LES AFFAMEURS
Ben of the River - Etats-Unis - 1952
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Western
Réalisateur : Anthony Mann
Musique : Hans J. Salter
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 91 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 19 mars 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Glyn McLyntock, un homme au passé trouble, escorte une caravane de pionniers lancés dans un long voyage qui doit les mener en Oregon. Au cours de ce périple, plusieurs dangers les menacent : les indiens, les obstacles naturels, des chercheurs d’or prêts à tout.
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Nourritures terrestres

Réhabilité tardivement malgré une suite constante de succès populaires en leur temps, les superbes collaborations entre le cinéaste Anthony Mann et l'acteur James Stewart ont abouti en un corpus fascinant de cinq westerns moraux et crépusculaires dont Les Affameurs reste, pour les fins gourmets, une certaine idée de la perfection.

Et cette réussite fascinante repose en premier lieu sur la limpidité première du scénario élaboré par Borden Chase (Vera Cruz), auteur talentueux et prolifique dans le genre, qui invoque sobrement une trajectoire en ligne droite, celle du film de pionner, d'un groupe de colons tentant de traverser le continent pour s'installer sur une terre promise. Un voyage parsemé de dangers prenant la forme d'une nature hostile (l'hivers qui approche), des autochtones menaçants (des indiens presque invisibles sur leurs terres) et des différents compatriotes aussi sympathiques que des truands, des voleurs et bien entendu de riches citadins qui entendent bien profiter de la détresse de la communauté ("les affameurs" du titres français). Sauf que bien entendu James Stewart veille au grain. Cet ancien symbole de l'idéal américain n'est plus tout à fait le même depuis son retour de la Seconde Guerre Mondiale, et ne s'intéresse plus qu'à des personnages plus complexes, durs voir hantés comme c'est le cas ici. Si très souvent chez Anthony Mann le héros (terme très valorisé dans ses films) ne le devient vraiment que par le chemin qu'il traverse et la rédemption qu'il y trouve, Glyn McLyntock est ici un homme déjà transformé dont on se doute de sa prise de distance récente avec une première carrière beaucoup moins recommandable. La question première de Ben of the River étant de savoir si le personnage va réussir à se maintenir sur cette nouvelle voie et ce malgré les nombreuses tentations et facilités qui vont se dresser tout au long du film. A commencer par Cole (Arthur Kennedy magistral), presque un double, plus charmeur, plus expansif et actif, mais dont l'amitié profonde née presque comme un coup de foudre après un lynchage avorté, va se muer en affrontement purement symbolique, jeu de miroir et expiation.

 

tirer plus vite que son ombre


Un cheminement central, obsédant, mais traité avec subtilité, discrétion, et qui vient se marier avec l'évolution tout aussi creusée de personnages secondaires, allant de la jolie Julie Adams qui murie à vue d'œil, le fougueux Rock Hudson qui réussit à se défaire de l'influence de Cole ou enfin le vertueux meneur de caravane incarné par Jay C. Flippen qui va revoir ses jugement hâtif et devenir un personnage plus tolérant. Un western a visage humain, mais qui là encore ne fait que refléter les changements révolutionnaires qui s'opèrent dans ce pays naissant, qui se tourne vers un abandon du monde sauvage et  une civilisation qui d'accueillante et chaleureuse va rapidement se muer en coupe-gorge façonné par les industriels, les profiteurs et les bandits de tous bords. La terre promise semble bien souvent déjà perdue dans Les Affameurs, et ce malgré le happy-end de circonstance, mais heureusement Mann réussit à en capter les derniers éclats grâce à une première expérience du Technicolor déjà maitrisée, une nature célébrée par des profondeurs de cadres et un hors champs presque onirique et un sens de l'aventure jamais mis à défaut. La réalisation délicate, minutieuse et discrète est d'autant plus belle qu'elle est au service d'un western haletant, sans temps mort, classique dans ses grandes lignes, mais d'une richesse rare. Certains l'évoquent comme le plus beau de tous les westerns américains, et ils n'ont sans doute pas tort.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Une fois n'est pas coutume, Rimini damne le pion de son collègue américain Kino Lorber en proposant avec quelques semaines d'avances la nouvelle copie, enfin HD, de Les Affameurs. Bonne nouvelle d'autant que celle-ci s'avère particulièrement belle, à une distance salutaire des anciens masters croisés sur DVD. Les couleurs retrouvent toute leur force, la profondeur vient souligner les constructions scéniques, la définition est le plus souvent ultra précise et la plupart des traces de pellicules ont été effacées. Les Affameurs est cependant un film de 1952, tourné en Technicolor, technique reposant sur trois couches de couleurs dont les matériaux ont tendance à perdre de leur souplesse avec les années. Cela se voit ici régulièrement sur les grands plans d'ensemble où un liseré vert-jaune déborde légèrement sur les autres éléments de l'image. Un défaut récurent de ce type de production, et incroyablement coûteux et lent à faire disparaitre (Warner a plutôt réussi son coups avec Autant en emporte le vent), tout autant d'ailleurs que les aspérités neigeuses dans les fondus enchainés. En l'état, la copie bluray de Les Affameurs est donc une petite merveille.

 


Son :
Le mono est bien entendu de rigueur ici mais avec d'un coté un bon vieux doublage français comme on en fait plus (mais avec une balance forcément plus plate) et une version originale qui a gagné en clarté et en stabilité, frôlant à mainte occasion une jolie pureté.

 


Interactivité :
Après Les Vikings, Rimini s'essaye a nouveau au coffret mêlant copie Bluray, disque DVD et riche livret piqué au cœur du digibook. Sauf qu'en guise de livret il s'agit ici du numéro complet de la revue L'Avant-scène cinéma consacrée ce mois-ci à... Les Affameurs. Un ouvrage qui se conclue comme de coutume par un découpage complet du film, mais dont la première moitié permet aux rédacteurs de s'intéresser successivement au film en question, aux collaborations entre Stewart et Mann, aux Western de Mann et enfin à l'ensemble de la filmographie avec une logique d'ouverture progressive imparable. Des articles passionnants et assez accessibles qui délivrent peu ou proue toutes les clefs de compréhension.
L'édition n'en reste cependant pas là et délivre sur les galettes deux objets supplémentaires. D'un coté une discussion synthétique et enthousiaste entre les journalistes Mathieu Macheret et Bernard Benoliel et un document très rare : une longue interview audio de James Stewart. Pas d'image, mais une discussion bourrée d'anecdotes, de réflexions sur le cinéma et ses diverses collaborations qui témoignent, entre autres, de la grande élégance de cette star comme on en fait plus.

Liste des bonus : un fac-similé du numéro de mars 2019 de la revue L'Avant-scène Cinéma, consacré aux Affameurs (100 pages), Conversation entre Mathieu Macheret et Bernard Benoliel (41'), Interview audio de James Stewart par Joan Bakewell (74'), Bande annonce.

 
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