SUSPIRIA (2018)
Italie, Etats-Unis - 2018
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Horreur
Réalisateur : Luca Guadagnino
Musique : Thom Yorke
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 anglais et français
Sous-titre : Français
Durée : 152 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 3 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l’espoir d’intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile. Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent…
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succubus dance

Personne ou presque n'en voulait et pourtant le remake de Suspiria, chef d'œuvre baroque et eternel de Dario Argento, existe désormais bel et bien. Surprise, loin du décalque sans envergure, la proposition de Luca Guadagnino (Call Me By Your Name) s'avère radicale, puissante, impétueuse et surtout un négatif habile de son modèle.

Forcément en refusant d'emblé de satisfaire à la fois les amateurs premiers de films d'horreur démonstratifs et de se confronter directement avec la photographie diabolique et éclatante de Luciano Tovoli, tout en prenant une distance polie avec la structure évanescente du conte baroque, Guadagnino prend clairement à contrepied les attentes de nombreux spectateurs. Quitte a provoquer un rejet total de certains. Pourtant, au-delà des allusions existantes au métrage d'Argento (l'apparition de Jessica Harper, le détournement de scènes connues), cette construction en « contre » relève d'une vraie marque d'amour et de respect, qui lui permet alors de se réapproprier totalement le sujet initial. Il est toujours question de la découverte par une jeune américaine d'un ordre de sorcières qui dirige une école de danse, mais l'action ne se situe plus dans une Fribourg romantique et ensorcelée, mais dans le Berlin de 1977 (année de sortie de...) froid, bétonné, scarifié par un mur qui scinde la ville en deux, plongé dans une atmosphère délétère marquée par la Guerre Froide, les agissements de la bande à Baader et une culpabilité allemande loin d'être intégrée. Une actualité violente omniprésente, très loin du microcosme enchanté d'Argento, dont la réalité concrète, vient constamment envahir l'univers d'un film désormais plus marqué dans son identité formelle par un certain cinéma européen de ces années-là, comme en attestent les présences dans le cercle des sorcières d'une Ingrid Caven échappée du cinéma de Fassbinder ou Renée Soutendijk ancienne muse de Paul Verhoeven. Plus cru, plus froid mais non moins façonné, et surtout plus complexe, alambiqué voir cryptique.

 

doppelgänger


Le Suspiria de 2018 n'a d'épuré que les lignes de forces de ses plans, constamment malmenées par des angles curieux, des effets de montages tranchants et des inserts nébuleux. Le film s'efforce de mettre en place un jeu de miroir obsédant entre les forces obscures de l'extérieur et celle de l'intérieur, une corporalité malmenée et une élévation spirituelle qui exige une chair mise à nue, et une féminité étalée, omniprésente, triturée, arrachée, meurtrie mais célébrée et libérée. Il n'est donc pas uniquement question ici de l'identité trouble d'une mère dévoreuse d'enfants prenant tour à tour les traits de l'hypnotique Madame Blanc (Tilda Swinton impressionnante), mais aussi de la monstrueuse Helena Markos (Tilda Swinton à nouveau impressionnante) ou d'une mort insaisissable, mais aussi d'un affranchissement violent d'une nouvelle génération de filles symbolisées par une surprenante, et subtilement intériorisée Dakota Johnson. Tout alors n'est que superposition, association de symboliques, multiplication de rituels, cohabitation de vie effrénée, de sexe et de mort, où l'horreur existe toujours, mais essentiellement sous la forme d'une présence lugubre, malsaine et étouffante que le metteur en scène ne laisse jaillir qu'à de très rare occasions, mais avec une vigueur généreusement grotesque. Une messe noire qu'il annonce aussi merveilleusement dans la sublime et violente chorégraphie du ballet moderne Volk, qui culmine naturellement dans une gigantesque bacchanale Grand Guignol qui lui donne alors des petits airs de frères siamois du The Lords of Salem de Rob Zombie.

Un voyage pénétrant, parfois languissant mais fascinant et flippant dont toutes les clefs ne sont pas aisément accessibles (tout le voyage parallèle du vieux psychiatre va rester un mystère pour beaucoup) mais ce Suspiria s'apparente à un tour de force admirable qui redonne aux Trois Mères de Dario Argento et Dario Nicolodi une autorité païenne renouvelée, sauvant les créatures de premier Suspiria et d'Inferno des lamentables griffes du Mother of Tears craignos.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Découvrir encore des longs métrages modernes qui optent pour la pellicule fait forécement plaisir, surtout pour aboutir à un tel résultat plastique. Ne singeant jamais l'opulence du film d'Argento, la photographie travaillée par Sayombhu Mukdeeprom (Call Me By Your Name) repose sur des cadres beaucoup moins saturés (en dehors des rouges, cela va de soi), voir volontairement ternes sur certaines teintes, mais qui s'imposent toujours naturellement grâce à la puissance du Super 35mm des caméras Arriflex et un rendu organique, vibrant. L'image est superbe, admirablement définie, mais discrète, et dotée d'une définition qui ne montre qu'un peu de faiblesses dans les très courts plans incluant quelques effets digitaux. Quel dommage de ne pas pouvoir profiter d'un tel matériau sur support 4K.

 


Son :
Si les américains non plus n'ont pas eu le droit à une sortie UHD, ils ont cependant pu profiter d'un mixage Dolby Atmos plébiscité pour son mélange de force et de finesse. Reste pour le cinéphile français un mix DTS HD Master Audio 5.1 forcément un chouia moins fluide mais tout de même extrêmement généreux dans son jeu constant avec les ambiances d'un métrage des plus oppressants. Le bruit des pas des danseuses, les mouvements des corps, la musique retransmise par de vieux haut-parleurs et cette présence constante qui semble peu à peu envahir le parc d'enceintes. Plus qu'efficace en effet.

 


Interactivité :
Pari un peu fou, projet impressionnant par son casting et ses choix radicaux... il n'est cependant accompagné que de trois malheureuses featurettes mises en boite par Amazon lors de la promotion du film. Un segment qui sert de court making of et évoque l'admiration de Guadagnino pour Argento, un autre qui se consacre aux chorégraphies et enfin une conclusion sur les effets spéciaux et les maquillages en latex. Ce ne sont là que des thèmes pertinents mais avec des durées ne dépassant pas les quatre minutes, on reste forcément sur notre faim.

Liste des bonus : Making of ; la danse ; les maquillages.

 
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