LE DERNIER FACE à FACE
Faccia a faccia - Italie / Espagne - 1967
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Western
Réalisateur : Sergio Sollima
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Italien, anglais et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 112 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 4 juillet 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Dernier face à face  »
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LE PITCH
Brad Fletcher est un honnête homme qui déménage au Texas, au calme, afin de se remettre de ses problèmes de santé. Sur le chemin, il se fait prendre en otage par un hors-la-loi blessé. Brad, le voyant mal en point, va malgré tout le secourir et le soigner. Une fois remis sur pied, le bandit lui laisse la vie sauve et l'invite à parcourir l'Ouest américain comme un bandit. Brad accepte...
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L'idéaliste et le tueur

Il y l'incontournable Sergio Leone, le renégat Sergio Corbucci (Django, Le Grand Silence) et le plus discret Sergio Sollima pourtant responsable lui aussi d'une trilogie western épique et flamboyante avec, entre Colorado et Saludos hombre (suite indirecte du premier), Le Dernier face-à-face sans aucun doute l'œuvre la plus ambitieuse du cinéaste.

Même s'il s'en est toujours défendu, le troisième grand Sergio du western italien, s'est clairement montré plus politique dans ses angles que ses compères Sergio Leone, l'opératique et Sergio Corbbuci, le baroque formaliste. Sans doute moins explorateur de formes et de figures visuelles, Sergio Sollima donc, qui excellera tout autant par la suite dans le polar urbain avec La Cité de la violence et La Poursuite Implacable, approche finalement le western à la fois comme un cadre cathartique permettant de révéler les errances de ses contemporains, mais aussi comme une dette de cinéphiles au grand cinéma américain, John Ford en tête, et aux figures minérales du cinéma japonais, Kurosawa en particulier. D'où ces constructions de plans rigoureuses, élégantes, cette cohabitation organique et sublime entre l'homme et des paysages naturels écrasants et grandioses. Charges héroïques, scène de danse collégiale, personnages moins hâbleurs que le reste de la production ritale, ce classicisme apparent apporte un maintien net au Dernier face-à-face, mais permet aussi d'en rendre le propos sous-jacent plus subversif encore. Car si le sublime Colorado (ou La Reisa di conti) était au départ une trame de polar adaptée au cadre plus dans l'ère du temps de l'ouest sauvage, le second opus de la « trilogie » aurait tout autant pu être tournée dans un contexte réaliste et moderne. Ce professeur d'histoire plongeant un peu trop fougueusement dans cette bande de outcast recherchée dans tout le Texas, aurait tout aussi bien être un prof de faculté, petit bourgeois fasciné par les communautés anarchistes qui éclosaient un peu partout en Europe en ce temps là. Un parallèle constant, mais jamais traité avec lourdeur, laissé en filigrane derrière une étude de caractères trouble et passionnante.

 

miroir, miroir


Celle de deux figures du western, l'intellectuel précieux et le bandit aux airs de mexicain, confrontant leurs origines, leur vécus, leurs visions du monde (le cérébral contre l'instinctif) et finissant forcément pas se croiser dans leurs trajectoires personnelles. Beauregard va se découvrir un sens de la morale et un humanisme qu'il ne se connaissait pas, alors que Brad Fletcher va s'enfoncer peu à peu dans une réelle fascination pour le pouvoir et la violence, quitte à dévoyer totalement par une idéologie malsaine la communauté égalitaire qui l'avait accueilli. En arrière plan bien entendu, comme dans Colorado et Saludos Hombre, les vrais puissants assistent au spectacle à l'abri. Un film souvent brillant, complexe à l'écriture riche, sans doute aidé par le co-auteur Sergio Donati (Il était une fois dans l'ouest), qui s'impose comme l'un des westerns les plus adultes de son époque, culminant, il faut le dire, dans la confrontation à l'écran et en coulisse, des égos et des talents démesurés de Tomas Milian, le chien fou, et Gian Maria Volonté, l'acteur précis et minutieux.

Un travail qui sera malheureusement passé un peu inaperçu en son temps, autant par la profusion de western qui furent projeté cette année là, que par les coupes intempestives qu'il subit un peu partout. Pas de coupes de censure, mais bien de distributeurs, dont l'italien qui fit retirer à Solima pas moins de 45 minutes au cut initial. Des séquences officiellement perdues aujourd'hui. A cela s'ajoute, pour les USA et l'Europe, une bonne quinzaine de minutes supplémentaires permettant d'atteindre une forme de 90 minutes ne réduisant pas le nombre de séances dans la journée. Aujourd'hui enfin reconstitué dans sa version la plus longue possible, soit 112 minutes, Le Dernier face-à-face est toujours marqué par des effets de montages un peu curieux (l'excellent thème d'Ennio Morricone coupé en plein élan) ou des ellipses narratives inexplicables et bancales qui entachent la beauté de l'ensemble. Blessé certes, mais toujours fougueux.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Cas compliqué que celui du Dernier face-à-face qui ne pourra jamais malheureusement se hisser aux hauteurs techniques que certains de ses congénères de la même époque. Le master HD du montage international (le plus court), reste tout de même très accrocheur avec ses cadres restaurés, très propres et lumineux, désormais définitivement installés dans une colorimétrie chaude et contrastée. Quelques ombres au tableau tout de même avec une utilisation de filtres numériques qui certes préservent au maximum le grain de pellicule, mais qui entraine parfois un effet lissé et quelques artefacts qui paquettent dans les matières plus sombres.
Un travail que l'on retrouve en grande partie pour le très attendu montage « complet », mais accompagné donc de segment inédits issus d'une source SD fatiguée, mais unique existante à ce jour. La featurettes présente dans les bonus expliquent le soucis initial parfaitement, et force est de constater que pour sa première mondiale Wild Side Video a vraiment fait de son mieux, upgradant avec discernement les passages nécessaires, retravaillant les teintes et la définition pour que le film dans son ensemble reste cohérant. Pas parfait donc, mais il semble évident qu'en l'état des choses le maximum a été tiré du matériel disponible.

 


Son :
Proposée sur le montage international, la version anglaise DTS HD Master Audio mono est plutôt brute de décoffrage avec quelques intentions curieuses parfois dans les interprétations et les ambiances. Plus solide, le doublage français d'origine se montre plus pêchu et mieux balancé. Ce dernier est de retour pour la version longue du film, mais avec bien entendu les passages inédits constitués de la version italienne sous-titré. Quoi qu'il arrive on privilégiera la version la plus complète du film et sa piste italienne, elle aussi en DTS HD Master Audio mono, ne cachant jamais sa légère distance dû à la postsynchronisation, mais rendant bien mieux l'interprétation des deux acteurs principaux et mettant plus finement en valeur les compositions de Morricone.

 


Interactivité :
Etrangement, même à l'étranger, un métrage comme Le Dernier Face-à-Face n'est jamais accompagné de suppléments dignes de ce nom. L'édition de Wild Side Video devient alors donc assez facilement la plus complète, non pas car elle propose un documentaire rétrospectif (et c'est bien dommage), mais parce qu'elle propose tout d'abord, et pour la première fois, la version longue du film en HD. Un travail maison complété par une présentation très informative signé Jean-François Giré, éclairant les carrières de chacun, tirants quelques liens entre les trois westerns de Sollima et contant passionnément la distribution particulière d'un film un peu perdu dans la foule des films de ce genre sortis en 1967. Enfin, intégré dans la collection Bluray / DVD / Livre, Le Dernier face-à-face est à son tour agrémenté d'un joli packaging comprenant une soixantaine de page composés de photos du film et du tournage et d'une série de textes, toujours fournis, écris par l'historien de ciné bis Alain Petit.

Liste des bonus : le Blu-ray du film en version cinéma (94') et version longue (112'), le DVD du film en version longue (108'), un livre écrit par Alain Petit, illustré de photos et documents d'archives rares (60 pages), Entretien avec Jean-François Giré, spécialiste du western européen (13').

 
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