ALFRED HITCHCOCK: LES ANNéES SELZNICK
Rebecca, Spellbound, Notorious, The Paradine Case - Etats-Unis - 1940/1947
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : Alfred Hitchcock
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 457 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 29 novembre 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
L’année 1939 correspond à un tournant dans la carrière d’Alfred Hitchcock. Année de son départ aux États-Unis, c’est aussi celle qui marque le début d’une collaboration de près de dix ans avec le célèbre producteur américain David O. Selznick (Autant en emporte le vent, Duel au soleil). Cette association entre le maître du suspense et l’un des plus importants représentants du système hollywoodien donnera naissance à quatre chefs-d’œuvre : la romance gothique Rebecca (...
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seven years itch

Estampillé d'un numéro 7, le nouveau coffret Ultra Collector de Prestige (c'est eux qui le dise) de l'éditeur passionné Carlotta n'est cette fois-ci pas réservé à un unique trésor cinématographique, mais bien à quatre. Soit Rebecca, La Maison du Docteur Edwardes, Les Enchainés et Le Procès Paradine, à la fois collaborations passionnantes entre le producteur David O. Selznick et le réalisateur Alfred Hitchcock, et véritables représentants d'une période charnière dans la carrière de ce dernier.

Car si monsieur Alfred Hitchcock est déjà en ce début des années 40 une véritable référence du cinéma anglais, et enchaine les succès et les prouesses depuis les années 20 et les trésors du muet, il peine encore à gravir la marche du cinéma américain. Considéré à juste titre comme l'un des derniers grands producteurs américains dans tout le mélange de démesure et d'ambition artistique que cela sous-entend, David O. Selznick (King Kong, Une étoile est née, Autant en emporte le vent) est autant un brillant découvreur de talents, qu'un industriel qui prend un grand plaisir à prendre ses découvertes sous son aile, à lier par contrat et à façonner à sa mesure. Et il se passionne inévitablement pour Hitchcock qu'il convainc de venir s'installer dans le paysage hollywoodien en lui promettant un confort de production inédit (les budgets et les moyens techniques ne seront plus jamais les mêmes) mais aussi une liberté de production que les grands studios ne peuvent assurer... Pour ce dernier point cela ne sera pas forcément le cas puisque Selznick est tout de même connu pour ses mémos journaliers et interminables fustigeant ses collaborateurs, ainsi que pour son interventionnisme incessant dans l'écriture des scénarios, pour le casting (il a des acteurs sous contrats), sur les plateaux de tournage et surtout sa main mise totale sur le montage. Le producteur « control freak » face au cinéaste « indépendant »... Les quatre films, étalés sur sept ans, qu'incluent leur contrat commun de naitront pas forcément sans étincelles, mais aussi, et c'est ce qui les rends passionnants, sans émulsions mutuelles.

 

filmer les ombres


Et finalement le meilleur équilibre entre les deux forces sera trouvé sur le premier Rebecca, nouvelle adaptation d'un texte de Daphné Du Maurier pour Hitchcock juste après l'aventure La Taverne de la Jamaïque, que Selznick va obliger à rester collé à la trame et aux personnages du texte. Le réalisateur aime à s'emparer librement des romans qu'il adapte, de n'en laisser qu'un squelette prompte à se plier à sa mise en scène, ici il doit préserver les longs dialogues, les personnages secondaires, assez nombreux et présents, et finalement cela l'oblige à se montrer plus précis et affuté que jamais. D'une belle romance à la Cendrillon, le film bifurque violement vers l'œuvre subtilement gothique, légèrement effrayante et surtout angoissante, obsédé comme son duo principal (Laurence Olivier et Joan Fontaine) et leur glaçante femme de chambre, par une femme d'autant plus dangereuse qu'elle est absente, dans le cadre et la dramaturgie, figure parfaite et inaccessible... prédatrice au-delà de la mort. Un chef d'œuvre remarquable à la mise en scène inspirée et surtout en cohésion constante avec le conscient (le premier plan) et l'inconscient (le sous-texte). Succès public et critique, l'objet donnera du mou à ses deux « géniteurs » qui partiront un temps chacun de leur coté, l'un enchainant les géniaux Correspondant 17, Soupçons, L'ombre d'un doute ou Lifeboat, alors que le second s'empêtre dans quelques soucis personnels et la production houleuse de Duel au soleil. D'où un certain renversement des pouvoirs - désormais Selznick a besoin d'Hitchcock et non l'inverse - et une légère prise de distance du producteur qui imposera tout de même Gregory Peck et une coupe drastique dans l'éblouissant cauchemar surréaliste imaginé par Dali pour le très freudiens, et donc symbolique, La Maison du Docteur Edwardes en 1945.

 

déchainé


Il lâchera même totalement la bride sur le suivant Les Enchainés, qu'il fut obligé de vendre directement à la RKO. Un film d'espionnage considéré par Truffaut (parmi d'autre) comme la quintessence de l'art D'Hitchcock. Mettant en valeur toutes les expérimentations aperçues tout au long de sa carrière, le cinéaste réduit une trame de complot d'anciens nazis planqués au Brésil en un bluffant MacGuffin, subterfuge stylistique (la « clef » du mystère) pour signer une romance virtuose entre un homme trop sur de son instinct, Cary Grant, et une femme marquée par les errances de son passé, Ingrid Bergman. Un duo magnifique, émouvant et constamment subtil dans leurs jeux, tout autant en tout cas que les mouvements de caméra et les effets de montage du maestro. Fin d'une époque alors pour Le Procès Paradine, projet auquel Hitchcock était lié par contact, et où Selznick tenta de retrouver sa posture, installant une nouvelle fois Gregory Peck dans un rôle - ici un avocat anglais troublé pas sa cliente - bien au-dessus de ses capacités. On sent bien souvent le metteur en scène peu passionné par son affaire, mais au détour de quelques scènes à l'émotion trop emprunté (tout le passage en France, simple redite de Rebecca), il déploie à quelques occasion des trésors de narration. Dans son jeu d'une grande intelligence sur les panoramiques autour de Mme Paradine, qui accompagne notre découverte progressive de sa vraie nature ; dans le dispositif technique (quatre caméra en simultané, une première ou presque) imposant des longs échanges au sein du tribunal mais à la tension jamais diminuée ; et enfin un portrait terrifiant du juge, Charles Laughton, volontairement répugnant et représentant d'une certaine classe sociale anglaise.

Symboles de la première phase de la carrière américaine plus que mémorable d'Alfred Hitchcock, soit avant Psychose, Vertigo et autres Fenêtre sur cour, les quatre métrages produits et crées en collaboration plus ou moins étroites avec l'un des meilleurs producteurs de l'âge d'or Hollywoodien, n'auront pas tous connus le succès en leur temps, et restent même, en particulier pour le dernier, un peu boudés par la cinéphiles aujourd'hui. Ce sont pourtant quatre trésors d'imagination, d'écriture et bien entendu de cinéma, suivant la nouvelle maturation d'un maître en action, auxquels un homme a su donner toutes ses chances.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Quatre joyaux de la filmographie de Hitchcock forcément traités avec un immense respect par Carlotta qui s'est efforcé une fois encore de nous dégotter les meilleurs copies possibles, même si ces dernières resteront parfois cruellement inégales. Travaillés à partir d'un nouveau scan d'une copie photochimique restaurée au maximum, La Maison du Docteur Edward et Les Enchainés ne sont pas toujours aussi stables qu'on l'aurait espéré. Les plans sont certes le plus souvent précis et les cadres relativement tenus et propres (quelques traces bien visibles persistent tout de même), mais les deux métrages sont marqués par des pulsations de luminosité et un grain entre la finesse charmante, la sensation d'envahissement et le gris dans certaines zones noirs. Les contrastes maintiennent l'ensemble et les argentiques sont, par contre, superbes. Légèrement plus récent et manifestement scannée en 2k Le Procès Paradine retrouve certaines faiblesses des deux autres, mais en moins marquées (si ce n'est dans les plans composites), avec des retouches nécessaires effectuées par Carlotta qui homogénéisent efficacement le master et installe un piqué admirable et des contrastes fermes.
Mais le trésor de l'édition est certainement l'éblouissant Rebecca que l'on redécouvre dans des conditions optimales et virginales. Restauré à la perfection à partir du négatif nitrate original, le métrage nous parvient avec une pureté inédite et une finesse dans la restitution du grain et des reflets argentiques qui force le respect. Scannée en 4K l'objet est étalonné avec un soin savant, installant alors des tableaux à la profondeur et à la définition optimale. C'est à tomber !

 


Son :
Tout ce beau monde se découvre ici dans des DTS HD Master Audio qui restitue les mono d'origines. Cela ne va pas toujours sans mal pour les doublages d'époque français qui peuvent se révéler très fatigués (sur Le Procès Paradine par exemple) ou au mieux assez efficaces et propres (Les Enchainés). Comme toujours, on privilégiera les versions anglaises qui reflètent clairement les restaurations visuelles, avec des résultats mieux équilibrés et plus stables pour Rebecca et Paradine, un peu plus fragiles sur les deux autres métrages qui se laissent aller à quelques petits effets de souffle. Mais cela reste de très bonne qualité.

 


Interactivité :
Pour achever l'année 2017 en beauté et définitivement inscrire leur collection Ultra Collector au panthéon des collections HD cinéphiliques et puissantes, Carlotta a mis en vente juste avant un imparable Police Fédérale Los Angeles, ce coffret plus luxueux encore réservé au plus grand de tous : Alfred Hitchcock. Le design est une nouvelle fois maniéré et élégant, mais l'objet contenant désormais pas moins de cinq bluray (un par film, plus un disque uniquement réservé aux bonus), il combine un léger digipack cartonné pour les disques et le très attendu livre, confectionné cette fois-ci, et c'est logique, par Les Cahiers du cinéma.

Intitulé La Conquête de l'indépendance, ce dernier est une compilation éclairé de textes, d'articles, d'analyse et de document qui traverses les quatre films avec beaucoup de personnalité. On y croise le regard perçant de Claude Chabrol, la recherche profonde de Jean Douchet ou les décryptages de Nathalie Boudil, mais aussi d'authentiques mémos enflammés de Selznick ou des extraits d'Hitchcock et l'art, soit les propos du maitre en personne. Accompagné de plus d'une centaine de photos rares, l'ouvrage est passionnant et même les passages les plus exigeants sont suffisamment courts pour ne pas entrainer de lassitude.

On y sent d'ailleurs la volonté de l'éditeur de ne manquer aucune des questions essentielles apportées par l'intitulé du coffret, Les Années Selznick, et donc de rejoindre constamment les deux personnalités dans leurs collaborations et leurs oppositions. Sensation identique dans les présentations très complètes effectuées pour chaque métrage par Laurent Bouzereau, incontournable réalisateur / producteur de making of pour Spielberg ou Cameron entre autres, à qui on doit aussi le récent et brillant Five Came Back pour Netflix. Passionné du cinéaste (on lui doit presque tous les bonus des éditions Universal), il souligne efficacement et amoureusement la patte Hitchcock, les trouvailles techniques ou les symboles propres à l'auteur. De la même façon chaque film est accompagné d'un extrait du célèbre entretient Hitchcock / Truffaut qui traite du sujet en question, échange forcément passionnant, pas toujours tendre, mais particulièrement éclairant sur la personnalité des deux personnages, comme le souligne Nicolas Saada en complément final.

A tout cela s'ajoute donc un cinquième disque réservé à d'autres suppléments inédits soit une rencontre avec Daniel Selznick, parfois croustillante (le choix de Joan Fontaine dans Rebecca), soit un peu trop tendre et longuet. Mais cela est largement rattrapé par le documentaire Mr. Truffaut Meets Mr. Hitchcock, qui raconte l'aventure du fameux livre dont sont tirés quelques suppléments ici. Une vraie histoire passionnelle pour Truffaut, qui installera alors définitivement le statut de son homologue et modèle, tout en ouvrant la voix à une nouvelle manière de parler « cinéma ».
Plus conventionnel, Daphné du Maurier sur les traces de Rebecca, permet de découvrir un récit sur la vie de la romancière, laissant d'ailleurs souvent ses œuvres à de simples évocations, mais gageons que les anglo-saxons ont toujours eu beaucoup plus d'admiration pour ses écrits romanesques que la critique française...

Enfin, les collectionneurs peuvent achever ce vaste programme par ule visionnage d'une succession de scènes tournées sur les plateaux de ses tournages (avec des rapprochements gênants vers les actrices...) ou en famille, question de voir l'homme ventru faire le pitre et tenter de séduire tout ce qui bouge. Cet item n'est pas forcément à son avantage, sans doute que l'œuvre est ici bien plus admirable que le bonhomme non ?

Liste des bonus : le livre « La Conquête de l'indépendance », réalisé en association avec Les Cahiers du Cinéma, regroupant de nombreuses archives, entretiens, plus de 120 photos rares ou inédites sur le tournage des films (300 pages) ; Entretiens et analyses de Laurent Bouzereau : « Obsédante absence » (20'), « Subliminal » (16'), « La clé du suspense » (14'), « Réminiscences » (16') ; « Hitchcock/Truffaut » : les quatre films décryptés par Hitchcock et Truffaut au cours de leurs célèbres entretiens, augmentés d'une postface inédite du réalisateur Nicolas Saada (34' + 23' + 30' + 24') ; Screen tests de « Rebecca » : Margaret Sullavan, Vivien Leigh et Sir Laurence Olivier en plein essais pour les premiers rôles du film (9') ;
« Hitchcock/Selznick » : entretien exclusif avec Daniel Selznick, fils de David O. Selznick, réalisé par Bertrand Tessier (23') ; « Monsieur Truffaut Meets Mr. Hitchcock » (39') ; « Daphné Du Maurier sur les traces de Rebecca » (57'), « Home Movies » : Alfred Hitchcock comme vous ne l'aviez jamais vu (36'), Bandes-annonces.

 
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