LA MORT A PONDU UN OEUF
La morte ha fatto l'uovo - Italie - 1968
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Genre : Thriller
Réalisateur : Giulio Questi
Musique : Bruno Maderna
Image : 1.85 16/9
Son : Italien DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 105 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 30 octobre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Mort a pondu un oeuf »
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LE PITCH
Marco est, avec sa femme Anna, à le tête d’une ferme à poules entièrement automatisée. Malheureux dans son couple, l’homme se rend parfois dans un hôtel pour y tuer des prostituées.
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Le loup dans le poulailler

Après seulement quelques mois, la collection Make My Day ! de Studiocanal, sous la supervision du journaliste Jean-Baptiste Thoret, s'impose déjà comme indispensable pour les cinéphiles en mal de nouveautés. Cette fois, pour son cinquième numéro, l'éditeur sort un film italien, rare, méconnu et difficilement classable. Découverte.

Marco (Jean-Louis Trintignant, plus énigmatique que jamais) est patron d'une entreprise de volailles. Enfin, patron... la ferme appartient surtout à sa femme, la belle Anna (Gina Lollobrigida, forcément magnifique). Italienne radieuse, volcanique même, qui avec sa beauté et sa verve méditerranéenne passe difficilement inaperçue. Tout le contraire de Marco, timide et réservé, qui peine à exprimer ses émotions et promène son corps frêle de réunions en séminaires sans jamais vraiment prendre la parole ni beaucoup échanger avec ses pairs. Un tempérament effacé qui dissimule évidemment une autre personnalité, plus sournoise et dangereuse, qui s'éveille d'abord lorsqu'il réussit à organiser des rendez-vous galants avec sa jeune et jolie secrétaire (Ewa Aulin, sulfureuse!) sous les yeux même de sa femme et surtout lorsqu'il se rend de temps en temps à l'hôtel pour y égorger des prostituées. Une façon comme une autre de laisser enfin s'exprimer des pulsions jusque là réfrénées, qui vont se révéler aux yeux du jeune loup Mondaini (Jean Sobieski, autre français du casting), alors prêt à fomenter un plan (avec la jeune secrétaire) pour se débarrasser de l'entrepreneur.

 

giallo coupé à l'eau


Au bout de quelques minutes seulement, une question s'impose : La Mort a pondu un œuf est-il un Giallo ? Compte tenu de son atmosphère et des meurtres perpétrés, sans doute, mais au fur et à mesure que le film avance, Giulio Questi abat les cartes d'un scénario à tiroirs dans lesquels logent différents thèmes qui n'ont pas forcément grand-chose à voir avec le genre : critique sociale avec ces ouvriers qui manifestent suite à la transformation de leur ancienne usine en ferme high tech autonome, critique également d'une certaine bourgeoisie italienne aux mœurs plus ou moins déviantes, critique encore d'une science dangereuse et sans éthique, prête à se rendre complice d'une industrie capitaliste et immorale. Avec, en fil rouge, des poules pondeuses élevées en batterie, déplumées sans ménagement et tuées avec cruauté. Le microcosme des gallinacés condamnés d'avance rappelant bien évidemment le quotidien d'humains en apparence plus évolués mais promis finalement au plus ou moins même sort. Pour habiller tous ces thèmes, Questi recourt à tout un arsenal d'effets cherchant à créer un sentiment de malaise chez le spectateur : l'usage abusif du gros plan, du flou, du zoom, de l'image décadrée ; auxquels s'ajoutent la musique déstructurée de Bruno Maderna et la très belle photo de Dario Di Palma.

Aucun doute, formellement, La Mort a pondu un œuf a des atouts majeurs. Malheureusement, son rythme haché et la sensation de ne jamais savoir vraiment où veut en venir le réalisateur (accentué par un twist de dernière minute qui remet encore plus en doute son appartenance au genre) l'handicape fortement. Subsiste la sensation d'avoir assisté à une œuvre étrange, rare, improbable mélange entre Fellini, Bava ou encore Godard et propre, malgré les apparences, à rester longtemps imprimée sur la rétine.

Laurent Valentin




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Image :
Sublime ! Le travail de restauration est vertigineux. Les couleurs sont éclatantes (magnifiques reflets vermeilles sur les lèvres pulpeuses de Gina Lollobrigida et Ewa Aulin) et les contrastes saisissants. A peine peut-on discerner quelques grains subsistants ici ou là, mais pour un film qui semblait presque perdu et dont la seule copie disponible était de mauvaise qualité et tronquée, c'est proprement magnifique.

 


Son :
L'atmosphère étrange et dérangeante du film doit beaucoup à sa bande son et musicale. La seule piste stéréo (et en Italien seulement!) suffit à faire le boulot et on parie que les nombreuses séquences cannibalisées par les caquètements des poules vont transformer un certain nombre de salon en véritable poulailler.

 


Interactivité :
L'éditeur n'a pas ménagé sa peine et trouvé un maximum de suppléments en rapport avec son sujet. D'abord, passage obligé, Jean-Baptiste Thoret propose une présentation du film (à mater avant ou après la projection) dans laquelle il revient sur les comédiens et le réalisateur mais surtout sur le statut d'oeuvre totalement à part, voire inclassable, du film. Vient ensuite une conversation avec Giulio Questi (datant de 2009) dans laquelle le cinéaste italien parle de sa liberté d'expression et de son travail de documentariste qui l'a aidé dans sa carrière de cinéaste. Un documentaire sur Jean-Louis Trintignant (daté de 2005) prend ensuite le relai. L'acteur y revient sur une foultitude d'anecdotes, d'Un Homme et une Femme qui le révéla à Le Maître Nageur, sa réalisation (très personnelle) se déroulant presque entièrement dans une piscine, en passant par le western Le Grand Silence, où il dit être responsable de l'échec du film à cause de la fin qu'il imposa presque à Sergio Corbucci. Enfin, un entretien sur Giulio Questi clôt la section suppléments. Présenté par James Blackford, producteur de DVD et Bluray pour le British Film Institute, le passionné y revient sur la vie du réalisateur, ses opinions politiques, sa toute petite carrière cinématographique (trois films seulement) et ses plus grandes influences. Extrêmement intéressant pour qui veut en savoir plus sur cet artiste totalement à part.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (5'58) ; Interview de Giulio Questi (12'37) ; Jean-Louis Trintignant, J'ai rendez-vous avec vous (51'05) ; A la découverte de Questi (19'47).

 
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