SALO OU LES 120 JOURNéES DE SODOME
Salò o le 120 giornate di Sodoma - Italie - 1975
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Genre : Drame
Réalisateur : Pier Paolo Pasolini
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Français et Italien en Dolby Digital 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 112 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 6 mai 2009
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Durant la République fasciste de Salo, quatre seigneurs élaborent un règlement pervers auquel ils vont se conformer. Ils sélectionnent huit représentants des deux sexes qui deviendront les victimes de leurs pratiques les plus dégradantes. Tous s'enferment alors dans une villa près de Marzabotto afin d'y passer 120 journées en respectant les règles de leur code terrifiant.
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Si Sade m'était conté

Peu de films proposent un électro-choc émotionnel de l'ordre de ce que l'on peut trouver dans Salo. Pamphlet jusqu'au-boutiste sur le fascisme, l'intolérance et la régression humaine, le chef-d'oeuvre posthume de Pier Paolo Pasolini résiste incroyablement bien aux affres du temps.

 

Comme l'explique l'actrice Hélène Surgère, presque émue aux larmes, dans les bonus, le milieu des années 1970 aura connu une recrudescence du fascisme, sous des déguisements divers, dans notre vieille Europe. Un mouvement qui ne pouvait laisser indifférent le cinéaste le plus libertaire qu'ait jamais connu l'Italie. Cette Italie, patrie de Mussolini, sera donc la cible de son dernier projet, une adaptation indirecte de Sade adaptée à un fait divers authentique (et authentiquement glauque) s'étant déroulé à la fin du règne de l'un des grands modèles de Hitler. En optant précisément pour cet événement que les livres d'histoire aimeraient bien oublier, Pasolini dépasse évidemment le récit anecdotique. Au contraire, le fait d'enfermer proies et prédateurs, esclavagistes et soumis dans un lieu clos, régi par des règles allant à l'encontre de la logique la plus élémentaire, le cinéaste synthétise en 1h30 tout ce qui pourrait définir le pouvoir ou l'oppression.

 

L'annulation de l'autre

 

Difficilement regardable par instants (quel acte final !), et ayant en même temps l'intelligence de tourner en dérision l'horreur décrite, Salo s'adresse davantage au sens qu'au coeur. L'intellect, dans tous les cas, ne s'impose qu'en dernier recours, et ce de manière systématique. En réduisant l'homme à ses fonctions vitales et en mettant en scène ce que le corps peut offrir de plus malsain, Pasolini ne plaide pas pour la cause sado-masochiste, accusation idiote que le film s'est traînée des années durant, jusqu'à être purement et simplement interdit dans de nombreux pays. Son intérêt est tout autre : décrire la fragilité des acquis de plusieurs siècles d'évolution morale. A même l'écran, les murs du manoir coupent littéralement les protagonistes du monde et tout est dès lors permis, de viols en meurtres de sang froid en passant par des séances de coprophagie auxquelles personne, ni « maîtres » ni soumis, n'échappera. Unis par l'image (le cadre est d'un équilibre et d'une symétrie rares, et les mouvements de foule quasi-théâtraux) dans un nouvel écosystème aussi illogique, selon Pasolini, que celui de nos sociétés contemporaines, car le pouvoir défie par son existence même l'intérêt de l'homme, le réalisateur dresse un portrait glaçant, émotionnellement détaché, d'une espèce capable de se nourrir d'elle-même et d'en redemander, au bout du compte. Un grand film qui, est-il la peine de le préciser, peut très bien ne se voir qu'une seule fois dans une vie.

Alexandre Poncet

 

 

 

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Image :

Le DVD reprend la copie restaurée de 2001. Si l'on ne peut pas demander ici le niveau de détail d'un Blu-Ray, la qualité d'image est donc sensationnelle pour un film de cette époque : couleurs chaudes et bien délimitées, cadre stable, défauts de pellicule quasiment absents, grain très faible... On a d'autant plus la sensation que le chef-d'oeuvre de Pasolini a été tourné hier.

 

Son :

L'édition Carlotta présente évidemment les deux versions du film, l'italienne, imposée par les investisseurs transalpins, et la française qui, bien qu'ayant été enregistrée deux jours après la mort de Pasolini, aura toujours sa préférence d'un point de vue artistique. La qualité sonore, sans être au niveau de l'image, est tout à fait correcte, avec une source majoritairement frontale mais claire et bien équilibrée.

 

Interactivité :

Réalisée pour l'édition de 2002 (tous les entretiens datent par conséquent de cette époque), l'interactivité de Salo s'avère passionnante de bout en bout, et pour une fois pertinente jusque dans son approche indirecte du film. Le gros morceau reste ici un documentaire sur la conception du film, agrémenté d'une longue bobine de film super-8 révélant le tournage de l'éprouvane séquence finale, voix enregistrée à part de Pasolini à l'appui, On y découvre un cinéaste maniaque du détail et du mouvement, capable de donner les airs les plus rigoureux à un plateau majoritairement nudiste. Le metteur en scène a bien sûr l'occasion d'expiciter sa démarche créative (film sur le fascisme, sur l'annihilation psychologique de l'autre, etc.) dans ce qui pourrait bien avoir été sa toute dernière interview. Outre un souvenir amer de cette époque où la censure et l'extrêmisme, justement dénoncés dans Salo, commençaient à revenir sur le devant de la scène, l'actrice Hélène Surgère reviendra quant à elle sur les circonstances de l'assassinat du réalisateur, et surtout ses conséquences sur un doublage français posthume. Elle y analysera également les partis pris du réalisateur, tout particulièrement sa volonté de vivre « dignement » une époque en pleine déliquescence morale. Si l'on passera sur un bonus un peu redondant, apposant les sources audio du tournage de la scène finale à une galerie de photos animées, impossible de ne pas saluer la courte featurette Enfants de Salo. En dépit des gros soucis techniques annoncés par l'éditeur (image et titres pixellisés, lumière vacillante, cadre à l'arrachée), celle-ci passionne en se plongeant dans les mémoires cinéphiles d'une poignée de cinéastes clairement pasoliniens tels que Catherine Breillat, Claire Denis ou Gaspar Noé. Ce dernier se souvient ainsi du jour de ses 18 ans, lorsque sa mère lui annonça que le temps était venu de voir Salo, un film civiquement important selon elle. Claire Denis, quant à elle, avoue sa honte d'avoir quitté la salle la première fois, après avoir été saisi d'un malaise. Elle se rattrapera en assistant à deux projections deux soirs de suite lors de la ressortie du film, au début des années 2000.

 

Si l'on aurait souhaité un commentaire audio inédit, le nouveau DVD de Carlotta remplit donc son contrat, en enveloppant de manière cohérente et réfléchie l'oeuvre la plus exigeante qui soit.

 

Liste des bonus : Salo - Hier et aujourd'hui, Enfants de Salo, Salo, le dernier film de Pasolini, galerie de photos.

 
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