SAN BABILA: UN CRIME INUTILE
San Babila Ore 20: Un Delitto inutile - Italie - 1976
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Genre : Drame, Policier
Réalisateur : Carlo Lizzani
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 20 avril 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
1975 : les années de plombs. Milan, place San Babila. Un groupe de jeunes néo-fascistes, dont font partie Michele, Franco, Fabrizio et Alfredo, fait régner sa loi, importunant les passants, s’empoignant avec les gauchistes de passage, draguant les filles. Lors d’une journée classique, ce petit groupe d’amis va provoquer une série de drames croissant dans la violence, jusqu’au crime inutile.
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de belles têtes de vainqueurs

Jamais projeté en salle en France et vaguement croisé en vidéo pour un montage raccourcis, San Babila: Un Crime inutile est l'œuvre rare d'un cinéaste presque inconnu par chez nous malgré une soixante-dizaine de réalisations au compteur... et pour la plupart tournées au cœur de l'âge d'or du cinéma italien.

Une œuvre passée incognito parfois, mais sans doute oubliée avec le temps puisque des titres comme La Chronique des pauvres amants, Le Procès de Verone ou Bandits à Milan connurent de jolis succès populaires en leur temps. Ce qui joue certainement contre la reconnaissance de sa filmographie sont ses retours réguliers du coté du documentaires (à thème ou sur d'autres cinéastes) et une puissante motivation politique dans le moindre de ses sujets abordés. Un réalisateur, qui au sein des années de plombs où extrême gauche et extrême droite s'étripaient en pleine rue et rivalisait d'actes terroristes, scrutait justement sans détour, mais avec un point de vue très marqué, le marasme politique dans lequel était son pays. Un procès des années Mussolini qui n'a jamais été fait, des gouvernements faibles et corrompus, une société qui se vautre dans des valeurs vieillissantes et nauséabondes, une bourgeoisie qui opte pour l'avancée à l'aveuglette et les manipulations de masse... Un décor décortiqué sans vergogne dans San Babila: Un Crime inutile, faux thriller, vrai drame social, inspiré d'un fait divers aussi terrifiant que malheureusement banal : un jeune couple se fait assassiner en pleine rue par un groupe de jeune néonazi.

 

une crampe au bras


Un crime parmi d'autre, comme va le révéler Carlo Lizzani en retrouver ses racines néo-réaliste, en suivant la journée pathétique de quatre jeunes têtes pleines de vent et de haine, se baladant autour de leur café / QG, menaçant en beuglant les manifestants ouvriers, vomissant la police (pourtant complice par son immobilisme), frappant la pauvre Lula reflet flagrant de la misogynie omniprésente, tentant un lamentable attentat sur un bâtiment de syndicalistes... Beaucoup de gesticulation, de vagues échanges d'idées qui puent la médiocrité et la nostalgie d'un régime qu'ils n'ont pas connu, San Babila: Un Crime inutile refuse le sensationnalisme ou le regard morale facile, expliquant plutôt qu'excusant, en soulignant à plusieurs reprise l'absence de liens social, de figure parentale ou de modèle d'état. Parfois capturé sur le vif devant une foule impassible (la manifestation au pas des nationalistes), parfois extrêmement structuré par un montage rythmée et des cadrages élégants (toute la dernière bobine, superbement glaçante), la lente montée crescendo dans la violence est sans retour, une course effrénée vers l'un des murs en béton qui enferme un Milan grisâtre et pluvieux dans un avenir peu reluisant.

Un film dossier puissant sur le néant existentiel qui mène à la création d'ersatz boutonneux des chemine noires et une histoire qui semble vouée à se répéter à l'infini par pure bêtise et inculture. La force du film de Carlo Lizzani étant alors de dépasser totalement le document d'une époque pour atteindre par ses plans en longue focale et sa distance finale avec le destin de la « bande des quatre », un tableau contemporain... Malheureusement toujours d'actualité en France, en Europe et ailleurs.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
On aurait difficilement pu imaginer de meilleures conditions que celle-ci pour découvrir un film, brièvement proposé il y a bien longtemps en VHS sur notre territoire. La copie proposée par Le Chat qui fume est une petite merveille, nettoyée avec beaucoup de soin, délivrant un piqué impressionnant, s'installant dans une stabilité constante et invoquant une profondeur considérable. Attention, par de grandes effusions de couleurs ici, les contrastes jouent essentiellement sur des oppositions de noirs et des variations de gris. Mais le rendu est aussi logique que pointu, soulignant constamment un cadre étouffant et un grain de pellicule très présent et organique.

 


Son :
On peut redécouvrir ici le doublage français, sans doute vite enregistré et poussant la gouaille bien trop loin, plaqué au passage sur un montage du film vidé de certains dialogues. Plus un document d'époque qu'autre chose clairement, on préfèrera largement le DTS HD Master Audio mono de la version originale. Un doublage italien (tout était doublé là-bas) pas toujours au point, mais restitué en tout cas avec une vraie clarté et un équilibre des plus confortable.

 


Interactivité :
Toujours sertis dans un très beau digipack cartonné, San Babila est accompagné de deux suppléments inédits. Le premier est une interview du réalisateur en personne. Très courte certes, mais elle reste un document de taille puisqu'elle fut enregistrée peu avant son suicide en 2013. Une évocation assez rapide de sa carrière et de son regard politique, mais qui n'a pas le temps de s'arrêter sur le film présent ici. Pour cela, l'éditeur a ajouté une longue rencontre avec Gilberto Squizzato, assistant réalisateur sur San Babila, qui forcément délivre quelques anecdotes de tournages, évoque sa collaboration avec Lizzani, mais retrace aussi une certaine époque du cinéma transalpin, ses méthodes, tout autant que les fameuses «années de plomb » qui constituent la toile de fond de nombres des thrillers et polars italiens des années 70.

Liste des bonus : Un Age de violence avec l'assistant réalisateur Gilberto Squizzato (65'), Carlo Lizzani (5'), Bandes-annonces.

 
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