EN MARGE DE L’ENQUêTE
Dead Reckoning - Etats-Unis - 1947
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « En Marge de l’Enquête »
Genre : Policier
Réalisateur : John Cromwell
Musique : Marlin Skiles
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio Mono 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 100 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 6 mars 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « En Marge de l’Enquête »
portoflio
LE PITCH
Fin de la Seconde Guerre Mondiale. De retour du front, le capitaine Rip Murdock et son meilleur ami le sergent Johnny Drake sont escortés vers Washington où ils doivent être décorés pour héroïsme. Rendu nerveux par la présence de la presse, Drake se volatilise. Inquiet, Murdock se lance à sa recherche, …
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geronimo !

En quittant la Warner pour la Columbia, Humphrey Bogart ne change pas son fusil d'épaule et persiste dans le film noir, un genre durablement marqué par sa silhouette, son phrasé imperturbable et son machisme insolent. Alignant sans sourciller tous les passages obligés, tous les poncifs, En Marge de l'Enquête (on préférera Dead Reckoning, son titre original, autrement plus badass) est un pur produit de studio, tout à la gloire de son acteur principal. Sans surprises donc, bonnes ou mauvaises. Enfin, ... presque.

A la barre, le prolifique John Cromwell (réalisateur d'un Prisonnier de Zenda et d'une version d'Anna et le Roi avec Rex Harrison, et papa de l'acteur James Cromwell, le directeur de prison de La Ligne Verte et flic corrompu et meurtrier dans L.A. Confidential). Un vétéran avec presque vingt ans de carrière et plus d'une trentaine de réalisations à son actif et expressément choisi par Bogart qui paie ainsi sa dette envers un metteur en scène qui lui avait donné sa chance sur Broadway en période de vaches maigres. Cromwell s'acquitte de sa tâche en bon professionnel et mise tout sur un rythme soutenu et le charisme de sa vedette pour faire oublier un scénario inutilement compliqué (on se demande bien l'intérêt de la structure en flashback de la première moitié, si ce n'est pour valider le procédé de la voix-off et rajouter 5 minutes de métrage) au point de ne pas être très crédible. A trop se concentrer sur des répliques jouissives au cynisme mordant, les scénaristes Steve Fisher (un grand pourvoyeur de romans pulp) et Oliver H.P. Garrett en oublient de tisser une intrigue qui se tienne réellement. Mais qu'importe, le menu restant copieux. Chantage, trahison, meurtre, femme fatale (Lizabeth Scott, belle à se damner), mafieux retors, homme de main sadique (Marvin Miller et sa dégaine de grand bambin pervers) et suffisamment de pluie, de scènes nocturnes et de tabagisme pour finir trempé, insomniaque et atteint d'un cancer du poumon. Tout y est.

 

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Cerise sur le gâteau, pour les cinéphiles qui se plaisent à lire entre les lignes et à décrypter les vieux films avec un regard contemporain, Dead Reckoning peut aussi se voir comme une romance gay et tragique à la misogynie à peine voilée. Des indices ? Lors d'une ballade en voiture, Rip Murdock (diantre, ça c'est un blaze !) confie à sa très blonde compagne sa vision des femmes et, euh, comment dire, en ces temps de #MeToo et #BalanceTonPorc, ça vaut son pesant de cacahuètes. Ainsi, notre héros rêve de femmes que l'on puisse miniaturiser, mettre dans une boîte et garder dans sa poche chaque fois qu'elles se montrent agaçantes ou qu'elles parlent ( !) pour ne les ressortir et leur rendre leur taille normale sitôt que l'envie lui en prendrait. Une tirade d'un machisme tellement hallucinant que même Lizabeth Scott ne peut s'empêcher de le souligner. Plus loin encore, le même Murdock avoue son amour pour la donzelle qu'il surnomme tour à tour Mike ou Dusty (vous me suivez ?) mais ne peut s'empêcher d'ajouter qu'il aimait son ami perdu bien plus encore. Ajoutez à cela une scène de passage à tabac en musique où le méchant ne cesse d'envoyer des regards très appuyés vers Bogart et un plan final ambigu sur un parachutiste et sa métaphore d'un saut dans l'inconnu et l'on se dit que ça fait quand même beaucoup de coïncidences. Assurément, Tarantino, grand amateur de double discours homoérotique, doit être fan.

Alan Wilson






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Image :
La restauration est minimale. Si la définition tient la route, de même que la compression, le master affiche tâches, griffures, tremblements ainsi que des contrastes souvent voilés. Rien de rédhibitoire ou de vraiment gênant mais on est loin des blu-rays de la Warner pour Casablanca ou Le Trésor de la Sierra Madre. Le noir et blanc ciselé de Leo Tower méritait sans doute un peu mieux.

 


Son :
Il y a du souffle sur les deux versions malgré la signature DTS HD MAster Audio mono, mais ça s'entend un peu plus sur la version française au doublage un peu raté. Une fois de plus, c'est sur la version originale que l'on portera son choix. D'autant plus que les dialogues savoureux débités à la mitraillette par Bogart et compagnie ne passent guère le cap de la traduction.

 


Interactivité :
Ce n'est pas à une mais à deux présentations du film que l'on a droit. Spécialiste du polar noir, éditeur et critique, François Guérif ouvre le bal et couvre en dix minutes à peu près tous les aspects importants du film de John Cromwell en soulignant les différences entre le Bogart de la Warner et celui de la Columbia et la véritable signification du climax et sans oublier une belle anecdote lors d'une rencontre avec James Cromwell en pleine promo pour L.A. Confidential. Patrick Brion ne fait pas beaucoup mieux mais développe un peu plus encore sur la carrière d'Humphrey Bogart même si son analyse est parfois contestable (la star ne jouait t-il vraiment que des salauds chez la Warner ?).

Liste des bonus : Bandes-annonces, présentation du film par Patrick Brion (9 min.), présentation du film par François Guérif (10 min.)

 
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