MAD MAX FURY ROAD 3D
Etats-Unis / Australie - 2015
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Mad Max Fury Road 3D »
Réalisateur : George Miller
Musique : Junkie XL
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby True HD Atmos 7.1 anglais, français, italien…
Sous-titre : Français, anglais, allemand…
Durée : 120 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 14 octobre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mad Max Fury Road 3D »
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LE PITCH
Le monde tel qu’on le connait a disparu pour laisser place à un enfer apocalyptique. Tel un fantôme, Max erre sur cette terre désertique, entre les survivants d’une civilisation déchue et les charognards en quête de pouvoir. Parmi eux, Furiosa, pilote de camion, censée rapporter le précieux pétrole jusqu’au tyran Immortan Joe. Décidant de se rebeller afin de protéger un groupe de jeunes filles, Furiosa prend la fuite.
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The Road To Redemption

Saga post-apocalyptique légendaire et influence culturelle majeure à l'aube des années 80, les aventures sur le bitume australien sorties de l'imaginaire de George Miller et de feu Byron Kennedy auront réellement marqué une succession de générations. Auréolé des succès d'Happy Feet (2006 et 2011), c'est un Miller remonté à block, la tête débordante d'imagination et prêt à faire du Cinéma qui offre à Tom Hardy les clés de l'Interceptor.

Dès l'impressionnant premier plan ouvrant le métrage sur Max et son V8 noir, Miller rappelle à tout le monde - les adeptes de longue date, mais aussi les nouveaux venus - le contexte de l'histoire et qui va (probablement) mener la danse. Une très longue profondeur de champ sur un décor désertique, le héros observant le lointain devant une voiture en mauvais état, ainsi qu'un petit lézard rampant sur le sol. Une façon simple, rapide et efficace de rentrer dans la peau du personnage et de connaitre sa situation ainsi que son état mental. Ce nouveau cru n'étant pas un remake, nul besoin d'en dire plus sur les origines du protagoniste. De courts plans montrant la chute du monde sur laquelle se pose la voix rocailleuse de Tom Hardy finissent de planter le contexte. Miller, en toute modestie, le sait : la légende de Mad Max, le personnage de cinéma, s'est transmise d'une génération à l'autre, à l'image de celle de Max, le personnage évoluant dans sa diégèse, cassant encore plus au passage les niveaux de narration tel qu'il le fait depuis trois films (en se limitant uniquement à ceux de cette saga). Ce qui importe ici, c'est l'histoire (et sa transmission au sens légendaire) et c'est en brisant les codes sclérosés de la narration cinématographique actuelle que Miller va révolutionner le récit dans son sens le plus littéral possible : un retour aux sources, un revirement vers ce que la narration a de plus viscérale, à savoir la transmission d'un récit entre deux personnes. La légende de Max, le guerrier de la route, se transmettant aussi bien au coin du feu, à racler le fond d'une boite de pâtée pour chiens, que par le biais d'un écran de cinéma.

 

the girls, the mad and the fury


C'est par le biais de cet écran que Miller va utiliser tout un langage appris, maitrisé et digéré depuis sa double réalisation numérique. A l'image de Brad Bird et de son passage de la réalisation de films chez Pixar à l'excellent Mission : Impossible - Ghost Protocol, Miller va dynamiter les codes et les limites de la réalisation live grâce à ses expérimentations numériques. Ici la caméra ose tout, n'a plus de barrières, le tout sans jamais sombrer dans une rupture de la grammaire cinématographique souvent attribuée aux clippers « nés » dans les 90's oubliant parfois qu'un plan se compose. Bird, justement, dans un récent tweet plaçait Miller aux côtés de Spielberg, Cameron et McT pour ses qualités de réalisateur d'action. L'australien confirme ici qu'il a largement sa place aux côtés de Kubrick ou de Fincher pour sa science du cadre. Le moindre plan est travaillé avec une précision chirurgicale, que ce soit un gros plan sur un volant ou un magnifique plan large sur une horde de véhicules roulant les uns sur les autres au milieu d'explosions gigantesques. Ce résultat est l'aboutissement d'un travail énorme sur le montage (deux ans de post-prod) couplé à l'idée peu commune mais tellement rafraichissante d'avoir privilégié une approche visuelle de l'écriture. Un storyboard monumental en lieu et place d'un traditionnel script. Mais tout cela ne serait rien sans un incroyable sens du rythme, où chaque plan à sa place et son rôle à jouer, à la manière d'une note sur une partition musicale. Un faux pas et tout s'écroule, mais ici, tout roule.

 

biocarburant


Bien sur, on voit déjà les cyniques qui reprochaient une absence de scénario à Cameron sur Avatar ou à Cuaron sur Gravity pointer le bout de leur nez. Mad Max : Fury Road est bien plus que la simple histoire d'une rebelle et d'un solitaire roulant à vive allure au volant d'un camion. Non. Miller, dès ses premiers films, a toujours lié ses histoires à la folie des hommes et à ses préoccupations. La guerre est atomique dans Mad Max 2, elle devient idéologique dans ce nouvel opus. Il est facile de voir en Immortan Joe, un chef de guerre tyrannique régnant d'une main de fer sur une population assoiffée grâce au contrôle des ressources, un parallèle avec un quelconque leader d'un groupe armé au Moyen-Orient. Auto-proclamation militaire en arborant des médailles sorties de nul part, techniques similaires pour l'endoctrinement des troupes (la promesse d'une vie grandiose après une mort sacrificielle), organisation familiale... tout y est, y compris un esclavagisme sexuel promettant aux femmes des conditions de vie bien loin des libertés fondamentales. Et c'est de ces femmes qu'il est grandement question dans Fury Road. Bien que leur première véritable apparition, et rencontre avec Max, soit filmée comme un mirage (ou une entrée paradisiaque après avoir traversé l'enfer, au choix), elles ne sont jamais des laissées pour compte, ni des faire-valoir. Sans sombrer dans l'ode féministe déballée à outrance ici et là, que ce soit l'ancien harem d'Immortan Joe ou ces motardes prisonnières du désert, chacune a sa place dans l'histoire et un rôle important à jouer. Une inversion des sexes qui doit son salut, non pas à l'importance que les femmes ont dans ce film, mais bel et bien à la tristesse de ne pas en avoir plus dans les autres. Etrangement, les personnages féminins ont toujours eu une importance capitale dans les films des réalisateurs cités plus haut. La preuve donc, non pas qu'il faille une paire de couilles pour les imposer comme nos égaux, mais bel et bien d'un cerveau. Furiosa n'a rien à envier à Max, tout comme Theron à Hardy, tous deux débordant de charisme et de justesse.

 

thunder Truck


Maître de l'imagerie, de la transformation et de la réappropriation des codes culturels et visuels, Miller va faire ressortir toute l'essence de son cinéma sur le désert australien. Des War Boys Fukushima Kamikazes recherchant à accéder au Valhalla à un hallucinant guitariste de métal remplaçant les trompettes de guerre motivant les troupes et ordonnant la marche à suivre, tout montre bien que ce futur est devenu un mélange des miettes laissées par les générations pré-apocalypse. Une sorte de réutilisation de codes, de mots, d'idées dans un nouveau contexte, leur apportant un second sens et une nouvelle vie. La preuve également que ce monde dégénéré tente de se reconstruire petit à petit sur les bases d'une civilisation disparue. Un lien entre deux mondes qui tient, on y revient, par la transmission du savoir - Joe utilise probablement le terme Valhalla, pioché sur la page d'un livre, pour mentir à ses troupes - et des histoires circulant d'une génération à l'autre. Et bien sur, la base de cette transmission, la légende, représentée par Max dans l'œuvre de Miller, est au centre du récit.

 

Mad Men


Mais toute légende a besoin d'un témoin pour être déformée et racontée, à l'image de ces jeunes guerriers conditionnés à mourir pour la gloire, mais uniquement en présence d'un témoin. Les témoins (en plus du spectateur), chez Miller restent ses héros. Ici le héros/témoin est bel et bien la charismatique Furiosa. C'est elle, de son premier regard échangé avec Max, jusqu'à leur dernier, qui est son « témoin », qui fera vivre cette légende. Tout comme le Feral Kid du deuxième opus, devenu le narrateur du mythe (« La vue se brouille, il ne reste plus que le souvenir...mais par dessus tout je me souviens de l'homme que nous appelions Max ») Furiosa croise le chemin de Max. Elle voit sa destinée évoluer par la rencontre de ce justicier messiaque, et permet au guerrier de la route de vivre dans la tête des personnes qui entendront cette histoire, mais également d'être littéralement élevée elle-même au statut légendaire aux yeux de la population. C'est la que le changement d'acteur, de Mel Gibson à Tom Hardy, prend tout son sens. Peu importe : le visage que l'on peut lui attribuer, c'est ce que nous retenons du personnage, ce qui survit dans nos souvenir, la légende, qui est important. C'est cette transmission, qu'elle soit orale ou visuelle qui nous permet d'évoluer. Une évolution qui se transmet également par le sang. Tel un messie (il faut le voir revenir de l'enfer et renaissant littéralement, couvert de sang, se nourrissant du lait maternel) nous incitant à boire son sang, Max permet aux personnages d'accéder à une nouvelle évolution, tant pour un War Boy conditionné, que pour une walkyrie iconique.

Mad Max : Fury Road est donc un retour en force de George Miller et d'un cinéma viscéral d'une puissance visuelle et d'une profondeur écrasant tout sur son passage. Difficile de tout assimiler et digérer dès sa sortie, car à l'image du second film, c'est un excellent cru dont l'importance et la force vont se bonifier avec le temps et le recule. Miller annonce plusieurs suites, il est donc fort probable que Max Rockatansky et Furiosa, reprennent le volant pour guider les survivants de la race humaine vers de meilleurs horizons. Dans Thunder Road, Bruce Springsteen chante que le paradis attend ses héros au bout du chemin s'ils roulent vers la terre promise. Hâte de voir ce que ceux de Miller trouveront au bout du leur.

François Rey


















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Image :
Le choc produit en salle pourrait très bien se reproduire directement dans le salon tant le transfert proposé par Warner s'avère être une véritable bombe visuelle. Si l'on excepte quelques halos lors des scènes nocturnes bleutées (mais ce défaut était identique sur grand écran) le cadre est un modèle de précision affichant des détails astronomiques sur le moindre élément (sable, carrosseries, vêtements, visages...) ne faisant qu'affirmer la solidité du réalisme apocalyptique du film. Doté d'une profondeur sidérante, Fury Road déploie ici toute la richesse de sa photographie dopant littéralement les reflets rouilles de ses oranges, la luminosité des ses jaunes sable et la puissance de ses noirs d'une profondeur impalpable. La rapidité du montage, l'utilisation de la caméra Phantom (pouvant capturer 300 images à la seconde) n'y font rien, tout est parfait.
Même affirmation pour la copie Bluray 3D qui retrouve la verve originelle en insufflant un relief constant, naturel et étendu, mais sans jamais se transformer en spectacle agaçant de surgissements et d'effets de fêtes foraines. Les décors s'étendent à perte de vue, Mad Max lui-même ligoté en proue de la voiture à turbine saute à la rétine et les poursuites délirantes y gagnent clairement en clarté de gestion géographique.

 


Son :
Toujours un peu méfiant vis-à-vis du format sonore Atmos pourtant largement soutenu par la Warner ou Paramount, mais qui n'avait jusque-là laissé à chaque fois un petit gout d'inachevé dans les oreilles. Avec ce Mad Max les possibilités du Dolby True HD Atmos 7.1 se font bien plus précises usant avec force de la moindre vibration des enceintes pour donner corps à la folie motorisée du film. Les véhicules vrombissent, explosent et jaillissent de toute part tandis que les tempêtes de sables s'infiltrent avec minutie. La version anglaise est clairement la plus immersive (le doublage français n'est pas toujours au poil), impressionnante de dynamisme et de vélocité d'enveloppement, jonglant farouchement avec les quelques lignes de dialogues, les hurlements féroces et la musique primitives de Junkie XL. Massif.

 


Interactivité :
Clairement la Warner ne pouvait faire que mieux que ses ressorties un poil fumistes des premiers opus de Mad Max. En l'occurrence on se retrouve ici avec pas loin de deux heures de suppléments censés nous éclairer sur la nature unique et phénoménale du métrage. Pas question donc de retrouver ici un documentaire sur la saga ou une authentique réflexion sur la parenté avec les Mad Max de Gibson, les différents segments se concentrant essentiellement, il faut bien le dire, autant sur la fabrication de cet univers de bric-et-de-broc (autant visuel que culturel) que sur le spectaculaire des poursuites et cascades. Cela reste très impressionnant, surtout dans le portrait esquissé des techniciens investis et la logique constante derrière chaque décision, mais il manque cruellement des recherches sur la conception de la musique ou de la mise en scène exceptionnelle de George Miller. Bien foutus, efficaces, agréables, mais jamais mémorables finalement. L'amateur peut aussi dégotter ici trois petites scènes coupées plutôt réussies car développant encore l'univers du film, mais qui effectivement s'apparentent à chaque fois à des « pauses » supplémentaires.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : « Furie maximum : le tournage de Fury Road » (29'), « Mad Max : la furie sur quatre roues » (23'), « Les Guerriers de la route : Max et Furiosa » (11'), « Les cinq épouses : Belles comme le jour »(11'), « Les outils du désert » (14'), « Fury Road : Accident et collision » (4'), Scènes coupées (4'), Bande-annonce.

 

 

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