STAR WARS: LES DERNIERS JEDI
Star Wars: The Last Jedi - Etats-Unis - 2017
Image plateforme « Bluray 4K »
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Genre : Space Opera
Réalisateur : Rian Johnson
Musique : John Williams
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby True HD Atmos 7.1.4 anglais, Dolby Digital Plus 7.1 anglais, français, allemand…
Sous-titre : Français, anglais, espagnol…
Durée : 151 minutes
Distributeur : Walt Disney Home Video
Date de sortie : 20 avril 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Alors que la résistance est en déroute après leur affrontement mortel avec le Nouvel Ordre, Rey retrouve le maître Jedi Luke Skywalker afin de percer les mystères de la Force et de son passé.
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Nouvel Ordre

Attendu avec une ferveur peu commune, la redémarrage de la saga galactique la plus connue de la planète par J.J. Abrams après la vente de Lucasfilm à Disney avait laissé la plupart des spectateurs septiques. Si le film répondait à de nombreuses attentes, il n'arrivait jamais à s'affranchir d'un passé dont il avait l'obligation d'afficher la filiation. Ce sont donc les doutes qui remplacèrent la ferveur populaire pendant les deux années qui suivirent, même si dans ces pages nous avions toujours affirmé sans crainte : « In Rian we trust » !

Ce n'est probablement pas Rian Johnson, réalisateur de l'énergique et uber-cool Looper, qui nous dira le contraire. Dans chaque franchise, le risque est que l'histoire emprunte une boucle se répétant à l'infini. Il appartient donc à son auteur/réalisateur d'en briser le mouvement pour la rediriger dans une nouvelle direction. Devait-on voir un signe que ce réalisateur indépendant et novateur soit assigné à ce 8ème épisode ? Symboliquement, la répartition des postes de réalisateurs est facilement analysable rétrospectivement. Abrams a toujours joué de et avec son passé & passif culturel (il suffit de voir Super 8). Il affiche ses filiations sans pouvoir ni vouloir s'en détacher, alors que Johnson prouvait avec le précité Looper que les codes appris, accumulés et assimilés n'étaient qu'un outil à respecter certes, mais dont le seul but était de permettre à son utilisateur de raconter son histoire. A l'image de Luke dans Le Retour du Jedi, Johnson devait donc « tuer le père » (ou le convertir pour être plus contextuel) afin de passer à la suite et « regarder vers le futur » comme le recommandait Yoda. Une chose est certaine dès les premières images, dont un impressionnant travelling avant orbital, Johnson est là pour plier ce symbole de l'infini et emmener la plus célèbre des sagas vers de nouveaux horizons. Suivant ses envies tout en restant à l'écoute de son public, revanchard de ce qu'on lui a laissé, sale gosse cassant un jouet pour montrer qu'il en possède un encore meilleur, Rian Johnson se débarrasse rapidement des certains éléments gênants et ce, non sans humour.

 

skywalkers


En regardant rarement dans son rétroviseur, Les Derniers Jedi est une course vers l'avant continue, véritable « Mad Max Fury Road spatial » dont tout le monde ne peut sortir indemne. De cette échappée folle, deux personnages sortent du lot. Deux figures à la fois opposées et complémentaires. Poe Dameron, le pilote héroïque et fougueux laissant exploser son instinct au service de l'efficacité contre la Princesse Leia, représentante de la voie de la sagesse et de l'expérience. Mais le premier n'est il pas le digne successeur de la seconde ? Après tout, c'est bel et bien la princesse qui par son attitude rebelle sauvait la mise du groupe à de maintes occasions. Gagnant en profondeur et en intensité dramatique, Poe Dameron se détache une bonne fois pour toute des comparaisons qui lui collaient à la peau dans l'épisode précédent. Leia, elle, gagne en classe, en charisme, en puissance dramatique, mythique et mythologique. Elle qui était laissée sur la touche dans Le Réveil de la Force, rappelle à tout le monde à la fois combien elle est une étoile guidant les rebelles à travers la tempête stellaire, une figure forte et combative...et combien Carrie Fisher était une bonne actrice. Elle va nous manquer. Impossible de dissocier la diégèse de la vie réelle tant sa disparition est encore dans nos mémoires. Johnson cristallise d'ailleurs cette fine frontière dans une scène magnifiquement troublante, rappelant au spectateur capable de suspension d'incrédulité que Leia est bel et bien la fille d'Anakin, permettant d'accepter la toute puissance de la Force et de constater que Carrie Fisher sera éternellement avec nous.

L'un des enjeux majeurs du film était bien entendu le retour de Luke Skywalker. Comment Johnson allait il traiter la véritable arrivée du Jedi censé être le plus puissant de la galaxie ? Intelligemment, il évite de transposer l'image de ses précédents maîtres. Luke n'est ni Obi-Wan, ni Yoda. L'approche travaillée avec Mark Hamill peut sembler déconcertante dans un premier temps, principalement en raison de son premier plan, faisant lui aussi table rase du passé et brisant le mythe derrière l'homme et la saga. Hamill devient presque un Luke Skywalker méta. Il est vrai que tout comme son homologue filmique au moment où Rey vient le retrouver sur son île, Hamill a entendu parler toute sa vie de ce Jedi et de ô combien il était puissant et important. Johnson écrit donc une remise en question du personnage relativisant sur l'importance des mythes et de ses artefacts ainsi que sur la transmission de la légende. Un point de comparaison supplémentaire avec Fury Road qui voyait dès les premières minutes la destruction de l'Interceptor, le rabaissement d'un Max au visage différent (tout le monde peut donc être un héros) avant de s'ouvrir à une transmission sous plusieurs formes.

 

lone starr wars


Un bon héros ne peut exister que face à un bon méchant, qu'ils soient archétypaux ou non. Moqué alors qu'il était le personnage le plus intéressant du Réveil de la Force, Kylo Renn / Ben Solo devient un antagoniste d'une importante profondeur. Traumatisé par un événement passé (que Johnson nous montre plusieurs fois sous différents points de vue à la Rashomon, créant le trouble chez le spectateur), Kylo Renn est bien loin de l'adolescent colérique d'Abrams. Son traumatisme transpire tout le long du métrage et guide ses actions jusque dans sa relation avec Rey. Cette dernière, en proie aussi à de nombreux questionnements évite les clichés propres au héros en devenir. Renn et Rey ne sont plus les pièces d'un puzzle dont l'avenir de la galaxie dépend de l'achèvement. A l'opposé, Finn passe au second plan, écopant de l'arc narratif le plus faible.

Avec tout ça, il serait facile de penser que Les Derniers Jedi puisse être un film dit « de scénariste ». Il n'en est rien. Rian Johnson, à qui Lucasfilm a laissé carte blanche, magnifie son script par une réalisation audacieuse et inventive. D'une ouverture folle à un final des plus magnifiques en passant par un hommage à un certain film de Mel Brooks, Johnson ose et réussit. Son film possède une personnalité folle ainsi que de nombreux partis pris. Bien entendu, le film divisera sur certains choix, sur certaines directions amorcées, mais n'est ce pas ce que l'on attend de tout artiste, de chaque réalisateur : apporter un point de vue ? Johnson nous permet, à l'image de son dernier plan de croire en l'avenir. Dans Fury Road Max disait que l'espoir était une erreur. C'est bien là un point qu'il ne partage pas avec nos amis de la Force !

François Rey
















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Image :
Impressionnant et généreux dans sa restitution, le simple Bluray (présent dans le boitier) se fait pourtant largement damer le pion par la copie Bluray 4K. Certains auraient pu en douter et pourtant, la copie Ultra HD présentée ici écrase la plupart des projections en salle, délivrant un travail admirable sur les couleurs, puissantes, naturellement dégradées, sublimement texturées et harmonieuses, avec des noirs intenses, immuables. La perfection absolue, ou tout comme, qui resplendit littéralement à chaque seconde sur les écrans adaptés. Un rendu qui bénéfice bien entendu de la photographie très contrastée du film mais aussi du choix du réalisateur de capturer celui-ci sur pellicule. La profondeur du cadre, la netteté des formes et l'impériosité de chaque détail se marient habilement avec le grain léger du support. A tomber.

 


Son :
La découverte du mixage Dolby True HD Atmos 7.1.4 de la version originale a déjà fait sensation lors de sa découverte première aux USA, considéré rapidement comme l'un des mixages sonores les plus performants disponibles à l'heure actuelle. Et pour cause, outre la puissance déployée à chaque instant, entre les percées d'effets sonores, les ambiances futuristes omniprésentes, la sublime musique de John Williams, et la centralisation narrative des dialogues, le spectateur pourrait ne plus savoir où donner de la tête... si le tout ne réussissait pas à mêler splendeur spectaculaire, dynamique redoutable, et équilibre d'une rare finesse. Comme toujours, plutôt agréable et efficace, le Dolby Digital Plus 7.1 du doublage français, assez inégal au demeurant, fait un peu pale figure à coté de tous ces débordements.

 


Interactivité :
Quel que soit finalement l'engouement des spectateurs pour The Last Jedi (LE dernier Jedi et non LES), il a été évidant pour tout le monde que cet épisode particulier était la vision intime et personnelle d'un réalisateur. Toute la reception assez difficile pour certain. Un Star Wars porté par un regard donc, une personnalité, dont il va constamment être question dans les différents supléments développées pour cette édition. Ces derniers se retrouvent bien évidement unqiuement sur les disques Bluray, avec pour commencer un commentaire audio entousiaste et communicatif de Rian Johnson, qui justement s'efforce d'accompagner chacune de ses décisions, tout en délivrant petites anecdotes, révélations techniques et authentiques émotions, autant de fanboy que de collègue ayant, entre autre, tissé des liens particulier avec Carrie Fisher. Touchant et très agréable, on retrouve cependant plus ou moins les mêmes informations dans les « making of » qui suivent. Soit une featurette qui sert de manifeste pour la nouvelle direction de la « mythologie » Star Wars tentant de revenir à des « chevaliers » plutôt que ses super-héros bondissants dans tous les sens, mais aussi trois analyses de scènes spectaculaires aux nombreux effets spéciaux, abordées là essentiellement d'un point de vie technique. Précis et complet. 

A chaque fois la passion et le sérieux derrière l'entreprise sont évident, mais gageons que cette sortie vidéo restera sans doute plus dans les mémoires pour son documentaire Le réalisateur et les Jedi signé par un Anthony Wonke (Syria : Children on the Frontline, Fire in the Night) pas forcément habitué aux paillettes d'Hollywood. Voilà qui explique sans doute les évidents et rarissimes efforts fournis dans l'écriture et la réalisation de ce film (90 minutes) et la tonalité unique qui s'en dégage, abordant constamment la fabrication de The Last Jedi par deux angles antinomiques : l'implication profondément humaine du réalisateur et de son équipe, et l'aspect absolument colossal de cette entreprise. Un monstre financier et logistique que l'on avait jamais aussi bien approché, mais qui est constamment explicité ici aussi bien par des choix aussi bien artistiques ou pratiques, que par la vision d'un cinéaste, amoureux fou de ses personnages. Le choix des nouveaux visages, sa relation avec Fisher, mais aussi ses longues discussions avec un Mark Hamill peu convaincu par le traitement de son Luke, mais intensément investi. Beau, passionnant et honnête... surprenant et mémorable.

Le programme s'achève enfin par une sélection de scènes coupées / rallongées de longueur diverses. Beaucoup de petites blagues qui passent à la trappes ou d'information redondantes, mais certains segments valent le détour comme cet « assaut » sur les Gardiens de l'île ou la version complète, et hilarante, de l'infiltration à bord du destroyer.

Liste des bonus : Commentaire audio de Rian Johnson, « Le réalisateur et les Jedi » : making of (95'), « L'équilibre de la Force » : les choix de Rian Johnson envers la mythologie (10'), Analyses de scènes (33'), « Andy Sirkis en direct ! » (6'), 14 scènes coupées ou rallongées avec commentaire optionnel de Rian Johnson (23').

 
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