PROFESSION : REPORTER
The Passenger - États-Unis / Espagne / France / Italie - 1975
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Thriller
Réalisateur : Michelangelo Antonioni
Musique : Ivan Vandor
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 126 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 20 juin 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Parti en Afrique effectuer des recherches pour un documentaire, le reporter David Locke fait la connaissance d’un certain Robertson, qui lui ressemble étrangement. Lorsqu’il découvre son corps sans vie dans sa chambre d’hôtel, Locke décide d’endosser l’identité du défunt afin de commencer une nouvelle vie. Il va alors se rendre aux rendez-vous notés dans le carnet de Robertson qui le mèneront à Londres, Munich et Barcelone, où il fera la rencontre d’une mystérieuse jeune f...
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L'Homme qui voulait vivre sa vie

Après Blow Up et Zabriskie Point, Michelangelo Antonioni clôturait sa trilogie internationale par un voyage à nouveau déroutant du coté de la quête identitaire. Un voyage à perte de vue, éperdu et désespéré, resté, entre autres, dans les mémoires pour un plan séquence final aussi puissant techniquement qu'émotionnellement.

Si comme certains de ses collègues de l'âge d'or du cinéma italien, Antonioni peut être considéré comme un néoréaliste, ce n'est pas pour sa fascination d'une illustration sans fard de l'humanité, souvent populaire, de ces décennies 60/70, mais surtout pour sa manière déstabilisante et hors normes, de capturer la réalité de son époque. Antonioni filme ses contemporains, figures traversant l'objectif de sa caméra, évoluant constamment entre explosions sociales, idéologiques, identitaires, moins acteurs de leurs mouvements que victimes de ces changements constants, trop rapides, trop déréglés. Même finalement lorsque le réalisateur met la main sur une première version du scénario de Mark Peploe (Le Dernier empereur), terreau idéal pour construire un thriller corsé, tendu, fiction autant policière que politique comme le cinéma européen excellait alors à produire, il en transforme l'essence même en quète existentielle, en portrait en creux d'un homme, ancien journaliste toujours à distance, témoin par facilité (voir l'interview complaisante du dictateur africain), qui va voler la vie de son voisin de chambre, un homme d'affaire retrouvé mort sur son lit. Devenu malgré lui trafiquant d'arme pour groupuscules révolutionnaires (une moralité en dégradé de gris), il se rêve alors acteur de sa nouvelle vie, traversant le monde du désert implacable à l'art nouveau délirant de Gaudi à Barcelone, en passant par un Londres tout en modernité architecturale plus qu'éphémère.

 

chronique d'une mort annoncée


Constamment poursuivi, par la police, les services secrets de l'état africain, ses propres fantômes, le voyageur incarné par le regard fatigué et fataliste de Jack Nicholson, est bien entendu incapable de se réinventer. Une trajectoire mortifère, tristement déjà écrite et ce malgré l'arrivée de cette insaisissable jeune femme plus libre que « libérée » affichant la frimousse de Maria Schneider, qu'Antonioni illustre avec des faux airs de documentaire (photographie, grain de pellicule) mais une authentique précision maniériste tout en discrétion. Sa manière d'habiter les cadres par des oppositions entre paysages naturels et immenses et constructions humaines fermants l'horizon, ses flashbacks qui s'enchainent dans un même mouvements de caméra sans cut et tout en fluidité improbable et bien entendu les 7-8 minutes finales, révolutionnaires et renversantes qui résument avec génie la vacuité d'une vie et la beauté de son ultime échappée. La caméra quitte Nicholson allongé sur son lit d'hôtel, certains de ce qui l'attend, traverse lentement la chambre vers la grille qui sert de fenêtre, la traverse opère une rotation à 180 degré dans un décor d'arène antique alors que le meurtrier entre et sort du cadre, ensuite remplacé par la police et les « épouses » (l'ancienne et la nouvelle) du héros, seules à même de témoigner de ce changement d'identité enfin possible. Un plan séquence qui garde la mort elle-même hors du champs pour mieux accompagner les derniers instant du personnage principal, l'échappée de son âme alors que la vie continue tout autour comme si de rien était. Une prouesse technique rendu possible par un dispositif totalement inédit et une sacrée leçon de cinéma. Sublime.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Et c'est une nouvelle source HD impériale qu'à dégotté Carlotta pour sa collection de coffret collector. Hérité à priori d'un master restauré par les anglais d'Indicator, le matériel proposé a profité d'une restauration importante par rapport aux anciennes sorties DVD, voir même le premier Bluray proposé en Espagne quelques mois plus tôt. On note bien encore quelques rares poussières, un ou deux plans un peu moins stables, mais la grande majorité du film est d'une propreté intense et d'une définition impactante. Aucun abus dans les filtres antibruit ou dans une colorimétrie rehaussée, Profession: Reporter retrouve pleinement ses teintes poudreuses, sèches, et son grain de pellicule marqué et organique.

 


Son :
Les pistes mono d'origines sont désormais proposées dans des DTS HD Master Audio plus à même d'accompagner des mixages toujours aussi francs et directs, mais nettoyés et homogénéisés pour l'occasion. Là encore pas de fioriture, l'aridité de l'objet est respecté à la lettre.

 


Interactivité :
Doit-on encore une fois louer la classe cinéphilique de la collection « Ultra Collector » de Carlotta mélangeant avec élégance livre, digipack et fourreau solide ? Oui, surtout que le visuel inédit de Robert Sammelin fait brillamment son petit effet. Toujours limité à 3000 exemplaire, l'objet s'ouvre sur un nouveau recueil de textes et de photos composés à la fois de critiques d'époque (Les Cahiers, Positif...), d'une vingtaine de pages réservées à des interviews passionnantes du cinéaste, quelques documents personnels, extraits de scénario annotés ou description d'une scène coupées par Antonioni, témoignages et bien entendu de profondes analyses du film, creusant les figures de la mort, du désert ou du double. Complet pour le moins.
Une richesse éditoriale qui se reproduit sur le disque bluray (ou le second DVD) et sa section bonus entièrement tournée vers les témoignages directs d'Antonioni en personne. Des documents d'époque récupérés dans les archives de la télévision française pour deux (dont un commentaire complet sur la fameuse dernière séquence), et plus massivement du coté des documentaires italiens pour les autres avec en point d'orgue un complet  Michelangelo Antonioni, le regard qui a changé le cinéma retraçant une grande partie de sa carrière.

Belle surprise en exclusivité au passage avec la présence du court métrage documentaire Mensonge amoureux, datant de 1949, et s'intéressant aux particularités des romans-photos si populaires à cette époque. Superbes cadrages, jeu constant sur les contrastes et l'irréalisme de ces fantasmes figés, le petit film est une nouvelle preuve du talent d'Antonioni. Dans tout cela, on ne regrettera alors que l'absence du commentaire audio de Jack Nicholson enregistré il y a plus de dix ans pour le DVD, apportant justement un regard inédit sur le film.

Liste des bonus : Le livre « L'aventure du désert : Profession : reporter » dirigé par Dominique Païni (160 pages), « Antonioni à propos de ‘Profession : reporter' » : extrait du journal de 13h du 15 mai 1975 avec Michelangelo Antonioni (5'), « Cinéma Cinémas : Antonioni, la dernière séquence » (14'), « Antonioni vu par Antonioni » ( 21'), « Mensonge amoureux » : le monde du roman-photo observé par Antonioni (12'), « Michelangelo Antonioni, le regard qui a changé le cinéma » (56'), Génériques du film en anglais ou italien, Bande-annonce.

 
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