PANIQUE à NEEDLE PARK
The Panic in Needle Park - Etats-Unis - 1971
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Panique à Needle Park »
Genre : Drame
Réalisateur : Jerry Schatzberg
Musique : Aucun
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 22 juin 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Panique à Needle Park »
portoflio
LE PITCH
Lorsqu’Helen rencontre Bobby, elle vient d’avorter. Il l’attend à la sortie de l’hôpital, passe l’après-midi avec elle : c’est le coup de foudre. Bobby lui propose de s’installer avec lui dans le Nord-Est de Manhattan, à proximité de Needle Park. Le quotidien de Bobby tourne autour de ce carrefour où traînent les toxicomanes new-yorkais – lui-même est accro à l’héroïne depuis de longues années. C’est le début d’une grande histoire d’amour qui va petit à peti...
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les routes du paradis

Si on évoque facilement les débuts de sa carrière cinématographique avec son rôle inoubliable de Michael Corleone dans Le Parrain, le premier coup d'éclat d'Al Pacino fut pourtant Panique à Needle Park, drame cru et intemporel sur les ravages de l'addiction.

Un thème fort, mais difficile, surtout en ce début des années 70 où le milieu de la drogue passe d'un bord à l'autre en fonction des productions : soit un alibi pour une affaire criminelle, soit une vision plus fantasmée, encore proche des mouvements Flower Power. Le projet ne se montera pas sans mal, subira la censure en Angleterre et aux USA, sera souvent mal reçu en fonction que le critique soit de droite ou de gauche, mais en tout cas, présenté à Cannes Panique à Needle Park fit largement sensation. Déjà auteur d'un premier Portrait d'un ange déchu, exploration des élans autodestructeurs d'une mannequin, l'ex-photographe de mode et de stars (il collabora avec les Stones, Dylan ou Andy Warhol), Jerry Schatzberg délaisse définitivement toute trace de pointes esthétisantes, de dispositif visible, optant pour une réalisation excessivement proche des personnages, profondément intime et directe, à la limite du documentaire. Ainsi, la plupart des extérieures à New York ont été directement arrachés à la réalité de la rue, la photographie d'Adam Holender (Macadam Cowboy) joue essentiellement sur des lumières froides et des teintes grises, tout juste rehaussées de pointes de rouges. La caméra, elle, hésite entre des plans en longue focale (jeunes gens perdus dans la cité) et des gros plans extrêmement construits appuyant l'idée de l'emprisonnement, d'une fatalité inéluctable.

 

une dernière dose


Si d'apparence première la réalisation de Jerry Schatzberg peut ainsi sembler impersonnelle, voir invisible, elle est surtout discrète et habile, permettant à ses personnages, et plus encore à ses acteurs, d'exister pleinement à l'écran. Un jeune couple de quasi-débutants (mais déjà remarqués au théâtre) formé par la fragile Kitty Winn (revue dans L'Exorciste et sa 1ère suite) et surtout Al Pacino, absolument renversant d'énergie et de nuances, transmettant quasiment tout par les regards. Un duo qui habite le cadre avec une justesse et une humanité impressionnante, donnant alors l'impulsion à un drame profond, mais jamais mélodramatique, excessif. Chaque scène illustre à la fois leur amour inconditionnel autant que leur lente descente dans les affres de la drogue, alors que justement une pénurie de substance provoque une réelle panique dans le quartier. Petites débrouilles, vols divers, puis forcément rapprochement avec la grande délinquance et la prostitution, rien ne leur sera épargné, mais l'illustration reste constamment logique, véridique. Jusque dans les scènes de "shoot" justement, aux réactions et plans d'injections, assez éprouvants, ou une impressionnante overdose de Pacino, provoquant un chaos total dans la chambre d'une amie prostituée alors que son bébé braille seul sur le lit. Des images que l'on a depuis retrouvé presque tel quel dans d'autres films comme Bad Lieutenant, Trainspotting ou Requiem for a Dream, installant Panique à Needle Park comme le modèle des films sur le sujet.

Documenté donc, difficilement attaquable sur sa « reconstitution », ce dernier n'aurait pas la même porté s'il ne nous faisait pas tant aimer ces deux âmes égarées, avec, entre autre, cette courte séquence incroyable, où lui découvre qu'elle aussi se drogue désormais. Un échange de regard où tout passe : d'un amour total à un désespoir écrasant mais empathique. Bouleversant.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Carlotta délivre un tout nouveau master du film. Si déjà l'ancienne copie DVD était satisfaisante, le saut en avant est ici assez considérable le master ayant été entièrement revu. Définitivement nettoyé de la moindre imperfection, marquée par une colorimétrie bien plus pêchue et contrastée, le cadre étale naturellement ce mélange de froideur urbaine et de chaleur de teintes plus marquées, typique des années 70 (rouges, oranges...), mais surtout se détache des effets de lissé précédents. Scannée en 2K le film retrouve enfin toute la puissance de son grain d'origine, très présent certes, mais admirablement géré, organique et élégant. Le piqué est idéal avec de riches détails affichés en toutes circonstances, des matières palpables et une profondeur parfaite, restituant généreusement le réalisme du dispositif. Sublime.

 


Son :
Le doublage français et la version originale profitent d'un DTS HD Master Audio à la clarté indéniable. Si la version hexagonale manque forcément d'épaisseur dans sa restitution (le doublage écrase quelques effets), la version anglaise s'en sort avec plus de fluidité et d'équilibre. Le tout ne laisse entendre aucun souci technique.

 


Interactivité :
Troisième volume de la collection Coffrets Ultra Collectors de l'éditeur, Panique à Needle Park séduit inévitablement par son superbe coffret-livre au design signé Telegramme. Toujours limité à 2000 exemplaires, l'objet offre donc un ouvrage de 200 pages composé de nombreuses reproductions de photos inédites du tournage, des interviews d'époque avec la scénariste Joan Didion, Pierre Rissient qui à exporter le film en France, le directeur photo Adam Holender et bien entendu Jerry Schatzberg. A cela s'ajoute des reproductions d'articles très analytiques publiés dans Positif ainsi que des extraits du scénario et les éléments de promotion presse US, très amusants au second degré. On regrette toujours l'aspect incontournable du « roman » dédié à Body Double, mais cette compilation de sources reste conséquente.

Par contre, à la différence des deux films précédents (Body Double et L'Année du Dragon), Panique à Needle Park avait déjà été édité par Carlotta en DVD. Aucune raison de ne pas en reprendre les bonus vidéos car ceux-ci étaient particulièrement riches et passionnants. C'est reparti donc pour une longue interview du réalisateur fragmentée en quatre sections s'intéressant tour à tour à ses débuts dans la photographie, ses deux premiers films, sa collaboration et sa découverte d'Al Pacino et la présentation du film à Cannes. Schatzberg s'y montre calme mais très loquace et partage de nombreuses anecdotes sur sa vie et son travail. Question de varier un peu avec l'exercice du commentaire audio, on redécouvre ce dernier de dos dans une salle de projection, s'arrêtant sur cinq scènes emblématiques du film, lui permettant de revenir alors sur sa collaboration avec les acteurs, le tournage dans les rues de New York et les informations transmises par d'authentiques ex-addicts.
Encore une fois un coffret indispensable pour les cinéphiles donc.

Liste des bonus : « La Vie sur grand écran », un livre de 200 pages, Jerry Photographe (17'), Jerry Cinéaste (21'), Al & Jerry (9'), Jerry à Cannes (6'), 5 Scènes commentées par le réalisateur (21'), Bande-annonce.

 
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