CARMEN JONES
Etats-Unis - 1954
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Carmen Jones »
Réalisateur : Otto Preminger
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 5.1 et PCM 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 105 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 29 mars 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Carmen Jones »
portoflio
LE PITCH
Jacksonville durant la seconde guerre mondiale. A la caserne militaire locale est couplé un atelier de confection de parachutes où travaille la volcanique Carmen Jones. A la suite d’une violente altercation entre la jeune femme et l’une de ses collègues, le caporal Joe, futur élève pilote, reçoit l’ordre de son sergent de prendre la route pour Masonville afin d’y remettre Carmen aux autorités civiles. Mais la Jeep s’embourbe dans une mare. Là, Joe succombe aux charmes de la sé...
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L'oiseau rebelle

Projeté pour la première fois en France presque 30 ans après sa sortie américaine (bloqué par des descendants un peu obtus), Carmen Jones est le plus souvent observé avec une certaine défiance dans nos contrés. On ne touche pas ainsi impunément à une œuvre sacrée de notre patrimoine !

C'est certainement la petite fibre de fierté française qu'il faut bousculer de prime abord pour accepter le postulat initial de ce Carmen Jones très américain. Le spectacle qui se déroule devant les yeux médusés de l'amateur premier de l'Opéra-comique de Bizet n'est effectivement pas une adaptation fidèle et docile de celui-ci, mais une réinvention sur grand écran, et en Cinemascope royal, d'un succès de Broadway signé Oscar Hammerstein (La Mélodie du bonheur). Et ce dernier avait déjà largement remanié l'intégralité du livret pour le plier à son changement de cadre, la communauté noire durant la Seconde Guerre Mondiale. Le Toréador devient un boxeur, la musique aux mélodies largement reconnaissable se teinte d'un soupçon de blues et d'effets jazzy, mais le grand Otto Preminger, qui sortait tout juste de l'énorme succès populaire de La Rivière sans retour, y impose même sa propre voie en se démarquant des aspects les plus fantaisistes et enjoués des deux version scéniques pour revenir à la source : la nouvelle sulfureuse de Prosper Merimée. Un angle plus proche certainement du reste de la filmographie d'un metteur en scène rodé aux films noirs, aux femmes fatales, aux romances désespérées et aux terribles fatalités.

 

passions


Son Carmen Jones est donc avant tout un grand mélodrame passionnel, porté (entre autres) par deux acteurs aussi charismatiques qu'intenses : Harry Bellafonte et Dorothy Dandridge. Preuve s'il en est du gâchis du code Hayes lors de l'âge d'or d'Hollywood qui limita tristement la participation d'acteurs noirs, et autres talents, aux grandes productions. Si on ne présente plus le premiers à la carrière florissante, la seconde explose littéralement à l'écran telle un étoile filante trop vite consumée (elle s'éteindra dix ans plus tard sous les coups du destin, de l'alcool et des barbituriques) qui incarne ici une femme animale, indomptable, incandescente et furieusement sensuelle. Profitant certainement d'un cast exclusivement afro-américain moins surveillé par la censure (au-delà de leur couleur de peau bien entendu), Preminger en profite d'ailleurs largement pour libérer son traitement des tensions sexuelles entre les deux amants, dépassant régulièrement le sobrement suggestif pour s'affirmer dans un érotisme troublant. En particulier lorsque Bellafonte embrasse avec dévotion les jambes nues (et quelles jambes !) d'une Carmen lascive, s'amusant de son petit jeu de soumission. Un film d'amour brûlant, à l'esthétique puissante, à la photographie charnelle où l'on ne peut s'empêcher d'observer les derniers numéros musicaux restants comme des parenthèses presque inutiles. Interprétés par d'authentiques chanteurs d'opéra (et non les têtes d'affiches pourtant chanteurs à leurs heures), filmés systématiquement en plan fixe ou dans un plan-séquence sobre et discret, ces intermèdes ne font pas vraiment avancer le récit, jouant plutôt sur un effet de répétition, de passage obligé où les contours reconnaissables d'une orchestration hispanisante imaginée au 19ème siècle creusent encore plus le contrastes avec le reste du métrage. La justesse des sentiments et la puissance des interprétions se suffisaient largement pour célébrer la tragédie de Carmen.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Produite en 2013 par la 20th Century pour sa collection Fox Studio Classics, la copie HD de Carmen Jones est de très belle facture, retrouvant à la fois son cadre étendu d'origine et l'élégance de sa photographie. Les couleurs sont belles, chaudes et pleines, installées dans un cadre où les traces des années se font particulièrement rares, et le piqué se montre d'autant plus appréciable qu'il n'a pas besoin de composer avec une atténuation numérique du grain. De la belle matière, organique, dont le seul défaut est celui de nombreux films tournés en Cinemascope, à savoir quelques zones récurrentes plus floues dues à une fatigue chimique du négatif.

 


Son :
Autrefois proposé en salle sur quatre pistes comme nombres de comédies musicales d'alors, Carmen Jones n'est disponible ici que dans un curieux Dolby Digital 5.1 inégal et aux effets surround pas toujours convaincant et une stéréo bien plus frontale mais largement plus maitrisée, claire et propre.

 


Interactivité :

Pas de suppléments aux USA, le film est chez nous accompagné d'une intervention du critique Antoine Sire qui se livre à l'incontournable présentation informative. Un exercice qu'il pratique plutôt bien replaçant le film dans son contexte historique et social, évoquant d'autres films au casting majoritairement noir (et difficilement visibles aujourd'hui), les origines de la comédie musicale, les variations autour de l'opérette de Bizet, la carrière de Dorothy Dandridge et la distribution tardive du film en France. Efficace.

Liste des bonus : Entretien avec Antoine Sire (23'), Bande annonce.

 
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