LA NUIT DU CHASSEUR - EDITION ULTIME
The Night of the Hunter - Etats-Unis - 1955
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « DVD »
Image de « La Nuit du Chasseur - Edition Ultime »
Genre : Thriller
Réalisateur : Charles Laughton
Musique : Walter Schumann
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 93 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 31 octobre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Nuit du Chasseur - Edition Ultime »
portoflio
LE PITCH
Un pasteur élégant et séduisant, dont les phalanges sont sinistrement tatouées des mots « haine » et « amour », erre dans la campagne semant sur sa route la bonne parole et… la mort. Pour le révérend H. Powell, le travail du Seigneur n’est pas de sauver les âmes, mais de les condamner. A présent, Powell est prêt à tout pour récupérer un magot de 10000 dollars caché dans une ferme. Sur son chemin : deux enfants, seuls à savoir où se trouve l’argent…
Partagez sur :
Floating into the night

Il a influencé Francis Ford Coppola, Martin Scorcese, Tim Burton, les frères Coen, Sam Raimi, David Lynch, et en somme tout le paysage du cinéma moderne, comme aucun autre film. Un chef-d'œuvre miraculé, incompris à sa sortie mais éternel, qui transporte le spectateur dans une rêverie angoissante, un thriller aux frontières indéfinies... 60 ans après, la nuit est toujours aussi belle.

 

Echec cuisant lors de sa sortie originale, La Nuit du chasseur a réussi au cours des longues décennies à se hisser constamment de plus en plus haut dans les éloges des indispensables du cinéma mondial. Un statut de classique irrémédiable, de chef-d'œuvre indéboulonnable qui lui permet d'accoler fièrement Citizen Kane. Pourtant les deux longs-métrages ne partagent définitivement pas la même notion de « chef-d'œuvre ». Là où le bijou esthétique et narratif d'Orson Welles se rapproche, comme nulle autre réalisation, de la perfection absolue dans sa construction, dans sa structure maniériste et son inventivité constante, La Nuit du chasseur semble constamment sur le point de s'effondrer, de faiblir. L'imperfection comme un diamant, l'illustre et faramineux acteur Charles Laughton (Les Révoltés du Bounty, Spartacus) ne voyait sans doute pas son adaptation du roman de Davis Grubb de cette manière, mais c'est pourtant ce qui en fait tout le charme.

 

le loup et les agneaux


Première et dernière réalisation du bonhomme (qui ne se remettra jamais de l'échec commercial), le long-métrage porte constamment la marque des premières hésitations et de l'expérimentation naïve, mais surtout de cette vaine tentative d'atténuer la teneur effrayante du sujet : un épilogue excessivement positif et chaleureux, la matrone et son mari à la limite de la farce, un jeu d'acteur toujours à la frontière de l'outrance, une petite fille plus agaçante qu'adorable... Le metteur en scène hésite entre les genres, retrouve ses tics de la direction scénique, mais pourtant se fait constamment rattraper par ce conte noir et terrifiant où l'immense Robert Mitchum fait figure de grand méchant loup quelque part entre Tex Avery (la poursuite dans les escaliers de la cave, les cris après la blessure par balle) et les futurs serials killers pervers du cinéma de genre. Entre une modernité effarante et un retour constant aux sources des mythes primitifs (le mal tentant de détruire l'innocence), La Nuit du chasseur est à la lisière d'un fantastique oral, réveillant la force des récits oraux que les anciens contaient au coin du feu.  Aidé par le redoutable « cinematographer »  Stanley Cortez (La Splendeur des Amberson, Shock Corridor, The Naked Kiss), le réalisateur dénaturalise son récit, s'éloigne clairement d'un réalisme trop poussé (toujours pour adoucir maladroitement le propos), en revendiquant la fable moralisatrice américaine (les valeurs chrétienne, l'image salvateur finale de la famille) mais surtout en travaillant une esthétique expressionniste sublime.

 

fin du monde

 

Les contrastes éclatants du noir et blanc creusent, sculptent les ombres découpées par une lumière tombante, tandis que la nuit semble envahir l'environnement des deux enfants pour accompagner leur découverte malsaine du monde adulte. A cette mise en scène digne d'un film d'horreur (quelques image annoncent carrément L'Exorciste), le film répond par d'autres séquences construisant des plans tournés en studio comme des images issues d'un livre pour enfants : animaux découpés au premier plan, campagne dans le lointain, rivières qui semblent à la fois immobile et en éternel mouvement... Les deux héros glissent vers un univers métaphasique, lointain, comme la fameuse Alice, et tout leur imaginaire colore l'imagerie et le rythme d'un film souvent hypnotique et dont certaines visions imprègnent définitivement la rétine.  Plastiquement inoubliable, La Nuit du chasseur est tout aussi marquant pour la modernité incroyable qui se dégage des thèmes qu'il aborde et le portrait coriace d'une société américaine faussement pudibonde. Le peu de place laissé aux désirs et à la personnalité de la femme (affable Shelly Winters qui reprendra, à peu de chose près, le même rôle dans Lolita), l'écrasante autorité d'une religion qui sombre rapidement dans l'hystérie aveugle, la moralité WASP presque sordide, les dégâts du bien pensant et de la civilisation outrancière, la solitude et la bêtise du monde adulte... Il souligne la pauvreté du monde des adultes tout en montrant cruellement que les enfants ne pourront jamais s'y soustraire. La Nuit du chasseur ou l'ultime tentative de capturer l'innocence perdue.  

Nathanaël Bouton-Drouard








Partagez sur :
 

Image :
Toujours difficile de restaurer un grand classique du cinéma, ou en tout cas d'en travailler une nouvelle copie pour la transférer en HD. Wild Side Vidéo a déjà, à de nombreuses reprises, montré son sérieux dans ce domaine, mais aussi une motivation qui peut parfois en agacer certains (le travail sur Suspiria fait toujours débat). Ainsi pour La Nuit du chasseur, l'éditeur a repris directement la copie joliment restaurée par l'UCLA : disparition des taches et faiblesses de pellicule, contrastes réaffirmés, retour d'un format 1.66 au lieu du 1.33 qui avait pris place en vidéo... Un travail déjà plus qu'honorable, mais auquel le diffuseur français à ajouté sa « petite touche personnelle », rehaussant la luminosité pour appuyer plus encore les contrastes et gommant discrètement un grain très présent. D'où de nombreuses et marquantes différences avec le Blu-ray américain de Criterion qui ont déjà fait bondir certains puristes. Difficile cependant de trancher sur la vision la plus fidèle au travail de Laughton et Cortez. Reste que le Blu-ray français est un ravissement, épatant par une lumière tranchante, un détail impressionnant et une pureté fascinante. Superbe.

 

Son :
L'apport ici d'un DTS-HD Master Audio, aussi ronflant soit-il dans son appellation, n'est absolument pas d'en balancer plein les esgourdes. Le film reste mixé en mono, mais profite de ce dernier format de compression pour laisser entendre le travail de restauration effectué (plus aucun souffle, niveaux égalisés...) et installer donc frontalement un confort d'écoute inédit. Propre, délicat et équilibré dans l'installation des différentes sources, la piste est extrêmement agréable.

 

Interactivité :
10 ans d'existence et Wild Side Vidéo continue de jouer les éditeurs frondeurs, n'hésitant pas à faire des opérations commerciales courageuses (voire inconscientes) pour satisfaire la cinéphilie des spectateurs français. Dernier acte de guerre, le présent coffret dédié à La Nuit du chasseur qui regorge de trésors incroyables. Le box contient ainsi classiquement le Blu-ray aux côtés de ses deux homologues DVD (film + intégralité des bonus), mais aussi deux goodies imposantes.
Un CD audio tout d'abord, qui n'est pas celui de la bande originale, mais une version racontée (façon conte blotti au fond du lit) du film par Charles Laughton en personne. Un document extrêmement rare qui fut produit en 1955 pour la promotion du film et qui permet de profiter une fois encore des talents de narrateur indéniables de l'acteur.  Plus volumineux, le livre de Philippe Garnier permet de compenser n'importe quel making of. Un ouvrage luxueux et assez exhaustif retraçant autant les biographies de chacun (réalisateur, acteurs, romancier...), que les conditions de tournage, la sortie difficile du long-métrage et son impact définitif sur l'histoire du cinéma. Mais outre ce qui pourrait s'apparenter à une présentation canonique, le livre contient aussi de véritables réflexions sur l'esthétique, les thématiques et discute sans ombrage les critiques récurrentes avancées (le jeu des acteurs, la théâtralisation...). Passionnant et très beau, il est richement illustré de photos plus ou moins célèbres (Mitchum et son doigt d'honneur), d'images des coulisses, d'articles de journaux d'époque, d'affiches et de croquis effectués par Davis Grubb lors de la pré-production.
La présente édition propose aussi tout logiquement des suppléments vidéo présents autant sur le Blu-ray que sur les DVDs. Quelques entretiens enregistrés dans les années 80 avec un Robert Mitchum récalcitrant d'un côté, et un captivant Stanley Cortez (dir. photo) de l'autre. Produit spécifiquement pour cette édition, « De Davos Crubb à Charles Laughton » permet d'apprécier par le biais des croquis du romancier et de quelques courriers lus en voix off, la collaboration artistique  très particulière entre les deux hommes en remettant en perspective l'importance visuelle de l'auteur du texte original. On trouvera aussi un extrait d'une émission du Ed Sullivan Show dans laquelle les acteurs rejouaient en direct quelques scènes du film pour en promouvoir la sortie. Intéressant, surtout que cette séquence contient ni plus ni moins qu'une scène inédite entre Peter Graves et Shelley Winters, explicitant la raison du désordre émotionnel dont fait preuve la mère des enfants. Une superbe édition qui s'achève sur un extraordinairement long document vidéo (plus de 2h30 !) qui après une introduction placide livre des séquences entières de chutes de montage montrant des prises ratées, les variations dans le jeu des acteurs et donc la méthode pertinente de Laughton dans sa direction. C'est aussi l'occasion unique de découvrir une ambiance de tournage pas toujours au beau fixe... loin de là.
Limité à 5000 exemplaires, l'objet final n'est certes pas à la portée de toutes les bourses, mais s'avère un objet totalement irrésistible pour les nombreux fans du film, qui y trouveront ici un écrin à sa hauteur.  

 

Liste des bonus : Copie DVD, La Main du Saigneur (Livre de 200 pages par Philippe Garnier), CD audio (L'histoire du film raconté aux enfants par Charles Laughton), Des Croquis au film (15'), Charles Laughton au travail (160'), Entretien avec Robert Mitchum (3'), Entretien avec Stanley Cortez (12'), Extraits du Ed Sullivan Show (11'), Bandes-Annonces.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2022