CLéOPâTRE
Cleopatra - Etats-Unis - 1963
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Cléopâtre »
Genre : Peplum
Musique : Alex North
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, DTS 5.1 français, allemand…
Sous-titre : Français, anglais, allemand…
Durée : 240 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 15 février 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Cléopâtre »
portoflio
LE PITCH
Cléopâtre. Un nom mythique pour une souveraine légendaire. Voici le fabuleux portrait de la Reine du Nil, dont la beauté dévastatrice a fait trembler deux des plus grands seigneurs de l’Empire romain, Jules César et Marc-Antoine. Une relation sulfureuse, faite de pouvoir et de trahison, qui changea le cours de l’histoire à jamais.
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Au sein du nil

De la plus célèbre des productions autour de la reine Cléopâtre, il reste surtout une légende. Celle d'une méga-production, longtemps restée le film le plus cher de l'histoire, et d'un marasme qui faillit couler définitivement la Fox et enterrer au passage quelques carrières. Cléopâtre, c'est pourtant aussi un très grand film.

Pourtant rien ne pouvait prédire qu'au final le film réussirait à être projeté et même qu'il résisterait au temps. Premier réalisateur, Rouben Mamoulian (Docteur Jekyll et Mr. Hyde) congédié après avoir investi des sommes colossales dans les décors londoniens et des costumes brodés d'or ; actrice principale qui manque de mourir, tournage repoussé, annulé, déplacé... changement de réalisateur avec l'arrivée de Joseph L. Mankiewicz (All About Eve), changement de casting, tournage en Italie et refonte intégrale des décors et costumes, scénario en constante réécriture... Elizabeth Taylor et Richard Burton deviennent amant sur le plateau, au grand dam des associations moralistes, le second réalisateur, épuisé, est écarté devant un montage délirant de presque huit heures... Enfin achevé, le projet est remonté, redécoupé par le producteur Darryl F. Zanuck (Le Jour le plus long), qui débarque en sauveur. Des aventures d'autant plus rocambolesques pour l'époque que la politique des studios était en train de perdre de l'emprise, concurrencés qu'ils étaient par la télévision, et que la Fox avait déjà les pieds dans l'eau. Des sommes délirantes furent finalement investies presque à pure perte, en particulier lorsque le cachet de la star dépassait déjà le 1 million de dollars (un record à l'époque). De toute cette débauche, de cette suite ininterrompue de mauvaises décisions et de combats d'égos, il reste pourtant une fresque splendide, un portrait de femme brillant et touchant où excelle une Elisabeth Taylor aussi impériale que manipulatrice, froide qu'espiègle, insaisissable qu'extraordinairement sexy.

 

Le banquet


Déjà auteur d'un recommandable Jules César avec Marlon Brando, Mankiewicz ne recherche en effet aucunement à satisfaire fastueusement les attentes du public. Une séquence de bataille navale, une arrivée orgiaque de la reine dans les rues de Rome avec danseuses à moitié nues... Ce sont là au final les seules séquences visuellement spectaculaires du film. Mais l'argent n'a pas été investi dans de l'eau, tout la richesse du long-métrage repose sur des décors monstrueusement imposants, mélange étonnant entre réalisme et carton-pâte stylisé, mais toujours riches d'une multitude de détails luxueux qui ne servent que d'arrière-plan au drame. Au milieu de ces espaces gigantesques, tour à tour surchargés ou presque trop vastes, se joue une incessante bataille pour le pouvoir et le maintien du trône. Un combat d'alcôve. La Cléopâtre de Taylor use de toutes ses habiletés pour maintenir son royaume, quitte à user de ses charmes sur un Jules César philosophe, puis sur le passionné Marc Antoine. De Rex Harrison (My Fair Lady) à Richard Burton (Qui a peur de Virginia Woolf ?), le visage du film changerait presque en même temps que le pouvoir d'adaptation de la reine - à noter que le film s'inspire de la biographie de Plutarque et surtout des pièces de William Shakespeare (en particulier Antoine et Cléopâtre). L'existence et les romances ne se règlent donc jamais à la devanture, mais bien dans l'arrière-cour, comme au théâtre. Jamais très loin du théatre filmé d'ailleurs, Cléopâtre n'a finalement pas trop à pâtir de sa gestation épique si ce n'est dans une construction dramatique manquant parfois de finalité (cf. le rapport de la reine avec la magie égyptienne dont il ne reste plus qu'une séquence), permettant même de faire cohabiter une œuvre intimiste avec la surabondance de luxe inutile. Un petit quelque chose de décadent.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Dans la foulée de la Warner et de la renaissance de Ben-hur en HD, Fox effectue avec la copie de Cléopâtre un travail d'orfèvre, colossal et studieux. Même si la copie DVD avait su en son temps marquer les esprits, celle d'aujourd'hui s'avère miraculeuse, faisant réapparaître la foule de détails sidérants des décors, des draperies et arrière-plans avec une richesse qu'aucun film moderne n'est capable d'égaler. Préservant ce savoureux grain de pellicule qui rappelle que c'est bien là du cinéma (et non pas un truc numérique tout lisse), le Blu-ray affiche au passage des couleurs éclatantes et des contrastes splendides. Il semble pourtant qu'artistiquement comme matériellement, Cléopâtre doive rester toujours un cran en dessous de Ben-hur, la photographie initiale se montrant légèrement moins fastueuse et la pellicule en elle-même moins chargée. Du très grand spectacle quoi qu'il en soit.

 

Son :
Etonnement le doublage de Cléopâtre en français n'a franchement rien des grandes interprétations d'antan. Ampoulé, souvent plat, ce dernier ne profite d'ailleurs guère de son passage en DTS 5.1 si ce n'est de façon parcimonieuse lors de scènes de foule ou de la bataille navale de la dernière bobine. Le DTS-HD Master Anglais 5.1 n'en fait d'ailleurs guère plus au niveau de la dynamique, étoffant le mixage initial mais préservant constamment sa nature de spectacle audio des plus frontaux, comme une stéréo parfaitement calibrée. La piste a d'ailleurs au passage profité elle aussi d'un nettoyage de circonstance, offrant un confort d'écoute plus qu'appréciable qui devrait faire taire les cinéphiles nostalgiques du mono d'origine.

 

Interactivité :
La belle ne revient pas seule. Loin de là. L'éditeur s'est même fendu de quelques suppléments inédits et donc présentés en HD. On commence par une exploration, brève mais précise, des différents montages du film et du choix porté sur la mouture de quatre heures. On y entend parler du fameux montage de huit heures, réduit à 5 heures jusqu'à même être raccourci aux fameuses trois heures pour obtenir quelques projections journalières supplémentaires. Les spécialistes interviewés doivent pourtant s'avouer vaincus, incapables de mettre la main sur une version plus « complète » ou en tout cas des scènes coupées visibles... Toutes les bandes ayant été détruites par la Fox à la fin des années 70 lors d'un grand nettoyage de leurs archives. Incroyable ! Plus classique est la rencontre avec un historien qui permet cependant de temporiser la vision historique du film en précisant que ce n'est là qu'une énième adaptation de textes déjà très libres des faits avérés. Enfin au rayon des inédits on peut aussi s'embarquer pendant une trentaine de minutes dans l'émission Fox Legacy, revenant sur le tournage calamiteux de l'oeuvre. Ce bonus se destine avant tout aux plus pressés, puisque le fabuleux documentaire « Le Film qui changea Hollywood » de presque deux heures est toujours présent. Un grand moment de reconstitution bardé d'interviews et d'images d'archives (dont les rares minutes de la version Mamoulian), qui fait presque vivre de l'intérieur cette tragédie tour à tour dramatique, comique mais toujours catastrophique. A l'instar d'un Lost in la Mancha, les péripéties s'amoncellent inlassablement, les artistes restent au fur et à mesure sur le carreau et le portrait d'une méthode des studios en déperdition se montre éloquent. Un grand moment de cinéphilie, presque aussi shakespearien que le film auquel il se consacre. Une interactivité imposante donc, étalée sur les deux disques de cette édition (avec chacun une moitié du film), à laquelle il ne faut pas oublier d'ajouter un commentaire audio archiviste et quelques documents d'époque. Au final ne manque que le Cléopâtre de 1917, avec Theda Bara, pour faire de cette sortie un moment aussi intense que le coffret Ben-hur.  

 

Liste des bonus : Commentaires audio de Chris Mankiewicz, Tom Mankiewicz, Martin Landau et Jack Brodsky, Fox Legacy avec Tom Rothman (30'), Cléopâtre : une histoire culturelle (8'), Scènes inédites (8'), Correspondance privée, « Cléopâtre, le film qui changea Hollywood » (120'), La quatrième étoile de Cléopâtre (9'), 2 Movietone News, Bandes-annonces.

 
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