MADEMOISELLE
Ah-ga-ssi / The Handmaid - Corée du Sud - 2016
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Mademoiselle »
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Park Chan-wook
Musique : Jo Yeong-wook
Image : 2.35 16/9
Son : Coréen / Japonais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 167 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 22 mars 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mademoiselle »
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LE PITCH
Pendant les années 30, dans une Corée sous domination japonaise, Sook-hee est engagée comme domestique au service d’une héritière japonaise, qui vit dans un beau manoir sous la domination de son oncle tyrannique. Mais la jeune femme a un secret : pickpocket experte depuis l’enfance, elle a été embauchée par un escroc qui se fait passer pour un comte japonais. Sook-hee est en effet chargée de l’aider à séduire l’héritière afin de la délester de sa fortune. Mais les sentiment...
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madame est servie

Après un détour maitrisé du coté du cinéma occidental avec Stoker, le prodige du cinéma coréen retourne à la maison pour un Mademoiselle des plus intimes. Une adaptation asiatique d'un très anglais Du bout des doigts, de Sarah Waters, comme toujours aussi insaisissable que virtuose.

Comme beaucoup de grands cinéastes au style marqué et reconnaissable, aux thématiques récurrentes et univers personnels, Park Chan-wook semble s'évertuer à ne tourner constamment que le même film. Au-delà de sa trilogie de la vengeance consommée, ses œuvres se construisent comme des tourbillons, tour à tour léger ou lourds, où le dispositif s'efforce de se rapprocher au plus près de l'œil du cyclone pour y scruter une réalité finale. Certains trouvent déjà que Mademoiselle n'est plus aussi surprenant qu'un Old Boy, soit, mais gageons que cela peut être aussi la recrudescence de ces schémas qui rend d'emblée le film passionnant. Car même dans les décors évocateurs mais aussi rigides que gracieux de la Corée et du Japon des années 30, le spectateur sait qu'il met le pied dans un thriller en forme de poupées Gigogne, prêt à déplacer les places de son puzzle, à glisser dans des réalités de plus en plus dérangeantes, voir malsaines. L'exercice est attendu, mais diable que le réalisateur sait en jouer avec une maestria incroyable, variant les révélations sur des tons badins ou graves, déplaçant les enjeux avec une fluidité aussi remarquable que ses mouvements de caméras, toujours coulants, créant des liens naturels entre les personnages, jetant les champs / contre-champs aux oubliettes, troublant les frontières morales et les échelles de pouvoirs.

 

draps blancs


La manière dont se marient le scénario, la psychologie des personnages et la mise en scène, est impressionnante d'intelligence, et permet d'alterner entre les genres, du drame historique au film noir en passant par, l'érotisme, la comédie (que les coréens sont forts pour mélanger les tons) et le grand film d'amour. Car sous ses dehors de puzzle lubrique, évoquant à l'image la truculence des estampes polissonnes, à l'oral les manipulations sadiennes, Mademoiselle ne fait que retourner les points de vue pour mieux réunir les deux jeunes femmes, sublimes Kim Min-hee et Kim Tae-ri, manipuleuses manipulées et vice-versa, qui vont inévitablement renvoyer les tristes mâles à leur position de voyeurs impotents. Sublime photo, reconstitution historique fine et toute en drapées, nature lumineuse, la toile accueil avec amour les ébats sensuels et puissants des deux amantes, renvoyant La Vie d'Adèle à sa pauvre pornographie. Trouvant un juste équilibre justement entre le suspens rageur et la fable sentimentale (en particulier dans sa version longue, largement plus romanesque), Mademoiselle touche autant au jubilatoire (la torture finale devant la pieuvre, le massacre de la bibliothèque, les jeux de passe-passe) qu'au sublime... En particulier lors de cette fuite nocturne, à laquelle le montage ne cessera (à raison) de revenir, révélant avec candeur les attentions galantes que Sook-hee réserve à sa maitresse. Et puis n'a-t-on jamais vu plus belle utilisation des boules de geisha au cinéma ?

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Toujours présent, le directeur photo habituel de Park Chan-wook, Chung-hoon Chung, construit une nouvelle fois une image puissante, aux couleurs chaudes, fortement contrastées et au parfum étonnement feutré, suave. L'image est belle, intimiste, autant dans ses grands élans lumineux que dans les ombres d'un intérieur calfeutré... Et comme attendu les Bluray (version courte et version longue) s'en sortent très élégamment avec une fluidité ferme et une profondeur des plus marquantes. Seul petit bémol, l'utilisation de quelques retouches numériques (décors historiques, mouvements de caméra tricheurs...) fait apparaitre quelques éléments synthétiques plus lissés et donc un chouia trop visibles.

 


Son :
Impossible de regarder le film en français sans dénaturer autant l'identité culturelle du film que le jeu incessant entre le japonais et le coréen. On se jette donc sur le DTS HD Master Audio 5.1 original (seule piste dispo sur la version longue d'ailleurs), tout aussi « liquide » que la mise en scène, avec ses effets sonores qui serpentent sur les enceintes de l'installation, glisse subtilement les compositions de l'indispensable Yeong-wook Jo sur les arrières, tout en préservant un équilibre impeccable entre les sources et les dialogues. Fin et dynamique.

 


Interactivité :
Assez décevant, les bonus vidéo proposés par l'éditeur ne vont pas occuper le spectateur longtemps. Une petite featurette promo vite emballée, quelques images de l'équipe au Festival de Cannes et une présentation du métrage par le réalisateur... Moins de 10 minutes et c'est fini. Un peu triste, on ne le cache pas.
Des suppléments disponibles sur le disque de la version vue en salle, vendu seul, mais aussi couplé à un second bluray incluant lui la version longue. Deux montages séparés d'une vingtaine de minutes coupées essentiellement au départ pour réduire la durée du film et augmenter le nombre de séances. La première mouture est déjà diablement efficace, la seconde creuse encore la relation entre Lady Hideko et Sook-Hee, en faisant justement l'objet principal du film. Mademoiselle affiche alors plus fièrement encore sa vraie nature : oui, c'est une superbe histoire d'amour. Forcément l'édition comprenant les deux montages parait tout simplement indispensable.

Liste des bonus : Montage cinéma (144'), Version longue (167'), Making of (5'), Casting à Cannes (2'), Interview du réalisateur (2').

 
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