THE REVENANT
Etats-Unis - 2015
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « The Revenant »
Genre : Thriller, Western
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 7.1 anglais, DTS 5.1 français, allemand, espagnol…
Sous-titre : Français, anglais, allemand, espagnol …
Durée : 156 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 1 juillet 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
1823, dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous ...
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Bêtes à Oscar

Alejandro Gonzalez Inarritu signe avec The Revenant son sixième long métrage et attrape à la volée son deuxième oscar de meilleur réalisateur, alors que son acteur principal, Leonardo DiCaprio, rafle ici sa sixième statuette dorée, la cinquième comme meilleur acteur, la sixième lui avait été accordée comme producteur pour Le Loup de Wall Street en 2013. Le troisième oscar attribué au film étant celui de la meilleure photographie, pour Emmanuel Lubezki, récompensé pour la troisième année consécutive...
 Cela était-il bien nécessaire? Inarritu, comme Di Caprio n'avaient pas besoin de faire la preuve de leur maestria, déjà largement reconnue et récompensée.

Alors pourquoi se lancer dans ce projet pharaonique (l'adaptation de la nouvelle de Michael Plunke pour le grand écran était en cours depuis 2001), au budget colossal et explosé (à la fin du générique, un bref encart texte souligne que le film a crée 15 000 emplois, précision en forme de justification), au tournage dantesque (tourné chronologiquement et tout en lumières naturelles, cela ne laissait que quelques heures par jour aux équipes), au casting chaotique (acteurs pressentis, commençant puis abandonnant leur rôle, comme Sean Penn) jusqu'au réalisateur, deux l'on commencé, un autre fut envisagé (Jean François Richet, petit cocorico), pour finalement échouer entre les mains du virtuose mexicain, révélé par le choc Amores Perros en 2000.

Si cela était pour qu'Inarritu se livre à l'exercice de style du film de vengeance (le projet initial prévoyait d'ailleurs de confier la réalisation au maître actuel en la matière, le coréen Park Chan-Wook, auteur de la trilogie sur la vengeance couronnée par l'inoubliable Old Boy) ou du film survival, cela ne méritait peut être pas une telle débauche de moyens. D'autant que la virtuosité du réalisateur se signale ici beaucoup plus dans la mise en scène et la chorégraphie de magnifiques plans séquence de scènes d'actions, que dans la richesse et la profondeur d'un scénario qu'il cosigne pourtant. Malheureusement, la morale hollywoodienne vient bel et bien conclure l'exercice, apportant la rédemption au pauvre pêcheur, qui plus est en l'attribuant à une prétendue sagesse amérindienne, puisque les dernières paroles du film reprennent celles d'un personnage indien: "la vengeance est entre les mains de Dieu" (l'indien lui, parle de "Créateur", Wacontanka, le Grand Esprit). On retrouve bien ici certaines des marottes d'Inarritu, comme la problématique des langues, bien mieux illustrée dans Babel, la fascination toute mexicaine pour une violence sanglante et presque sensuelle, bien mieux exploitée dans Amores Perros, ou bien encore les histoires parallèles qui finissent par se rencontrer, axe principal de la trilogie Amores Perros, 21 Grammes, Babel, elle n'est ici qu'une conclusion rédemptrice au film alors qu'elle était le nœud de chacun des précédents.

Côté acteurs, il n'est sûrement pas nécessaire de revenir sur le parcours de Leonardo DiCaprio (qui restera à jamais pour certains le Luke Brower de la série Quoi de neuf Docteur...) qui signe ici une performance tout en grognements, celle d'un homme qui lutte contre les hommes avec la nature comme alliée. À ses côtés, seul Tom Hardy (Mad Max: Fury Road) tire son épingle d'un jeu truqué, puisqu'il est le seul à bénéficier d'un véritable personnage: John Fitzgerald, qui se révèle d'ailleurs plus complexe qu'un simple méchant absolu, finalement plus accessible et faiblement humain que le sur-humain (revenant) Hugh Glass incarné par DiCaprio. Les malheureux Domhnall Gleeson et Will Poulter quant à eux se retrouvent cantonnés aux seconds rôles d'Andrew Henry et Jim Bridger, personnages réels qu'ils incarnent très honnêtement, mais si peu. The Revenant semble donc n'avoir eu comme véritable raison d'être que de servir de tapis rouge à la cérémonie des Oscars à trois grands techniciens du Cinéma: Alejandro Inarritu, Leonardo DiCaprio et Emmanuel Lubezki. En cela: scènes impeccablement chorégraphiées, jeu intense et convaincant, cadrages et lumières parfaits, c'est un succès incontestable.

 

Du convoi sauvage à Jeremiah Johnson, orinaux et remake


Mis à part les critiques que l'on peut faire du film, il est intéressant de se pencher à la fois sur l'Histoire en elle même et sur ses précédents cinématographiques. L'une des grandes réussites du métrage réside d'ailleurs dans sa rigueur historienne en terme de costumes, d'accessoires, de comportements, seuls des francophones se sont insurgés, à juste titre, de l'image donnée des trappeurs français. Hugh Glass, le personnage de DiCaprio a en effet réellement existé (tout comme ses compagnons et ennemis, Andrew, Bridger et Fitzgerald) et réalisé le même type d'exploit: survivant à une attaque d'ours il est abandonné par ses compagnons et réussit à revenir à la "civilisation" aidé par des indiens. Seule différence il n'abandonnera pas sa vengeance aux indiens, comme dans le film d'Inarritu, mais plus vraisemblablement par craintes des représailles judiciaires (aaah ouest sauvage sans foi ni loi, quand tu nous tiens...). Son histoire fut d'ailleurs mis en scène en en 1971 par Richard C. Sarafian dans Le Convoi Sauvage.

D'aucuns ont aussi voulu voir dans The Revenant un remake du Jeremiah Johnson de Sydney Pollack (1972). Pourtant, même si une partie de la trame narrative semble bel et bien se superposer dans les deux films, Jeremiah Johnson est quant à lui l'alter ego d'un autre personnage réel: John Garrison, devenu Johnson pour fuir la justice (encore...). Celui-ci aussi se lance dans une folie vengeresse, mais contre les indiens Corbeaux qui ont massacré sa femme issue elle, de la tribu des Têtes Plates. Autre point commun, Johnson/Garrison a lui aussi survécu à une traversée solitaire de centaines de kilomètres dans la nature hostile. Sauf que lui, pour se nourrir, avait pris la précaution en s'évadant de sa captivité (il avait été capturé par d'autres indiens), de couper une jambe à son geôlier (qu'il avait tué...) pour s'en faire une réserve de viande portative. Ultime ironie, John Garrison finit sa vie comme Shérif...

 

Il faut sauver le viking Inarritu


Côté mise en scène, A. Inarritu, nous donne à voir dans The Revenant sa parfaite maîtrise de la chorégraphie d'une steadycam. Les scènes d'action comme la séquence introductive ou l'attaque du grizzly (qui a d'ailleurs valu une récompense à l'équipe technique des effets spéciaux numériques) en sont de purs exemples. La scène introductive restera sans doute dans les annales cinématographiques comme celle de Saving Private Ryan en son temps, dont elle reprend d'ailleurs quelques principes, caméra virevoltant à hauteur d'homme, importance cruciale du son, rythme effréné, tout y est et tout est parfait. La scène de l'attaque du grizzly, devenu un classique cinématographique (L'Ours de J.J. Annaud) ou télévisuel (notamment dans les séries Hell On Wheels ou Vikings) consacrant l'animal comme adversaire idéal représentant l'homme se combattant lui même, trouve cependant son originalité. Car Hugh Glass ruse contre l'ours et fait le mort, sans doute sur les conseils d'un véritable dompteur ou chasseur d'ours. Cela ne rend la scène que plus réaliste, filmée au ras du sol la séquence nous remet bien à notre place, tout petit face au formidable plantigrade. Dernière précision, si le trappeur s'en sort seul dans le film, il semble que dans la réalité, Hugh Glass survécut à l'attaque du grizzly grâce à l'aide de ses compagnons, qui l'abandonneront par la suite. Dernière réflexion sur la question, sous forme d'interrogation pour tenter de s'extraire de notre ethnocentrisme, l'ours occupe-t-il dans le cinéma occidental la place du tigre dans le cinéma indien ou du lion dans le cinéma africain? Ce serait logique.

 

partir pour mieux revenir


Autre particularité du film, cette fois plus critique, le choix annoncé d'Innaritu d'une approche "épique et poétique" du récit. Il s'appui pour cela sur des flashbacks récurrents des souvenirs familiaux de Hugh Glass et sur une succession, tout au long du film, de longs plans larges de paysages naturels dans lequel le trappeur solitaire, tout comme le spectateur, est réduit à sa taille réelle et minuscule. Ces plans nous invitent à la contemplation et cette contemplation pourrait nous amener aussi à réfléchir à ce dont on nous parle, la vengeance et la place de l'homme dans la nature, la vie. Sauf que... sauf que ces plans ne sont pas si longs que ça et ne nous laissent pas le loisir de la contemplation / réflexion. Ceci pour une raison simple: le scénario et le rythme du film (par ailleurs long de 156 minutes...) ne nous donnent pas matière à réflexion et contemplation. Contrairement à un autre film par exemple: Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn, venu du Nord et du grand froid lui aussi (Danemark et Grande Bretagne), il nous plongeait dans les interrogations d'un guerrier viking, évadé, esseulé en territoire inconnu, ignorant de ses origines et dont les divagations étaient ainsi rythmées par de vraiment longs plans large sur la nature l'environnant; plans cette fois-ci propices à la contemplation, à la réflexion ou au rêve. Le tout entrecoupé évidemment de scènes d'une grande violence...

En ce qui concerne les passages oniriques du film, les flashbacks, Inarritu fait montre ici d'un cruel manque d'imagination et la facture très classique de ces scènes ne traduisent pas assez le passage du personnage de la réalité à ses souvenirs. Exercice classique en cinéma auquel tous les réalisateurs sont confrontés, la représentation visuelle du passage aux pensées intimes ou aux souvenirs d'un personnage, est ici bien maltraitée. Même si cela fonctionne et n'entrave en rien la compréhension et le rythme du récit c'est peut être une des vraies faiblesses du film. The Revenant, grand spectacle, performance cinématographique, film à voir, peut être révélateur d'un monde angoissé par sa déliquescence dans laquelle il perçoit sa grande responsabilité, se perdant dans la poursuite d'un responsable qui n'est autre que lui même. Alejandro Inarritu se serait-il laissé aller à une autoglorification sans autre but, sans réussir à exprimer et donner à voir ses réelles angoisses? Ou aurait-il sombré dans un mysticisme mièvre à la sauce Hollywood? Souhaitons lui de retourner vivre au Mexique (Los Angeles fut mexicain et ce n'est pas si loin) pour qu'il retrouve l'énergie de nous parler de choses intéressantes.

OMT
Un Autre Avis :

« Grande fresque naturaliste, tendue et puissante, The Revenant est un western de vengeance primaire, tout autant qu'une tentative désespérée de capturer une Amérique sauvage, encore capable de se rebeller et de résister aux massacres et destructions à venir. Et la confrontation Leonardo Di Caprio / Tom Hardy est de très haute volée. »
NBD

Note : 5 étoiles 






























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Image :
Filmé en 4K (ou avoisinant) avec les derniers modèles de caméra Arri Alexa, The Revenant cultive en outre une esthétique ultra-léchée presque entièrement composée de plans longs, voir de plans-séquences, de constructions larges et d'une photographie refusant la moindre source lumineuse artificielle. Un pari risqué, mais pour un résultat à la hauteur avec une profondeur impressionnante, un piqué constant et maintenu coûte que coûte, des couleurs en sourdine, sombres, mais toujours finement contrastées. Techniquement la qualité un impressionnante, riche et spectaculaire, offrant clairement parmi les plus beaux paysages jamais vu à la maison, mais sans faire dans le « beau ».

 


Son :
Si la version française n'affiche qu'un DTS 5.1 efficace mais standard, la version originale fait preuve de bien plus de fermeté et de richesse grâce à un DTS HD Master Audio 7.1 particulièrement ample, enveloppant et dynamique. Rejouant le dispositif direct du métrage, ce mixage imprègne rapidement le spectateur d'une rencontre déroutante entre les ambiances naturelles (vent dans les arbres, grognements de l'ours, basses pulsés par les sabots des bisons) et les compositions oppressantes, mais toujours légèrement distantes, de Ryuichi Sakamoto. Un mariage réussi, subtilement équilibré avec les quelques dialogues.

 


Interactivité :
Outre une très belle galerie de photo, le documentaire déjà diffusé sur Youtube, Le Monde Invisible est le seul supplément de l'édition. Un peu chiche donc, si ce n'est que ce dernier est tout simplement admirable, plaçant Iñárritu face à des images du tournage, mais aussi d'authentiques sujets qui entoure le film, capturant ses réactions et ses commentaires. Le point de départ du film, la volonté de se confronter à la nature, la restitution de la culture indienne, la reconstruction d'une époque mystifiée de l'Amérique, tout cela est sérieusement exploré en à peine 45 minutes, toujours avec une belle réalisation, mais aussi avant tout des passerelles entre ce monde là, et le contemporain : premières dégradations de la planète pour l'appât du gain, vol des terres indiennes, menaces écologiques... Un vrai mini-film très touchant, humble, desespérant parfois, et qui vient directement étoffer la beauté de The Revenant.


Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Le Monde invisible (45'), Galerie de photos.

 
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