INNOCENCE - EVOLUTION
France / Belgique / Royaume-Uni / Japon / Espagne - 2004/2015
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « DVD »
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Genre : Fantastique
Réalisateur : Lucile Hadzihalilovic
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 196 minutes
Distributeur : Potemkine Films
Date de sortie : 6 septembre 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Innocence : Quelque part dans une forêt, une école. Là, isolées du monde, de très jeunes filles apprennent la danse et les sciences naturelles… Evolution : Nicolas, onze ans, vite avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes et de garçon de son âge. Dans un hôpital qui surplombe la mer tous les enfants reçoivent un mystérieux traitement…
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métamorphoses

Réalisatrice rare, et ce n'est sans doute pas totalement volontaire, Lucile Hadzihalilovic ne semble pouvoir détacher son regard des royaumes de l'enfance, souvent bien plus effrayants que l'on veut bien se l'avouer. La Bouche de Jean-Pierre (1995), son moyen-métrage, fut un choc, ses deux longs Innocence et Evolution, optent pour une caresse dont la violence se ressent comme une douleur sourde.

Pas moins de onze ans séparent les deux seuls long-métrages de Lucile Hadzihalilovic, et pourtant il n'est pas saugrenu de les disposer l'un à coté de l'autre, dans une même édition DVD / Bluray, tant leurs voyages respectifs s'apparenteraient presque finalement à une histoire de famille (sœur et frère ?) ou à une réflexion en miroir. Le premier, suivant la découverte d'un étrange pensionnat, perdu au milieu des bois, où quelques petites filles semblent être préparées pour une cérémonie étrange. Le second s'attarde sur un garçon, subissant d'inquiétantes expériences sous le regard distancié de se mère, sur une île perdu au milieu de l'océan. Deux cadres fermés, presque hors du temps et de la réalité, dans lesquels la cinéaste assure à nouveau sa fascination pour les enluminures stylistiques et les détails picturaux, autant que sa propension naturelle et chaleureuse à transporter les spectateurs en plein rêve. Ou cauchemar. Les films ne cessent de mélanger les deux, de les marier d'un plan à l'autre, d'une séquences à l'autre, d'une sensation à l'autre, jouant sur la sensualité débordante des premiers émois érotiques (il est beaucoup question d'éveil sexuel) de la découverte de son corps et de l'autre sexe, mais où semble planer une menace tout aussi primitive.

 

à l'ombre des jeunes gens en fleurs


Amoureuses de la forme du conte, de ses valeurs initiatiques, elle en invoque la notion de voyage, d'ouverture au fantastique, mais aussi les ténèbres, celle qui pèsent toujours sur les épaules frêles des enfants : exploitation, pédophilie, maltraitances physiques ou psychologiques... Garçons ou filles, chacun doit réussir à déchirer le rideau d'un mystère (celui de la vie...) et faire son chemin vers l'âge adulte, aussi terrible et cruel soit-il. C'est là l'une des interprétations possibles des films de Hadzihalilovic. Mais impossible de dire qu'elle soit la seule, tant son cinéma, profondément visuel (plans construits et fixes, photos léchées signées Benoît Debie puis Manu Dacosse) et sensoriel, s'efforce de rester insaisissable, protéiforme et inconfortable. La cinéaste n'est pas allée chercher ses références que chez les frères Grimm, mais aussi du coté de l'esthétique Giallo, des contemplations surnaturelles d'un Nicholas Roeg, de la nostalgie proustienne, des monstruosités de H.P. Lovecraft et de cette fameuse « inquiétante étrangeté » de David Lynch. On y cherche donc des pistes d'une réalité sordide (Innocence), d'un futur post-apocalyptique (Evolution), alors que finalement le plus simple serait de se laisser constamment emporter par des visions hors du temps, délicieusement métaphoriques, mais rarement réfléchies, comme échappées d'un inconscient bouillonnant.

Rares sont les films à capturer avec autant de justesse toutes les ambivalences de la jeunesse (ici l'angle se tourne essentiellement sur la préadolescence) en évitant consciencieusement de n'en tirer aucune leçon, aucun jugement. Innocence et Evolution, œuvres liées par le sang incarnent des mondes distants, cathartiques, tout autant que des supports fragiles à la consécration d'un cinéma personnel, rêvé. L'absence totale de justification et d'explication données clefs en main, tout autant qu'une caméra languissante, l'exposent aux rejets de certains, mais la beauté délicate des objets et l'absence de concession fascinent.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Outre le DVD de chaque titre avec ses bonus, on trouve dans ce joli digipack un bluray entièrement dédié aux masters HD de ces films. Une galette qui regroupe donc Innocence (inédit sur se support), Evolution et le court métrage Nectar (copie très correcte mais qui scintille légèrement). Le dernier long métrage est bien entendu celui qui affiche le résultat le plus éclatant en transposant directement la source numérique : superbes lumières, couleurs ultra-contrastées, matières omniprésentes et pointues, profondeur alléchante et précision constante, même dans les nombreux plans sombres simplement éclairés d'une unique petite source lumineuse. Légèrement plus daté techniquement, Innocence est un peu moins pointu dans son rendu, mais justement préserve les charmes de la pellicule avec un léger grain très agréable et naturel. Les couleurs ne sont pas en reste avec des verts imposants et vifs et la définition ne faiblit qu'en de très rares occasions.

 


Son :

Les deux longs métrages sont uniquement disponibles dans leur version française DTS HD Master Audio 5.1. Des mixages à chaque fois évidents dans le soin apporté aux ambiances (forestières pour l'un, maritimes pour l'autre) avec une spatialisation présente et dynamique qui développe autant des sonorités naturelles (le ressac, le vent dans les arbres), que cultive une certaines étrangeté dans l'utilisation et la dispersion de bruitages et distorsions presque « surnaturelles ». On notera que parfois certains dialogues semblent en retrait par rapport au reste de la partition, mais cela pourrait tout à fait être un choix conscient de la réalisatrice.

 


Interactivité :

A l'occasion de la sortie en DVD de Evolution, le duo Agnès b. DVD et Potemkine Films en profite pour commercialiser un élégant et très complet digipack entièrement dédié à Lucile Hadzihalilovic. L'objet contient donc le DVD classique d'Evolution, mais aussi l'ancien DVD de Innocence et un Bluray supplémentaire contenant les films en HD. Pas de bonus sur ce dernier, il faut glisser les galettes SD pour en profiter.
Sur celui d'Innocence on retrouve avec beaucoup de fraicheur le film expliquée par Zoé Auclair, la jeune interprète d'Iris, alors âgée de neuf ans. Entre candeur, naïveté et parfois sensibilité, ce court voyage en sa compagnie sur fond de photos de tournage est vraiment une jolie idée. Plus classique dans le cadre, mais pas forcément dans le fond, la présentation du film par la réalisatrice est surtout l'occasion pour elle de refuser d'expliciter sa création, préférant revenir sur quelques-unes de ses influences ou l'aspiration autobiographique de l'objet. Du coup, le journaliste Philippe Rouyer n'a pas eu une mauvaise idée en la réunissant avec son directeur photo, Manu Dacoss, pour l'entretien enregistré sur le DVD de Evolution. Ici pas besoin de « noyer le poisson » la réalisatrice a surtout les latitudes pour revenir brièvement sur la maturation du film, la coupe de tout un pan du scénario, et essentiellement les choix esthétiques et techniques opérés. Là en grattant un peu, ceux qui ont vraiment besoin d'amorces d'explications concrètes peuvent dégotter quelques pistes...
Le même disque (comme le bluray) contient aussi le court métrage Nectar, très jolie expérimentation érotique dans son amorce et désespérée (apocalyptique ?) dans son final sur fond d'urbanisation et de d'abeilles.

Liste des bonus : Présentation du film Innocence par Lucile Hadzihalilovic (6'), Le Film expliqué par Zoé Auclair (10'), Entretien avec Lucile Hadzihalilovic et son directeur de la photographie Manu Dacosse, mené par Philippe Rouyer (33'), Court métrage Nectar (18'), Bandes-annonces.

 
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