TOMMY
Royaume-Uni - 1975
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Tommy  »
Réalisateur : Ken Russell
Musique : The Who
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 105 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 14 octobre 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Tommy  »
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LE PITCH
À la suite d’un choc psychologique brutal, Tommy est devenu sourd, muet et aveugle. Sa mère et son beau-père font tout pour le guérir. Mais en dehors d’une fascination pour les miroirs et les billards électriques, Tommy ne veut rien savoir. Jusqu’au jour où sa mère le projette à travers un miroir. C’est le miracle, Tommy entend, voit, parle. C’est le nouveau Messie…
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I'm Free

N'en déplaise aux insupportables One Direction et leur meute de fans sans culture musicale (et pour cause), le groupe The Who n'a pas connu son heure de gloire lors de la reprise de leurs tubes pour les génériques des différentes séries des Experts, ou dans le pompage éhonté de l'introduction de Baba O'Riley par les décérébrés à mèche.


Dans les années 60, The Who était tout simplement le groupe iconique de la nouvelle génération (l'inoubliable morceau My Generation), véritables bêtes de scène et précurseurs de la vague punk. Et au menu de leurs prouesses, il y a Tommy premier vrai Opera Rock de l'histoire (le premier qui parle de Kamel Ouali se prend un coup de boule) constituant en 1969 un concept album envoutant et expérimental composé par le génial Pete Townshend (avec des thématiques étrangement très proche du futur The Wall de Pink Floyd). Un succès colossal relayé par une critique enthousiaste qui aboutira alors quelques années plus tard à une adaptation cinématographique dirigée par le décadent Ken Russell, devenu incontournable depuis le polémique (et toujours pas visible dans son montage uncut) Les Diables. Tout droit sortit de sa délirante vision de Mahler, le cinéaste approche Tommy comme un véritable opéra new age, avec toute la flamboyance et les excès que cela implique. Il faut dire que le matériau d'origine est déjà particulièrement barré : un jeune garçon traumatisé après avoir assisté au meurtre de son père par sa mère et son amant devient aveugle, sourd et muet mais finira par devenir un gourou grâce à sa maitrise du flipper ! Au premier degré c'est absolument n'importe quoi, et le réalisateur s'en empare balançant le spectateur dans un maelström de visions déglinguées, mélange d'imageries christiques et psychédéliques, où le mauvais goût (la fameuse séquence du bain dans les bean en sauce) et le baroque sont poussés à un tel niveau que cela frôle le génie pur.

 

Smash The Mirror


Les puristes du groupe pestent encore et toujours sur les modifications apportées aux compositions pour se plier aux commodités du cinéma, entre quelques sections ajoutées et surtout une réorchestration (avec clavier) qui pousse vers le pop-disco, mais il faut reconnaitre qu'en termes de spectacle déglingué, Tommy y gagne clairement, trouvant dans des guest faramineux comme Eric Clapton (en chef de secte évangéliste), Elton John (pour un Pinball Wizard hilarant) ou Tina Turner en pute droguée jusqu'à la moelle (The Acid Queen) des performances inoubliables. Pas en reste, les membres du groupe sont omniprésents, parcourant le métrage en tenues de scène, avec tout de même les prestations remarquées du chanteur Roger Daltrey dans le rôle titre et un inoubliable Keith Moon (le batteur) en tonton pervers. Un joyeux et provoquant bordel dont finalement les véritables stars ne sont pas celles que l'on attendait, le métrage étaant totalement habité par le couple irresponsable formé par l'hystérique Ann-Margret (considéré comme la Elvis au féminin) idéale pour les troubles œdipien, et le colossal Oliver Reed (La Nuit du loup-garou, Gladiator) en beau-père je-m'en-foutiste et véritable contrepoint comédie à la débandade générale. C'est qu'au delà du spectacle psychédélique annonçant les décennies à venir de clips MTV (forcément en dessous), Tommy est un véritable concentré des préoccupations des années 70, de la société de consommation aux refus de la formalisation des pensées (capitalisme, religion, star-system) passés à la moulinette d'un satyrisme outrancier. Entre The Who et Ken Russell, le film tombe parfois généreusement dans le trop plein, à la limite de l'indigestion colossale, mais fait date comme un OFNI au culte absolument mérité.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Enorme coup de jeune pour un film qu'on avait pris l'habitude de visionner dans des conditions passablement aléatoires. La nouvelle copie a été parfaitement nettoyée de toutes ses dernières rides, laissant une image immaculée, pointue, permettant de faire éclater la moindre percée de couleur (les rouges extrêmement vifs), de creuser le cadre et de jouer efficacement sur les contre-jours. Le film est ici splendide, préservant son grain de pellicule très 70's tout en l'accompagnant d'une compression solide. Dommage que l'on dénote quelques rares arrière-plans qui laisse apparaitre encore de légers décrochages.

 

 


Son :
Film de toutes les extravagances, Tommy fut lors de sa première sortie, mixé dans un étrange système appelé Quintaphonic. Un procédé compliqué (a pas tout compris franchement) mais qui en 1975 était absolument unique et réussissait à dépasser les limites des installations standards des cinémas. Malheureusement, si une reconstitution de cette sonorité à été effectuée pour le Bluray américain (chez Sony), M6 a préféré l'abandonner au profit du seule DTS HD Master Audio 5.1. Un mixage plus classique, mais non moins très appréciable. La bande sonore a été intégralement restaurée, dénuée de toute baisse de régime, avec une dynamique très musclée qui soutient puissamment les envolées rocks des morceaux mythiques. Quelques petits effets sur les enceintes latérales arrières, mais l'amplitude de la piste provoque surtout une sensation d'enveloppement marquante, faisant entrer de plein fouet le spectateur dans le trip total.

 

 


Interactivité :
Belle surprise pour les amateurs, M6 Vidéo ne s'est pas contenté de sortir à la va-vite le film culte des Who, mais propose une section bonus bien chargée. Une sorte de « pot-pourri » récolté à droite à gauche (édition anglaise, Blue underground...), avec une introduction amusée du critique rock, Gilles Verlant (enregistrée lors de la diffusion du film sur Canal +), mais aussi une série d'interviews extrêmement complète autour de la création de l'Opera Rock. Dans son entretien fleuve (près d'une heure) Pete Townsend revient sur les origines du groupe, la création de l'album original et son travail laborieux d'adaptation. De leur coté Roger Daltrey et Ann-Margret se concentrent surtout les souvenirs de tournage, tandis que le regrettée Ken Russel (il nous a quitté en 2011) se concentre sur ses choix esthétique, la nécessite d'étoffer le récit et sa vision opératique du concept. Dans tous les cas, les interviews sont pertinentes et passionnantes. Rien à jeter.

Liste des bonus : Présentation du film par Gilles Verlant, Interviews de Pete Townsend (57'), Roger Daltrey (18'), Ann-Margret (10'), Ken Russell (20'), Bande-annonce.

 
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