CHACAL
The Day of the Jackal - France, Royaume-Uni - 1973
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Image de « Chacal  »
Genre : Thriller
Réalisateur : Fred Zinnemann
Musique : George Delerue
Image : 1.85 16/9
Son : Français et anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 143 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 28 février 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Chacal  »
portoflio
LE PITCH
En 1962 l’attentat du Petit-Clamart, qui a vu la vie du président De Gaulle menacée, est déjoué. L’OAS (Organisation de l’armée secrète) qui a commandité la tentative d’assassinat ne s’avoue pas vaincue : elle engage un tueur professionnel sans identité, sans lien véritable avec l’extérieur pour la somme de 550 000 dollars. Cet homme mystérieux est surnommé « le chacal »…
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sept ans de reflexion

Était-ce la crainte de se mesurer aux jeunes loups du nouveau cinéma des années 70 qui fit attendre Fred Zinnemann si longtemps ? Prolifique réalisateur (41 films de 1936 à 1982), lauréat pour la deuxième fois de l'oscar du meilleur film en 1966 avec Un homme pour l'éternité (après Tant qu'il y aura des hommes en 1954), on imagine que le cinéaste avait la liberté d'enchaîner sur à peu près ce qu'il voulait. Mais il fallut attendre sept ans pour que sorte Chacal. Comme si se mesurer à Gavras, Pakula, Coppola et consorts sur leur terrain de jeu préféré, celui du « thriller politique », méritait introspection et réflexion. Manière pour lui, peut-être, de réinventer son style pour l'adapter à l'esthétique d'une décennie qui aura bouleversé le cinéma.

Que Zinnemann s'aventure en terrain risqué n'a au fond rien d'étonnant. De style classique, il est néanmoins un cinéaste particulièrement audacieux, aussi bien formellement (l'action en temps réel du Train sifflera trois fois) que thématiquement (avec Tant qu'il y aura des hommes fresque pacifiste sur fond d'adultère). Logique donc, de le voir quitter Hollywood pour adapter un roman au sujet politique encore brûlant : Chacal de Frédéric Forsyth, récit de la traque par la police française d'un tueur mandaté par l'OAS pour abattre Le Général de Gaulle. Et Zinnemann le fait en se pliant de bonne grâce aux codes de l'époque, très éloignés des canons classiques : une mise en image brute, une utilisation récurrente du zoom et de la caméra portée, et une absence de musique quasi-totale (Zinnemann ne semblant malheureusement garder du travail de Georges Delerue qu'un seul thème, à peine présent dans le film et pourtant particulièrement efficace). Côté montage, Zinnemann a recours à un découpage ciselé, multipliant les séquences courtes et dynamiques au sein d'une narration très fluide.

 

au risque de se perdre


Tout était donc réuni pour nous offrir un bon petit classique... Mais la recette ne prend pas totalement. Le sens du rythme y est, certes, mais le réalisateur, bien décidé à oublier les leçons du classicisme, ne fait pas varier son tempo. Et passé une première heure haletante, l'homogénéité du rythme finit par nuire à un récit qui s'étire au-delà du raisonnable (2h23 au compteur). Autre reliquat des seventies, la notion de héros est malmenée. Zinnemann prend la décision semble-t-il consciente de sous-écrire les personnages, de les déshabiller de toutes motivations intimes. Une tentative d'épure passionnante en théorie mais qui ne peut fonctionner qu'avec une incarnation de premier ordre qui permettrait au spectateur de saisir l'intériorité des personnages. Ça fonctionnait avec les grands de l'époque (Gene Hackman, Roy Scheider pour ne citer qu'eux), mais sûrement pas avec Edward Fox, qui campe un Chacal sans motivation, se terrant dans une obstination aveugle qui pourrait relever d'une psychopathie fascinante si elle n'était pas le signe du manque de talent de son interprète. Le flic est lui incarné par Michael Lonsdale, comédien comme à son habitude fort sympathique, mais au jeu monolithique, pas vraiment adapté à ce rôle de policier chargé de traquer l'ennemi public n°1.

Restent les enjeux politiques, dont la lecture est toujours attendue dans un film de l'humaniste Zinnemann. Alors que le contexte (la fin de la guerre d'Algérie, la chute de l'OAS, l'attentat du petit Clamart) est annoncé avec force dans une excellente introduction, Zinnemann s'en détourne rapidement pour ne s'intéresser qu'à la traque. Un parti pris quelque peu frileux, mais pas suffisamment pour lui éviter la détestable censure de plusieurs séquences traitant de la Guerre d'Algérie pour la sortie salle française. Mais, même dans sa version complète, l'aspect politique se révèle au fil du film n'être qu'un prétexte. Dommage pour ce Chacal qui se prive d'un enjeu fort, et qui finit, un défaut après l'autre, et malgré un final particulièrement tendu, par manquer sa cible.

François Willig






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Image :
La copie est très propre, bien contrastée avec des couleurs très présentes et un grain de pellicule présent et organique. Du beau travail, malgré quelques petits artefacts et de légère vibrations de la pellicule à certains endroits.

 


Son :
La piste VO est très bonne. Le film bénéficiant d'un traitement réaliste, il ne faut pas s'attendre à beaucoup d'emphase, mais les ambiances sont bien là et les dialogues sont parfaitement bien mixés.
La VF est correcte malgré, comme toujours dans les films d'époque, une piste de dialogues qui a tendance à prendre le pas sur le reste. A noter que lors des passages censurés, le film repassera sur la piste VO.

 


Interactivité :
Avec "Dans la ligne de mire", Julien Comelli nous présente le film en le resituant dans son contexte avec forces anecdotes et précisions historiques. La mise en image est minimaliste mais le propos est clair et très intéressant. L'interview de l'élégant Michael Lonsdale (Casablance, la foi et le cinéma) est, elle, intéressante par moments (notamment un récit de tournage un peu spécial avec Joseph Losey !) mais trop longue et parfois confuse. Suivent un making-of d'époque à Paris qui livre quelques infos intéressantes et une interview de Zinnemann. Deux bonus courts (moins de 3 minutes) mais pas inintéressants malgré une absence de contextualisation (pourquoi et pour qui ont été réalisés ces sujets ?). On finit par l'efficace bande-annonce d'époque et par une galerie de photos d'exploitation.

Liste des bonus : Dans la ligne de mire : documentaire de Julien Comelli et Erwan Le Gac - Casablanca, la Foi et le Cinéma : entretien avec Michael Lonsdale - Featurettes d'époque : Le tournage à paris - Interview d'époque avec Fred Zinneman - Bande-annonce d'époque - Galerie photo

 
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