PRESTON STURGES : KING OF COMEDY
Christmas in July, Sullivan’s Travels, The Lady Eve, The Palm Beach Story, Hail The Conquering Hero, Unfaithfully yours - Etats-Unis - 1940/1948
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « DVD »
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Genre : Comédie
Réalisateur : Preston Sturges
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Français
Durée : 545 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 13 décembre 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Redécouvrez tout l’esprit et le talent de Preston Sturges en six délicieuses comédies ! Quel est le point commun entre l’inventeur de l’avion à décollage vertical et celui du rouge à lèvres qui résiste aux baisers ? Entre le propriétaire de The Players, l’un des clubs les plus en vogue des années 40 où se bousculait le tout-Hollywood et le traducteur de Marcel Pagnol ? Entre le troisième salarié le mieux payé des États-Unis à l’orée des années 50 et un flambeur porté...
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De la valse au tango

Auteur et cinéaste culte aux USA, constamment cité comme le grand maitre de la comédie américaine classique, Preston Sturges reste malheureusement trop méconnu en France, presque boudé à cause justement de son genre de prédilection et d'une carrière un peu trop courte : 14 films ramassés en 15 ans. En voici alors déjà six, restaurés pour l'occasion, et proposés dans un beau coffret par Wild Side Video.

Si aujourd'hui on se souvient le plus souvent des grandes comédies d'Howard Hawkes (L'impossible Mr Bébé), de George Cukor (Indiscrétions) ou Leo McCarey (Cette sacrée véritée), au cœur des années 40 les studios et les spectateurs ne répondent qu'au nom de Preston Sturges. Un auteur à succès venu de Broadway, qui à force de succès commerciaux en tant que simple scénariste va réussir à prendre la place (fait rarissime à l'époque) du réalisateur et même devenir l'un des hommes les mieux payé d'Hollywood. En coulisses sa vie est essentiellement constituée de comportements excessifs, l'homme étant autant connu pour sa générosité avec ses amis, son sens de la fête que ses grands coups de gueules, alors que justement son style, aussi ben écris que filmé, est d'une rigueur et d'une maitrise impressionnante. Ce qui marque le plus aujourd'hui un spectateur découvrant le cinéma de Sturges sur le tard, est justement cette rythmique imparable qu'il donne aux échanges dialogués et ces surprenantes modernité et véracité des mots choisis. Tout est écrit, fignolé, calculé, et pourtant les nombreux acteurs qui s'emparent de ses textes, stars ou homme de sa propre troupe, semblent presque improviser ou se lancer dans des échanges pris à la volée. La griffe d'un très grands dont beaucoup aujourd'hui encore se disent les héritiers sans en avoir forcément l'élégance.

 

sur un air badin


Mais Sturges ne sera jamais un simple scénariste passé à la direction, et va véritablement révolutionner la mise en image du genre justement, achevant de surfer sur la vague de la screwball comedy menée, entre autres, par les frénétiques Marx Brothers, pour l'entrainer vers une approche plus parlante, presque plus mature serait-on tenté de dire, mais constamment teintée, voir survoltée, par des gags inspirés de l'univers Cartoon. Quitte d'ailleurs parfois à transformer nos acteurs réels en véritable personnages de dessins animés, comme c'est le cas de manière détournée dans le génial Madame et ses flirts (The Palm Beach Story) grande course-poursuite aussi délicieuse qu'improbable entre un mari, Tom, et sa femme, Gerry, incarné au passage par la jolie souris Claudette Colbert (New York Miami). Chute à foison, train de nuit transformé en terrain de chasse, quiproquo en chaines, final totalement délirant, le tout avec un sens du romantisme délicat et un regard pertinent sur la nature du couple. L'autre petit chef d'œuvre absolu du bonhomme est d'ailleurs pas bien loin, soit Un Cœur pris au piège (The Lady Eve), pure comédie romantique sur fond de relation impossible ou un inattendu Henry Fonda, tombe dans le traquenard bien agréable tendu par Barbara Stanwyck. Voir la star sérieuse de Les Raisins de la colère, 12 hommes en colère ou Il Etait une fois dans l'ouest enchainer les gags et les airs éberlués sans jamais perdre de sa superbe vaut plus que le détour.

 

les uns et les autres


Et s'il est souvent question de couple, de romance plus ou moins consommée, la filmographie de Sturges sait aussi légèrement dévier des contours commerciaux, n'hésitant pas à s'attaquer à quelques sujets plus difficiles. Il démontre là aussi sa capacité à imposer des farces rondement menée, des satyres aussi cruels que profondément humanistes. Des sujets étonnants qui viennent donner une épaisseur supplémentaires à un humour renversant, maniant aussi bien la prose que les gags à répétitions hilarants, comme avec ces fanfares hystériques dans un Héros d'occasion (Hail The Conquering Hero) jouant avec la figure militaire et en particulier les jeunes hommes restés au pays alors que l'Amérique est lancée à plein régime dans la Seconde Guerre Mondiale. Sturges est souvent lucide sur la culture de son pays, et détourne à sa façon le monde de la pub et la société de consommation dans le léger Le Gros lot (Christmas in July) et surtout parodie sa propre carrière dans Les Voyages de Sullivan (Sullivan's Travels) et son auteur de succès populaire en recherche de vérité sociale, pour mieux confronter les spectateurs au monde des laisser pour compte et des « vrais » pauvres du pays. Un mélange des genres digne d'un équilibriste considéré par beaucoup comme le sommet de la carrière de Sturges et auquel les frères Coen rendront directement hommage dans leur O'Brother.

Un cinéma riche, complexe mais toujours drôle, amusé, même lorsqu'il s'échappe vers un exercice de style qui marque le début de l'essoufflement de sa carrière. Soit Infidèlement vôtre (Unfaithfully yours), essai peut-être un peu moins parfait que ses réalisations précédentes, mais qui avec son chef d'orchestre fantasmant, en plein concert, les différents moyens d'éliminer sa femme, séduit forcément. Par quelques mouvements de caméras bien amenés, un jeu joyeux et bien senti avec les différents extraits de musiques classiques utilisés, ses références et clins d'œil au thriller et au film noir mais aussi et surtout son besoin naturel de s'achever en pantalonnade digne d'un échec cuisant de Daffy Duck ou du Coyotte. Une belle manière d'e clore cette compilation indispensable de six films toujours inventifs, admirablement dialogués, facétieux, sophistiqués et toujours aussi distrayants.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Six films étalés sur trois blurays (ou six DVDs pour les petits lecteurs), mais clairement traités avec un soin tout particulier par Wild Side Video. On se doute que l'éditeur français est allé piocher vers différentes sources pour dégotter les meilleurs copies possibles (du coté de la Fox, de Criterion ou d'Universal), avec tout de même une tenue générale assez impressionnante, au format respecté et une compression en 1080p. On se débarrasse tout de suite du cas qui fâche soit le sublime Un Cœur pris au piège, sans doute le seul de la bande a ne pas avoir été restauré à la source... et ça se voit. De nombreux abus de réducteur de bruit entrainent la définition vers un lissé trop marqué ou trop neigeux, et laisse passer un noir et blanc relativement propre mais pas franchement naturelle. Heureusement les cinq autres films, même si on voit encore passer quelques taches ou griffures, ne sont absolument pas du même tonneau : les copies ont été sérieusement re-scannées à partir des négatifs, imposant un piqué extrêmement riche et fin tout en respectant le grain initial et les reflets argentiques. Des masters admirables et savoureux avec une préférence manifeste pour Madame et ses flirts digne des plus grands bluray de chef d'œuvres des années 40.

 


Son :
Tous les métrages proposés n'ont pas retrouvés leur doublage d'époque. C'est le cas uniquement pour Un Cœur pris au piège, et on préfèrera de toute façon se refaire les versions originales, pour profiter pleinement de l'écriture énergique de Preston Sturges et la rythmique de la langue américaine. Ces pistes sont proposées ici dans des DTS HD Master Audio Mono le plus souvent imparable avec une belle netteté et une stabilité équilibrée et convaincante.

 


Interactivité :

Annoncé il ya déjà un an mais reportée au désespoir des cinéphiles, le coffret luxueux réservé à Preston Sturges sort enfin avec un habillage bien classe. Un fourreau coloré qui contient un livre / coffret proposant déjà un ouvrage de 188 pages incluant des textes de présentations pour chaque films, de superbes photos d'exploitation et une biographie du cinéaste signé par Marc Cerisuelo. Un spécialiste de Preston Sturges dont la présence était indispensable ici tant celui-ci clame son amour et sa passion pour la comédie américaine depuis des années dans les couloirs de la Sorbonne III (en plus de prêter ses VHS de Twin Peaks aux étudiants dans le besoin). Connaissant le cinéaste par cœur, il s'efforce donc d'en souligner les particularités et les talents, et remet d'ailleurs le couvert sur les différents disques du coffret avec une présentation légère de chaque opus et un entretien plus complet d'une trentaine de minutes. Ses anciens et nouveaux étudiants le savent bien, le monsieur est des plus doués pour donner envie de se jeter dans tout ce pan du cinéma américain, souvent boudé en France, et rappelle que la dégustation de ce coffret se complète parfaitement avec l'ouvrage A la recherche du bonheur, essai analytique sur la « comédie du remariage » signé Stanley Cavell.

Liste des bonus : 1 livre incluant un texte inédit de Philippe Garnier et la biographie de Sturges signée Marc Cerisuelo, ainsi qu'une riche iconographie, Entretien avec Marc Cerisuelo, auteur du lvre « Preston Sturges ou le génie de l'Amérique » (30'), Présentations individuelles des 6 films par Marc Cerisuelo.

 
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