RAY HARRYHAUSEN : LA TRILOGIE SINBAD
The 7th Voyage of Sinbad, The Golden Voyage of Sinbad, Sinbad & the Eye of the Tiger - Royaume Uni / Etats-Unis - 1958, 1973, 1977
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Ray Harryhausen : La Trilogie Sinbad  »
Image : 1.66 16/9
Son : Français & Anglais DTS HD Master Audio 2.0 Mono et 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 306 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 28 mars 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Ray Harryhausen : La Trilogie Sinbad  »
portoflio
LE PITCH
Sur l’île magique d’Odessa, le marin Sinbad affronte des cyclopes pour sauver sa dulcinée / Sinbad et le Vizir de Marabia font alliance pour récupérer une amulette magique avant le prince Koura / Avec l’aide du sage Melanthius, Sinbad se lance en quête du continent perdu de Lemuria…
Partagez sur :
1 génie, 2 associés et un cyclope

Si Le 7ème voyage de Sinbad est disponible en France depuis plus de dix ans dans une très belle copie haute-définition et accompagnée de suppléments conséquents (mais avec une jaquette très moche), ni Le Voyage fantastique, ni L'Oeil du Tigre, ses deux suites tardives, n'avaient pu passer le cap du DVD. Un oubli réparé par Sidonis Calysta qui regroupe enfin la trilogie dans un coffret blu-ray indispensable malgré une interactivité bien chiche.

Et d'ailleurs, puisque l'on parle de « suites » et de « trilogie », dans le cas des aventures de Sinbad, c'est sans doute faire un peu fausse route. En changeant de metteur en scène, de casting et d'équipe technique à chaque film mais en conservant la même structure narrative, le duo complémentaire Ray Harryhausen / Charles H. Schneer, le magicien et le producteur, s'est livré à un drôle d'exercice de style : raconter trois versions de la même histoire. Car, pour ce brave Sinbad, d'un film à l'autre, rien ou presque ne change. Une rencontre en mer, une escale qui lance l'intrigue, un sorcier, une île (forcément) mystérieuse, la quête d'une source de pouvoir, des créatures mythologiques, un climax en forme de combat de titans et, enfin, un baiser pour sceller l'idylle entre le héros et sa belle compagne. Simple comme bonjour, la formule ne s'enrichit que de variantes subtiles dans le bestiaire ou les personnages secondaires.
Curieusement, Le 7ème Voyage de Sinbad n'a jamais été conçu comme le point de départ d'une franchise potentielle. Sur ce sujet, le titre ne laisse aucune place au doute. En se référant à la fable perse dont Sinbad est le protagoniste, on apprend que le marin légendaire ne fit que sept voyages. Le film de Nathan Juran ne se concentre donc que sur la dernière aventure de Sinbad. Plutôt qu'un coup d'envoi, nous voici donc conviés à une apothéose. La barre est placée haute.

 

le conte est bon


Aussi désuet qu'il puisse paraître aux yeux d'un public gavé aux CGI et aux blockbusters sous stéroïdes, le spectacle proposé par Le 7ème Voyage de Sinbad demeure un modèle absolu de concision et de poésie. En un peu moins d'une heure et demie et avec un budget modeste, Nathan Juran et Ray Harryhausen alignent autant de morceaux de bravoure que dans un Marvel pété de thunes et ce, sans jamais sacrifier les notions de magie et d'émerveillement sur l'autel du rythme à tout prix. Tout est une question d'équilibre et le rôle de Nathan Juran n'a probablement pas assez été mis en avant par les historiens du cinéma. Plutôt que de se résigner à jouer les faire-valoir (comme le feront ses successeurs), le cinéaste accompagne les tours de passe-passe du génie Harryhausen en évitant de les souligner bêtement. Rompu aux techniques de l'animateur pour avoir déjà mis en scène l'excellent A des millions de kilomètres de la Terre, Nathan Juran limite au strict minimum les mouvements d'appareils et fait avancer l'histoire en usant de sa science du cadre et du découpage. En découle une remarquable sensation de fluidité où chaque plan s'apparente à une gravure animée et sublimée par le score fantasmagorique de Bernard Herrmann.
On peut certes regretter que les acteurs n'aient pas grand-chose à faire (encore que Torin Thatcher excelle dans le rôle du bad guy Sokurah) mais la valeur d'une telle œuvre est à chercher ailleurs et notamment dans les centaines de vocations qu'elle a pu faire naître. John Landis, Phil Tippett, Dennis Murren, George Lucas, Steven Spielberg, Joe Dante, Peter Jackson, James Cameron et tant d'autres encore ont payés leur dette à un film qui occupe une place de choix dans leur panthéon personnel. La référence, l'emprunt, le clin d'œil, Ray Harryhausen y cède lui aussi en concevant un affrontement entre un cyclope et un dragon ô combien évocateur de celui qui, 25 ans plus tôt, opposa un certain King Kong à un T-Rex, un duel animé par Willis O'Brien. La boucle est bouclée.

 

nouveaux voyages


Occupé pendant une décennie à la conception de Jason et les Argonautes, des Premiers Hommes dans la Lune (à nouveau réalisé par Nathan Juran) et de La Vallée de Gwangi, Ray Harryhausen ne retrouve Sinbad le marin que sur le tard, au début des 70's et toujours sous l'impulsion du producteur Charles H. Schneer et de la Columbia. Ecrit par Brian Clemens (Chapeau Melon et Bottes de Cuir ainsi qu'une poignée de productions Hammer) et mis en scène par le téléaste Gordon Hessler, Le Voyage fantastique de Sinbad tente le grand écart entre le conte familial à l'ancienne et le film d'aventures rugueux et sombre, caractéristique de son époque. John Phillip Law (Danger Diabolik de Mario Bava) tente une approche un peu plus virile et réaliste du personnage de Sinbad tandis que Caroline Munro, éclatante de beauté, exhibe fièrement un décolleté vertigineux. Un soupçon de machisme et de sexe, juste histoire d'appâter un public de plus en plus friand de spectacles sulfureux. Manque de pot, les deux tourtereaux manquent de conviction et leurs prestations sentent le nanar. Quant à Gordon Hessler, professionnel sans panache, il filme assez platement une intrigue intéressante mais qui n'a pas la simplicité, ni même le charme, de celle du film précédent.
Il reste pourtant de nombreuses raisons de se réjouir. Outre les créations virtuoses d'Harryhausen (la déesse Khali et ses six bras !) et le score romantique et envoûtant du vétéran Miklos Rosza, le point fort de ce second voyage se nomme Koura, sorcier méphistophélique brillamment incarné le comédien britannique Tom Baker. Dans un rôle qui lui servira à convaincre la BBC de lui confier la quatrième incarnation de Doctor Who, Baker vole la vedette à .. à peu près tout le monde ! Aimant créer l'illusion de la vie à partir de matières inanimées, marionnettiste luttant contre les ravages du temps, Koura n'est autre que le double maléfique de Ray Harryhausen lui-même et son arc narratif donne au Voyage fantastique de Sinbad une double lecture à la fois savoureuse et douce-amère.

 

La sorcière mal-aimée


Imparfait mais passionnant, le deuxième voyage de Sinbad aurait aisément pu servir de conclusion, le personnage et le concept n'ayant plus grand-chose de neuf à offrir. Mais le succès incite Charles H. Schneer et Ray Harryhausen à remettre le couvert une troisième fois. Mal leur en a pris tant Sinbad et l'œil du Tigre fait parfois pitié à voir. Ouvertement destiné à un public de moins de douze ans mais ne rechignant pourtant pas à verser dans un érotisme bon marché en dénudant gratuitement les superbes Jane Seymour et Taryn Power, le film de Sam Wanamaker illustre mollement un scénario excessivement paresseux. Fils de John, Patrick Wayne remplace John Phillip Law dans le rôle-titre en se proposant de jouer encore moins bien (un bel exploit) et affronte une sorcière pathétique qui passera les trois quarts du film à râler tel un clone de Marthe Villalonga sur une barque futuriste propulsée par le Minoton, colosse de métal (ou de plastique, on ne sait pas trop) tantôt animé par Ray Harryhausen, tantôt incarné dans un costume ringard par Peter Mayhew, Chewbacca en personne ! Du remplissage pas très finaud entre les apparitions désormais routinières mais toujours très soignées de bestioles en tout genre. Mention spéciale au prince transformé en babouin et au troglodyte géant, version pacifique du cyclope d'antan. Les fans de Doctor Who peuvent également se réjouir du cabotinage de Patrick Troughton dans un rôle de vieux sage, croisement d'Archimède et de Gandalf. Des miettes de satisfaction dans un océan d'ennui où les restrictions budgétaires se font de plus en plus visibles avec des incrustations bâclées. Le cœur n'y est plus. La même année, en 1977, Ray Harryhausen se fait voler la vedette par un de ses disciples, le Star Wars de George Lucas. La nouvelle génération prend le pouvoir et Sinbad rentre au port, pour de bon. Dreamworks tentera bien de ressusciter le personnage en 2003 via un film d'animation sympathique baptisé Sinbad : La Légende des Sept Mers. En vain.

Alan Wilson
















Partagez sur :
 

Image :
Reprenant les masters HD découverts depuis un moment déjà du coté des USA ou de l'Angleterre (ce sont donc des sources fournies par Sony directement), le coffret délivre des copies qui peuvent dater un peu aujourd'hui (10 ans ça va vite en Home Cinema), mais toujours aussi soignées et équilibrées malgré des difficultés techniques évidentes. C'est essentiellement le cas pour la copie relativement propre mais un peu terne de Le 7ème Voyage de Sinbad qui souffre d'une définition parfois très en retrait et de plans au grain de pellicules imposants. Même constat pour Le Voyage Fantastique même si les couleurs se font un peu plus vives. C'est finalement le moins bon film du lot (et le plus récent) qui donne les meilleurs résultats. Sinbad et l'œil du tigre affiche une belle profondeur de champs et de contrastes solides qui rendent encore plus évidentes les incrustations douteuses d'acteurs se déplaçant devant un décor en rétroprojection.

 


Son :
Harmonieux et dynamiques, les mixages 5.1 ne feront peut-être pas trembler votre caisson de basse (ce n'est pas ce qu'on leur demande) mais ils font plaisir à entendre et laissent le champ libre à des dialogues claires et sans souffle ainsi qu'à une musique omniprésente et enveloppante. Le relief est moindre sur les pistes mono et stéréo d'origines mais le résultat est propre. Privilégiez toutefois les versions originales car, même si le doublage français est de qualité, l'équilibre entre dialogues, effets et musique n'est pas tout à fait le même.

 


Interactivité :

La déception est de taille. Seul Le 7ème Voyage de Sinbad est pourvu de suppléments mais il ne reprend que deux maigres documents du blu-ray de 2008 (une featurette d'une vingtaine de minutes sur l'héritage artistique de Ray Harryhausen et le spot promotionnel d'époque sur le procédé Dynamation) dans un encodage à la définition standard. Le commentaire audio et le reste de l'interactivité ont disparu.
A l'exception d'une bande annonce chacun, les deux autres films sont complètement à poils et l'on ne retrouve ni les suppléments des éditions DVD, ni le contenu toujours inédit des superbes éditions américaines de Twilight Time (épuisées) et qui proposaient documentaires et pistes musicales isolées. Une belle occasion manquée même si l'on remercie Sidonis Calysta de rendre à nouveau disponibles des titres devenus rares. Une prochaine fois ?

Liste des bonus : L'héritage de Ray Harryhausen (24'), Et voici... la Dynamation ! (3'), Bandes-annonces.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021