VIDEODROME
Canada - 1983
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Videodrome »
Réalisateur : David Cronenberg
Musique : Howard Shore
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 12 avril 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Videodrome »
portoflio
LE PITCH
Max Renn, le patron d’une petite chaîne érotique sur le câble, capte avec l’aide d’un employé un mystérieux programme-pirate dénommé Videodrome. Confronté à des images et une violence jamais vus à la télévision, Max est partagé entre fascination et répulsion. Il ne sait bientôt plus différencier le rêve du réel…
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The human VCR

 

Près de 40 ans après sa sortie en salle, Videodrome revient sous le feu des projecteurs grâce à (enfin) une véritable sortie en « haute définition ». Alors que de nombreux film d'anticipation ont du mal à garder leur fraîcheur au fil des ans, qu'en est-il du chef-d'œuvre de David Cronenberg ?

Après une première série de longs-métrages d'un genre nouveau et en voulant surfer sur le succès de Scanners, Videodrome marque l'entrée de David Cronenberg dans l'univers des grosses productions. Dépensant un budget confortable à l'époque (près de 6 millions de Dollars !), Universal mise sur un pari risqué en laissant les mains libres au réalisateur hautement subversif qu'était Cronenberg... Et le regrettera à la vue du produit final, le charcutant outrageusement pour les diffusions américaines et anglaises. Le jeune trentenaire s'essaie alors pour la première fois à la rude tâche de l'écriture du scénario, une écriture difficile sur un sujet périlleux dans les années 80 ! On ne touche pas à la sacro-sainte télévision, d'où la formation de l'église cathodique. Un petit écueil qui restera finalement le défaut de jeunesse de Vidéodrome, qui hérite en conséquence d'une narration légèrement chaotique mais qui dégage des idées d'une incroyable puissance.

the new flesh

Et force est de constater que malgré son âge honorable, le film garde toute la fraîcheur et la pertinence de son approche des médias. Les dérives imaginées par Cronenberg, déjà rafraîchies dans Existenz, viennent trouver dans le monde contemporains un écho tout particulier, ce qu'il est possible de voir dans les insondables données du peu reluisant Internet underground, le tout accessible d'un simple clic depuis un moteur de recherche, ou dans la fascination du commun des mortels pour leurs écrans de portables. 
Une dérive et une surenchère constante, à mettre en parallèle avec la dégénérescence lente et progressive de l'utilisation de la télévision, brillamment imagée par l'apparition de la tumeur cérébrale des spectateurs de la chaîne câblée Videodrome. Une idée géniale et finalement en adéquation avec l'ensemble du long-métrage, que ce soit pour l'utilisation du score grandiose de Howard Shore ou l'atrocité des effets spéciaux du maître Rick Baker (Le Loup-garou de Londres) et de son assistant Steve Johnson (Spider-Man 2), qui mettront à l'épreuve l'estomac des plus courageux par leur violence graphique et leur déviance assumée. Véritable coup de génie, Videodrome reste probablement l'un des meilleurs films de son auteur, cristallisant en une seule œuvre référence l'ensemble de ses obsessions. Obsessions qu'il redéveloppera tout au long de ses réalisations suivantes : corruption de la chair (La Mouche), sexualité déviante (Crash) et troubles de la personnalité (Faux Semblants, A History of Violence). Une œuvre somme qui continue de remuer les tripes et les méninges de ses spectateurs.

 

Jeremy Chateauraynaud






 

 

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Image :
Voici enfin en France le véritable master HD de Videodrome. Adieu l'horrible transfert upscallé de la galette Universal et faisons place à la copie restaurée à partir d'un nouveau scan d'un interpositif 35 mm. Une source déjà observée chez Criterion puis Arrow Video et qui apporte effectivement une image plus propre que jamais (les traces sont excessivement rares) et des couleurs qui retrouvent enfin leurs accents ternes et réalistes d'origine. On note aussi une jolie profondeur et un grain bien présent et naturel, même si la naissance d'un léger bruit semble parfois affleurer. Pour cela et pour d'autres soucis techniques on l'imagine, les techniciens ont dû user de nombreux outils numériques et cela peut se ressentir, entre autres par une définition un peu fluctuante et quelques subtiles halos. Pas parfait donc, mais on part de tellement loin...

 


Son :

Les pistes mono anglaise et française sont disposées ici en DTS HD Master Audio 2.0 et non en source directe PCM comme sur les homologues anglo-saxons. Cela ne change pas vraiment beaucoup de choses dans la restitution pour les sources ont là aussi été nettoyées, rafraîchies et stabilisées. Le doublage français semble souvent un peu plat, là où la version originale profite d'une grande clarté et d'un équilibre très agréable.

 


Interactivité :

Très attendue, surtout qu'une fois encore le disque Universal était nu comme un ver, cette édition collector concoctée par Elephant Films est un sacré cadeau pour les fans de Cronenberg. Par le packaging tout d'abord avec un steelbook au design bien marqué (à défaut de faire l'unanimité) et par son contenu éditorial ensuite qui s'étend sur pas moins de deux Bluray. Le premier est ainsi consacré à Videodrome avec une interview croisées des journalistes Serge Grünberg et Stéphane du Mesnildot qui évoquent les réflexions presque philosophiques du film et ses aspects visionnaires, ou une rencontre avec le chef op Karim Hussain qui expose sa passion pour le film et révèle certaines informations sur l'esthétique et sur ses trouvailles visuelles dont la fameuse bouche qui semble s'extraire de l'écran de télé. Un bout de film présenté pour la première fois en source séparée.
Difficile de passer à coté du très classique mais pas inintéressant making of promotionnel d'époque qui permet de retrouver le réalisateur ou James Wood dans les coulisses, mais le vrai trésor d'archive reste ici la sélection de scènes coupées extraite de la diffusion télé du film. Un montage qui pour compenser les coupes de la censure dû réinsérer des séquences de dialogues en version longues ou des passages volontairement écartés (dont une contenant un indice trop visible), mais qui se fendit aussi d'un étrange générique peint pas franchement des plus gracieux. Manque tout de même un véritable making of rétrospectif... de toute façon invisible tout autant chez Criterion ou Arrow.

On passe alors au second disque Bluray, renommé Crimes of the Past, qui contient les quatre films tournés par David Cronenberg avant Frissons. Des œuvres de jeunesses pour Transfer et From the Drain, courts métrages étudiants reposant sur des lieux restreints et des faces-à-face entre deux personnages, et cultivant un ton absurde à la Samuel Beckett. Beaucoup plus intéressants et mémorables, Stéréo et Crimes of the Future s'approchent pour le coup de structures de long métrages et développent de vrais univers déjà chargés de questions sur une nouvelle humanité : pouvoirs mentaux, mutations, sexualité, technologie, univers paranoïaques... Avec peu de moyen et une troupe d'acteurs débutants, Cronenberg impose déjà, que ce soit par le ton du faux documentaire dans le premier ou du thriller abscons dans le second, une mise en scène incarnée dans une urbanité écrasante, inquiétante. Des films particuliers, un peu longuets, pas toujours palpitants, mais tout simplement passionnants pour les amateurs de son cinéma qui y découvre nombre de ses réflexions en germes. A noter que les quatre films ont été admirablement restaurés à la sources (avec scan 2k et 4K) pour un résultat particulièrement impressionnant pour les deux plus longs.

Liste des bonus : Un livret rédigé par Stéphane du Mesnildot (24 pages), Scènes inédites - version TV (25'), « La bouche » : entretien avec Karim Hussain (13'), Le film par Serge Grünberg et Stéphane du Mesnildot (34'), Making of promotionnel (7'), Bandes-annonces,  Transfer » (1966, 7'), « From the Drain » (1967, 14'), « Stéréo » (1969, 65'), « Crimes Of The Future » (1970, 63').

 

 

 

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