BORO - COFFRET WALERIAN BOROWCZYK
Goto l’île d’amour, Blanche, Contes immoraux, La Bête, Histoire d’un péché, Dr Jekyll et les femmes - France / Pologne - 1959 / 1984
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Réalisateur : Walerian Borowczyk
Image : 1.66 16/9
Son : Français et polonais mono
Sous-titre : Français
Durée : 779 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 22 février 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Boro - Coffret Walerian Borowczyk »
portoflio
LE PITCH
Dans le cadre de la rétrospective Walerian Borowczyk au Centre Pompidou du 24 février au 19 mars 2017, venez vous replonger dans l’œuvre sulfureuse et avant-gardiste du grand cinéaste polonais !
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les héroïnes du mal

Artiste scruté quasiment dès ses débuts par la rédaction des Cahiers du cinéma, mais vite réduit par la suite à un auteur un peu trop polisson pour être honnête, Walerian Borowczyk, adepte du grand écart acrobatique, continue aujourd'hui encore de fasciner et de nourrir les passions... Carlotta n'hésite d'ailleurs pas à lui consacrer un luxueux coffret digne des incontournables.

Un véritable honneur lorsque l'on voit la beauté de l'objet, mais d'une certaine façon à la hauteur de la carrière étrange, libre et atypique de cet artiste protéiforme venu de Pologne. Fervent défenseur de la forme courte, qu'il aborde comme autant d'essais, d'expérimentations formelles, Walerian Borowczyk passe allègrement des prises de vue réelles à l'animation, souvent rudimentaire, et mélange régulièrement le tout pour une multitude d'expériences cinématographiques parfois aussi vaines que lumineuses. Une sensation de cadavre exquis, de découpages et de collages (qui marquera clairement les segments de Terry Gilliam chez les Monty Python) dont on peut voir Théâtre de Monsieur et Madame Kabal comme une forme d'aboutissement. Comme tous ses autres longs métrages à venir, l'objet n'aura cessé de changer de formes, de varier de longueur et d'objectif avant d'atteindre cet espace de spectacle foutraque, poétique, délirant mais aussi parfois effrayant dans lequel un couple improbable tente de faire vivre le film malgré une absence d'intérêt total. Ionesco, Beckett, les branques du mouvement Panique... Borowczyk ne cherche pas le sens, mais les sens, comme un manifeste de la carrière à venir.

 

le carcan et l'austère


D'ailleurs, si ce « Théâtre » est son seul long métrage d'animation, il en gardera toujours une trace dans sa représentation en « aplats » du monde. Peu ou pas de profondeur, ses personnages traversent l'écran latéralement, comme au théâtre, constamment écrasés par des décors peints en arrière-plans, mais constitués d'autant de portes cachées, fenêtres et cadres. C'est particulièrement prégnant dans le très beau Blanche (visuellement son film le plus abouti), réinvention admirable de la scénographie et de l'art visuel médiéval, dont les cadrages fins et pointus constituent aujourd'hui encore une prouesse. Insaisissable, Borowczyk n'hésite d'ailleurs jamais à couper ses personnages, les mouvements, pour mieux se concentrer sur l'intérêt principal du dispositif. On parle souvent de son cinéma comme d'un cinéma érotique, sexuel, il est pourtant bien plus politique, engagé, figurant la destinée de cette jeune fille fragile au vieillard Michel Simon, comme d'une évocation plus générale de la misogynie, du patriarchalisme, et le moteur délirant vers un massacre annoncé. Ses scénarios, oscillant entre les immenses silences et un flot de paroles noyant presque le spectateur, fonctionnent en effet comme des machines bien huilées, faites de mouvements, d'aller-et-venus, qui habitent l'écran, imposant une logique abstraite et mathématique, dont les personnages semblent vouloir s'extraire tout en restant, presque inévitablement victimes. Une question au cœur de l'inaugural Goto l'île d'amour, poème en noir et blanc sur le totalitarisme, comédie noire dans un décor post-apocalyptique, qui pourrait presque être vu comme le versant adulte du Roi et l'oiseau de Paul Grimault.

 

éducation sentimentale


Entre tragédie et farce acide, réflexion philosophique poussée et mise en forme de pulsions moins avouables, le bien plus tardif Dr Jekyll et les femmes se pose là. Hésitant entre discussions bourgeoises et visions hypnotiques d'un Udo Kier se perdant dans un flou animal, cette variation inattendue autour du classique de Robert Louis Stevenson, pourrait parfaitement résumer tout le cinéma du monsieur : fulgurances purement cinématographiques, érotisme brulant comme arme anarchique, mais aussi direction d'acteur malhabile, errances laborieuses, excès d'intellectualisme... Ses films ne sont pas à mettre entre toutes les mains, tout simplement parce que leur jusqu'au-boutisme, n'est pas fait pour plaire à tout le monde. C'est en l'occurrence un peu ce qui provoquera sa «chute» ou dans le meilleur des cas une véritable incompréhension, lorsqu'il signera son film en quatre tableaux, Contes immoraux, suivi par le trop long La Bête (au départ le 5ème sketch, artificiellement étendu en long), œuvres purement érotiques oui, voir pornographiques, mais où la sexualité se donne moins à voir qu'à penser. De la fellation cosmique vécue par un tout jeune, et déjà bavard, Fabrice Luchini au bain sanglant d'une Elisabeth Bathory froide et saphique en passant par les orgies décadante de la famille Borgia, tout n'est question encore une fois que de pouvoir, celui imposer aux femmes, aux autres, au temps.... Un constat que, comme une ritournelle humoristique, renverse quelque-peu La Bête, autant dans sa version courte que longue, avec son Loup du Gévaudan carnivore et affamé de sexe que le viol d'une duchesse pas si farouche pourrait transformer en agneau. La blague est un peu potache, la créature un peu kitch, mais cette gaudriole pas très aristocrate, pas très catholique, prouve à nouveau que même si parfois il nous perd un peu dans ses divagations, Borowczyk finit toujours par intriguer.

Nathanaël Bouton-Drouard














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Image :
Reprenant en très grande partie le travail admirable fourni par Arrow Video en Angleterre, Carlotta dispose dans son coffret d'un travail de restauration général des plus impressionnants. Déjà parce que le travail fourni pour un tel cinéma d'auteur est assez rare, mais que même les courts métrages (et ils sont nombreux) ont pu profiter de ce soin exceptionnel. On remarquera forcément encore quelques petites taches, griffures, légères instabilités en fonction du matériel utilisé à l'époque et l'âge des masters d'origine, mais à chaque fois le résultat est assez bluffant.
Et c'est d'autant plus probant sur les long métrages, souvent assez pures, contrastés et précis, qui retrouvent une seconde jeunesse, même si certains doivent se contenter de support DVD. Les scans HD sont donc perceptibles, mais à chaque fois un peu amoindris par un lissage trop appuyé. Disposant à la fois du DVD et du Bluray, Contes immoraux, La Bête et Dr Jekyll et les femmes tiennent le haut du pavé avec des scans 2K retravaillés à partir des négatifs originaux, qui s'efforcent au passage de garder les spécificités de chaque photographie comme les filtres diffus, les variations de pellicules... Le résultat final est à chaque fois d'une grande fidélité au style de Boro.

 


Son :
On remarque d'emblé le même souci du détail apporté aux restaurations des bandes sonores de tous les films proposés dans ce box (courts ou longs) avec des mono équilibrés, le plus souvent très clairs et harmonieux. Là aussi du bel ouvrage.

 


Interactivité :
Certains cinéastes populaires, récents ou bien plus commerciaux sont bien loin de pouvoir se vanter de connaitre un tel honneur. Ici Carlotta a encore vu les choses en grand, proposant un coffret tout simplement magnifique dans son épure esthétique, et flamboyant dans son contenu.
Ainsi l'objet contient une série de fin digipacks, comprenant soit le doublet courts métrages et film d'animation Théâtre de Monsieur et Madame Kabal, soit le duo DVD / Bluray (pour les trois chanceux), soit les disques SD pour les autres. Les jaquettes sont superbes et chaque film entame son programme par une introduction d'un spécialiste / critique / ancien collaborateur, avant d'ouvrir la porte à un déluge hallucinant de documents. Quelques making of rétrospectifs, des images d'archives, des thèmes plus généraux (la musique, sculptures de Boro...), des interviews rares ou inédites, un portrait passionnant et tendu du cinéaste (presque une heure), mais aussi une poignée de courts-métrages méconnus sur lesquels Borowczyk a œuvré comme coréalisateur, caméraman ou associé. A noter aussi, et c'est une grande première, la présence sur le Bluray de Contes immoraux la présence du premier montage du film, plus long, avec la version « sketch » de La Bête. En sommes, ce box 11 disques est un véritable monument à la gloire de Walerian Borowczyk, non pas une intégrale (il manque en effet aussi certains des premiers courts polonais), mais une forme de quintessence, d'essentiel qui résume puissamment la filmographie du bonhomme.

A l'image des deux livres (et oui !) glissés dans le coffret. Le Dico de Boro est un abécédaire libre imaginé par Daniel Bird (omniprésents dans cette édition) qui brasse toutes les obsessions et récurrences figuratives du réalisateur. Camera Obscura est loin plus imposant (216 pages) et construit en trois sections avec une nouvelle introduction de l'œuvre de Boro par le même Daniel Bird, la seconde compile des articles de presse (dont des critiques de Patrice Leconte) et la troisième une longue interview du monsieur par Jacques Rivette pour Les Cahiers du cinéma. Complet, passionnant, riche, ce coffret sait se rendre indispensable.

Liste des bonus : « Camera Obscura » : articles sur les films, deux entretiens avec Borowczyk (216 pages), « Le dico de Boro » : abécédaire pour tout connaître sur le cinéma de « Boro » (92 pages), Introduction vidéo pour chaque film, « Un film n'est pas une saucisse : Borowczyk et le court métrage » : interviews du réalisateur, de Dominique Duvergé-Ségrétin et André Heinrich (27'), « Blow Ups : les œuvres sur papier de Borowczyk » : retour sur ses débuts en tant que peintre, dessinateur et affichiste (5'), Publicités (« Holly Smoke », « Le musée », « Le Petit Poucet »), « L'univers concentrationnaire : tournage de Goto, l'île d'amour » : comédiens et techniciens racontent le tournage (20'), « La porte dévergondée : sculptures sonores de Borowczyk » (13'), « Ballade de la captive : tournage de Blanche » : récits du tournage par Patrice Leconte, Noël Véry, André Heinrich, Dominique Duvergé-Ségrétin (27'), « Plaisirs obscurs : portrait de Walerian Borowczyk (61'), « Au bout des fusils » : court métrage de Peter Graham (1972 - 11'), « Derrière les lignes ennemies : tournage de Au bout des fusils » : témoignage de Peter Graham (5'), « Contes immoraux : montage l'âge d'or » (1974 - 120'), « L'amour se révèle : tournage de Contes immoraux » : (16'), « Boro Brunch : réunion d'équipe » (7') , « Une collection particulière » : (1973 - 12'/14') « Le tournage de la bête » : photos et séquences de tournage commentées par Noël Véry (56'), « Folie de l'extase : l'évolution de la bête » (4'), « Escargot de Vénus » (1975 - 4'), « Le premier pécheur » : Grażyna Długołęcka parle de sa relation de travail houleuse avec Borowczyk (23'), « Histoires d'un péché » : Daniel Bird resitue « Histoire d'un péché » dans l'oeuvre de Borowczyk (12'), « La boîte à musique » : l'utilisation de la musique classique dans les films de Borowczyk par David Thompson, réalisateur de documentaires (18'), « Hello Dr Jekyll » : entretien avec Udo Kier (11'), « Phantasmagorie de l'intérieur » : essai vidéo à partir du tableau de Vermeer présent dans Jekyll (14'), « Les yeux qui écoutent » : aperçu des collaborations entre Borowczyk et les compositeurs d'avant-garde, par Bernard Parmegiani (10'), « Retour à Méliès : Borowczyk et les pionniers du cinéma » (7'), « Jouet joyeux » (1979 - 2'), Bandes-annonces.

 

 

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