sont assez pathétiques, d'ailleurs), tandis que l'excellent John Steiner (il a joué pour Lucio Fulci, Dario Argento...), devenu agent immobilier, se montre bien plus serein et en profite pour revisiter toute son expérience italienne. Mais c'est surtout la longue interview du réalisateur qui surprend le plus. Lui qui refusa durant de longue années de revenir sur cette « expérience » se livre ici à une analyse complète de sa vision de Caligula et des épreuves rencontrées au cours de sa mise en image. Un homme toujours aussi passionnant, cultivé, qui se livre dans les dernières minutes à un descriptif de son propre montage et désespère devant le remontage des producteurs. C'est ici et seulement ici que les cinéphiles peuvent imaginer à quoi son Caligula aurait ressemblé. Aucun des deux montages ne contient certes la version de Tinto Brass (même si d'une certaine façon la version censurée s'en rapproche sensiblement plus), mais entre l'édition simple ne proposant que la version cut et le Blu-ray caviardé de plans interdits aux moins de 18 ans, on ne saurait que trop conseiller le digipack triples disques, seule édition présentant les deux montages existants du film.

 

Liste des bonus : Les deux versions du film, Making of (56'), Confessions de Tinto Brass (8'), Entretien avec John Steiner (24'), Souvenir de Luri Wagner (28'), Entretien avec Tinto Brass (34'), L'execution de Marco (3'), Bande annonce

 
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