GHOST IN THE SHELL 2: INNOCENCE
Kokaku kidotai 2: Inosensu - Japon - 2004
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Science-fiction
Réalisateur : Mamoru Oshii
Musique : Kenji Kawai
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français, Néerlandais.
Durée : 100 minutes
Distributeur : Dybex
Date de sortie : 26 avril 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Dans un avenir proche, en 2032, humains et cyborgs cohabitent, les implants cybernétiques repoussant aux extrêmes la frontière entre machines et humains, entre le réel et le virtuel. Une équipe spéciale du ministère de l’Intérieur, la Section 9, est chargée de mener une enquête sur les agissements d’un conglomérat producteur de cyborgs dédiés au plaisir sexuel, la Locus Solus. Une entreprise très puissante, dont les produits sont à l’origine de plusieurs meurtres…
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Puppet Master

Si le premier Ghost in the Shell a été unanimement célébré pour son élégance, son intelligence, et tout simplement sa puissance visuelle, sa tardive suite, a curieusement reçu une volée de bois verts, et ce malgré une sélection (méritée mais surprenante) au Festival de Cannes de 2004. Critiqué pour son hermétisme, son jargon philosophique et bavard, le film est pourtant une authentique œuvre de science-fiction, décortiquant les possibles et le réel.

 

Mais il est vrai que dès le départ Ghost in the Shell 2 : Innocence n'a pas forcément les choses faciles. Poursuivre le chemin tracé par un premier long métrage référence, n'est déjà pas chose aisé, mais il faut ajouter à cela la concurrence d'une série tv (Stand Alone Complex) particulièrement ambitieuse ainsi qu'une version remaniée de l'originale renommé Ghost in the Shell 2.0. Noyé dans la masse, perdu dans une distribution hasardeuse et surtout difficile à appréhender de prime abord car refusant à chaque instant la facilité d'une suite mécanique. Ayant déjà pris ses distance avec le manga de Masamune Shirow, Mamoru Oshii oublie volontairement de s'intéresser à sa suite (assez consternante et vulgaire, donc tant mieux) pour prolonger directement son propre univers, ses propres thématiques, sa propre vision avec une force d'abstraction et une distance commerciale qu'on ne lui avait pas connu depuis le gigantesque Œuf de l'ange (toujours inédit officiellement en france).

 

doll house


D'ailleurs on n'en retrouve presque l'aspect cadavre exquis, ou puzzle baroque, lorsque les différentes pièces, les différentes dictions ne s'interconnectent que par des monologues étonnant mélangeant citations philosophiques et contemplation poétique.  L'action est certes présente (soutenue par une animation d'une rare précision), voir même à quelques reprises carrément orgasmiques dans son déluge de violence libérée et sa crudité, mais n'est présenté ici que comme un jalon indispensable de la narration, une donation au genre, plutôt qu'à une fin en soit. Par sa nature, par sa construction, Innocence est un film cérébral où les émotions se triturent dans les recoins de l'image, dans les regards déformés des personnages et surtout dans leurs errances intimes, en particulier Batou, désormais flics solitaire qui espère inlassablement le retour de son ancienne partenaire le Major Kusanagi, devenue créature omnisciente à la fin du premier film. Un homme seul, perdu dans une citée au bord de l'implosion et qui permet au cinéaste de donner à son film la patine ténébreuse, pluvieuse et désespérée d'un authentique film noir et ce jusqu'au grain artificiel de pellicule.

 

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Artificiel, le maître-mot d'un film qui ne cesse de questionner la réalité ou en tout cas la perception qu'en ont les personnages, créatures humanoïdes plus ou moins modifiées dans un environnement peuplé de machines, de cyborgs et d'intelligences artificielles aux regards de poupées, où la mécanisation du mouvement, de la pensée (d'où l'abondance surnaturelle de citations), de la communication sont devenues la norme. Dans Ghost in the Shell, la machine se cherchait une conscience, dans Innocence l'homme se demande s'il en a encore une et surtout ce qui le différencie encore vraiment de la machine. Le film rejoint ainsi autant dans le texte que dans les récurrences visuelles (hommes connectés par la nuque, transferts de « ghost » dans des cyborgs) des réflexions des Lumières sur la nature de l'automate, et rejoint d'un même élan les avancées de la cybernétique. Plus loin encore que Ghost in the Shell, sa suite rappelle quelle peut être la force du cinéma de science-fiction dans sa plus grande pureté, avec une vision du futur aussi avant-gardiste que pouvaient l'être 2001 L'Odyssée de l'espace ou Blade Runner. Un œuvre imposante, parfois à la limite du discours autiste, mais qui s'habille d'une réalisation éblouissante (l'angle décalé des cadres, la répétitivité du montage,  la pesanteur des séquences méditatives) où chaque détail, chaque rupture de ton à une importance primordiale dans la dialectique du film, à l'instar du jeu constant qu'entretien le cadre, le mixage audio et la nouvelle bande son signée Kenji Kawai avec l'illusion, le mirage, le trompe l'œil et donc par prolongement avec la nature mystique de l'insaisissable. Attention, film sacré.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Etonnant comment datant de quatre ans avant le Ghost in the Shell 2.0, Innocence vieillit bien mieux sur tous les points. En particulier les images de synthèse qui préserve leur aspect surnaturel, décalé et étrange et se marient à la perfection avec le concept du film et l'animation traditionnelle, en partie grâce au faux grain qui vient vieillir l'image avec élégance. Un choix esthétique étonnant, qui rapproche encore l'animé du film noir, mais qui ne facilite pas l'encodage, à l'instar des halos de lumière légèrement flous. Du coup, impossible de dire que la HD est ici parfaite (petits décrochages, stabilité pas toujours idéale...) parce qu'elle ne peut l'être par définition. Les couleurs par contre sont resplendissantes et chaque image impose un piqué des plus pointus qui aide le spectateur à découvrir toute la richesse de l'animation.

 


Son :
Déjà impressionnant, le mixage sonore d'Innocence gagne encore en puissance ici avec une nouvelle compression DTS HD Master Audio 5.1 plus limpide et subtile que jamais. Comme pour le premier film, c'est la musique de Kenji Kawai qui impose d'amblée, avec une force nouvelle, l'élévation de ses imprécations. L'ensemble du spectacle est ensuite du même niveau, avec des ambiances riches et enveloppantes, une dynamique qui joue admirablement le complément d'une mise en scène faussement figée et certaines séquences (le labyrinthe) où les chocs cristallins font entrer le spectateur dans un univers factice et numérique. Un excellent travail qui repose sur un montage sonore d'origine tout simplement parfait. Rien à redire donc.

 


Interactivité :
Autrefois distribué en DVD par Dreamworks (si, si), Innocence revient dans l'escarcelle d'un éditeur bien plus habitué à traiter l'animation japonaise, en l'occurrence Dybex. Bien content de compter un tel titre à son catalogue, l'éditeur fait pleuvoir les éditions entre le simple DVD, le Blu-ray single, le collector (avec DVD bonus) et l'exclusivité Fnac (Blu-ray + bonus + DVD). Chacun fait ce qu'il lui plait (plait), mais en l'occurrence il semble bien curieux que les bonus n'aient pas été directement intégrés sur la galette Blu-ray. Pas forcément très longs, le making of promo et l'interview pas inintéressante mais assez pesante du réalisateur, ne prenant pas forcement beaucoup de place sur un tel format. Un choix d'autant plus étonnant qu'il cantonne ainsi le commentaire audio sur le disque SD avec une copie du film entièrement dédié. Pourquoi faire simple ? Reste un document plutôt intéressant où le réalisateur et son comparse Toshihiko Nishikubo (ici directeur de l'animation mais aussi très célèbre pour sa séquence dantesque dans Kill Bill) reviennent sur les choix techniques, les mélanges esthétiques, l'intégration de la synthèse... Comme toujours Oshii, botte en touche lorsqu'il s'agit de s'exprimer purement et simplement sur les thématiques et le sens de ses œuvres. Un vrai japonais.

Liste des bonus : Commentaire audio de Mamoru Oshii et Toshihiko Nishikubo, Making of (16'), Interview de Mamoru Oshii (23'), Bandes-annonces.

 
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