MAN ON THE MOON
Etats-Unis - 1999
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Man On The Moon »
Genre : Drame
Réalisateur : Milos Forman
Musique : R.E.M.
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 119 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 24 avril 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Man On The Moon »
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LE PITCH
De son enfance à son décès en 1984, entre plébiscite et performances anticonformistes, la vie de l’artiste comique Andy Kaufman…
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The People Vs. Andy Kaufman

Jusqu'à alors seulement disponible dans un dvd paru en 2001 chez Warner Home Video et désormais épuisé, la dernière grande œuvre de Milos Forman bénéficie enfin d'une édition en haute définition à sa hauteur. Une exclusivité mondiale signée ESC et qui coïncide malheureusement avec le décès du cinéaste tchèque le 13 avril dernier.

Bien que Milos Forman ait déjà donné ses lettres de noblesse au biopic avec le multi-oscarisé Amadeus (sorti en 1984, l'année de la mort d'Andy Kaufman, tiens tiens), il s'y frotte à nouveau en 1996 avec Larry Flint et se délecte visiblement de mettre en scène une Amérique pudibonde sans cesse bousculée par les coups d'éclats d'un pornographe sans filtres. Le film est un succès (relatif au box-office mais réel auprès de la critique) et lui permet d'enchaîner sans trop de soucis sur Man On The Moon. Il refait donc équipe avec le duo de scénaristes Scott Alexander et Larry Karaszewski, la rockeuse Courtney Love rempile dans le rôle de la muse du héros (Althea Leasure et Lynne Margulies sont taillées dans le même bloc) et Vincent Schiavelli, second rôle porte bonheur depuis Vol Au-dessus d'un nid de coucou répond également présent et prête ses traits à un exécutif de la chaîne NBC.

De Larry Flint à Man On The Moon, la structure narrative ne diffère pas. Une vignette sur l'enfance du personnage principal sert d'amorce à un enchaînement de chapitres significatifs mais l'aspect « best-of » qui pend au nez d'un tel exercice est vite écarté par une cohérence thématique d'une intelligence redoutable et qui garantit la fluidité du récit. Les deux films reposent en outre sur le même art du champ/contre champ et les provocations (instinctives chez le premier, savamment calculées chez le second) de Larry Flint et d'Andy Kaufman n'ont de poids qu'à travers le regard souvent incrédule ou choqué de leur entourage et du public. Ce procédé en apparence si simple (action/coupe/réaction) est pourtant le fruit d'une science du montage et de la mise en scène que l'on aurait tort de ne pas reconnaître à sa juste valeur. L'authenticité des expressions que captent la caméra de Forman et le rythme qui en découle sont tout bonnement stupéfiants.

 

jim & andy


Génie du canular au long cours et du happening méta (ils sont encore nombreux ceux qui doutent du décès du bonhomme, c'est dire), Andy Kaufman incite Milos Forman à pousser la mise en abime jusque dans ses derniers retranchements. Tout le cast de la sitcom Taxi (rien à voir avec la série de furoncles sur pellicule produite par Luc Besson, nous tenions à le préciser) où Andy Kaufman bâtit sa popularité, à l'exception de Tony Danza, fait une apparition. Danny de Vito, lui-même au générique de Taxi et accessoirement co-producteur de Man On The Moon, joue l'imprésario de Kaufman, George Shapiro, tandis que ce dernier et Bob Zmuda (complice récurrent de Kaufman) font des caméos. Quant au catcheur Jerry Lawler et aux showmen David Letterman et Lorne Michaels, ils sont invités à jouer leur propre rôle et à recréer leurs « prestations » passées.
Mais tout ceci n'est qu'un hors d'œuvre en comparaison de l'implication jusqu'au boutiste de Jim Carrey. Les abonnés de Netflix ont pu le constater par eux-mêmes grâce à l'indispensable documentaire de Chris Smith (Jim & Andy : The Great Beyond) : l'interprète d'Ace Ventura et de Dumb & Dumber s'est glissé dans la peau d'Andy Kaufman et de son avatar dégénéré Tony Clifton sans jamais s'autoriser à en sortir entre les prises, ni de toute la durée du tournage, dans une forme extrême de catharsis. Impuissant à diriger le comédien, Milos Forman n'eut pas d'autre choix que d'être le témoin d'une prestation de haute voltige plutôt que d'en être le chef d'orchestre et son humilité est à mettre à son crédit.

Ainsi, le spectateur contemporain est placé dans la même situation que le public de l'époque, partagé entre le rire franc et le malaise du doute. Milos Forman s'interroge sur les fondations de son art jusqu'au vertige et jouent avec nos émotions comme rarement le cinéma aura pu le faire jusqu'ici. Quitte à en faire fuir certains, effrayés à l'idée de quitter leur zone de confort (tout ceci n'est qu'une fiction sans danger) pour se laisser manipuler de la sorte, sans filets.

Alan Wilson








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Image :
Si remasterisation il y a eu, celle-ci n'améliore que très sensiblement la qualité déjà plus que satisfaisante du transfert du dvd original. Propre et sans bavure même si la définition n'a rien d'exceptionnel et que les couleurs manquent toujours autant d'éclat. Le grain cinéma est en revanche agréable et l'intro en noir et blanc et la scène du Carnegie Hall sont les grands gagnants de cette conversion blu-ray.

 


Son :

La musique de R.E.M. (dont la chanson de 1992, Man On The Moon, hommage à Kaufman, a donné son titre au film) est mise en valeur comme il se doit tandis que la spatialisation lors des scènes de foule (notamment lors des combats de catch) est bluffante. L'expérience acoustique est de toute beauté.

 


Interactivité :
Les interventions de Jacques Demange (auteur de l'intéressant bouquin "Les Mille et un Visages de Jim Carrey") et Jacky Goldberg, bien connu des lecteurs des Inrockuptibles, reviennent sur le film à travers deux angles distincts. Demange se concentre sur Jim Carrey, son style et l'ensemble de sa carrière tandis que Goldberg traite de Man On The Moon dans sa globalité, des choix de mise en scène de Milos Forman jusqu'à ses partis pris de casting. Dans les deux cas, le documentaire Jim & Andy sert de référence et si les gus de chez Netflix n'étaient pas si réticents à la publication vidéo de leurs productions, on aurait bien aimé voir cette pépite dans la liste des bonus. Il manque aussi l'interactivité de l'édition Warner Home Video/Universal qui proposait tout de même un making-of (très promotionnel), des clips de R.E.M. et une poignée de scènes coupées. On se consolera avec un focus de près d'une heure sur le vrai Andy Kaufman (et qui n'apparaît d'ailleurs pas sur le dvd d'ESC, faute de place) où l'on peut constater le mimétisme troublant entre Jim Carrey et le personnage qu'il interprète. Du très beau boulot.

Liste des bonus : « Jim Carrey, le Voyage dans la Lune » par Jacques Demange (22 min) / « Filming Andy Kaufman, Vérités & Mensonges » par Jacky Goldberg (26 min) / « Andy Kaufman : le Funambule du Rêve Américain » (52 min)

 
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