LE MOULIN DES SUPPLICES
Il mulino delle donne di pietra - Italie, France - 1960
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le Moulin des supplices »
Genre : Horreur
Réalisateur : Giorgio Ferroni
Musique : Carlo Innocenzi
Image : 1.66 16/9
Son : Français, italien, anglais mono
Sous-titre : Français
Durée : 97 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 16 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Moulin des supplices »
portoflio
LE PITCH
Hans part aux Pays-Bas afin de se documenter pour la monographie d’un carillon. Il arrive chez le professeur Wahl qui vit dans un moulin reconverti en musée macabre, le « moulin des femmes de pierre », avec le docteur Bohlem, et sa fille Elfie. Cette dernière tombe amoureuse de Hans, qui s’inquiète de plus en plus de ces étranges statues de cire, d’une réalité troublante, qui ornent le moulin.
Partagez sur :
le moulin de mon coeur

Parangon du cinéma gothique italien, Le Moulin des supplices fait partie de ces petits trésors d'épouvante que l'Europe savait produire en cette courte période bénie. Sublime, élégant, mais totalement déviant dans ses pulsions oniriques, le film de Giorgio Ferroni a largement gagné ses galons de classique du genre.

Mais plus qu'un simple classique que les amateurs pourraient graver dans la roche tel un objet intouchable, Le Moulin des supplices a cet aspect libre et insaisissable des précurseurs. Si la mode des films gothiques a bel et bien déjà explosé en Angleterre après les découvertes révolutionnaires du doublet Frankenstein s'est échappé et Le Cauchemar de Dracula, en Italie la vague peine encore a atteindre la rive. Le fameux Masque du démon de Mario Bava (en noir et blanc rappelons-le) ne va sortir sur les écrans que quelques semaines plus tard, et finalement seule la production française, Les Yeux sans visage de Franju (1960 lui aussi), peut véritablement être rapproché des Moulin des supplices. De manière troublante d'ailleurs tant les trames se répondent (un père tente de sauver sa fille au détriment de nombreuses victimes) et la même folie contagieuse semble se répandre de séquences en séquences. Pas encore enfermé dans les codes à venir d'un genre forcément dévoré et digéré par une industrie italienne insatiable, le film de Ferroni semble pouvoir tout se permettre s'ouvrant comme un voyage atmosphérique entre évocations des grandes toiles flamandes et élégance anglaise digne des Hauts de Hurlevent, avant d'annoncer par des compositions de plans surchargés et fétichistes (l'utilisation abusive des cadres dans le cadre) et des couleurs maniérés expressionnistes aussi bien les expérimentations futures de Mario Bava que la série d'adaptations d'Edgar Alan Poe par Roger Corman.

 

le coeur révélateur


L'auteur gothique par excellence est d'ailleurs omniprésent dans cette terrifiante histoire de jeunes filles vampirisées pour rendre la vie à une créature aussi belle que morbide. Entrainé par une envoutante musique du méconnu Carlo Innocenzi (un spécialiste du péplum en l'occurrence) Le Moulin des supplices est naturellement bercé par cette mélancolie poétique propre à ses multiples références anglaises, mais n'oublie jamais de laisser s'échapper ses plus viles pulsions latines. Par une hallucinante séquence de cauchemar éveillé s'engouffrant dans un fantastique absolu, qui ouvre la porte à de futurs monuments comme Suspiria d'Argento ou L'Au-delà de Fulci, mais aussi par ce concept grand guignol et obsédant du manège tremblotant entrainé par les ailes du fameux moulin. Une série de poupées de cire grotesques représentant chacune une figure féminine historique au destin sordide et/ou violent (Jeanne d'arc, Cléopâtre, une empoisonneuse...) et qui se révèleront toutes êtres les cadavres de pauvres victimes innocentes vidée de leur fluides vitaux. Charmant.

Cinéaste à la carrière assez chaotique et qui sortait alors d'un long passage du coté du documentaire, Giorgio Ferroni signait là une entrée fracassante dans le petit monde du cinéma d'exploitation qu'il fera largement fructifier du coté des péplums (La Guerre de Troie, Le Colosse de Rome...), du western (Le Dollar troué) et même de l'action bondienne (New York appelle Superdragon) avec un savoir-faire certain. Mais étrangement ce coup de maitre dans le décorum évocateur du cinéma d'horreur italien ne sera transformé que dix ans plus tard avec La Nuit des diables, tout aussi audacieux.

Nathanaël Bouton-Drouard






Partagez sur :
 

Image :
Abimées, neigeuses, recadrées, incomplètes (voir plus bas), douteuses, les copies disponibles du Moulin des supplices n'avaient jamais été vraiment à la hauteur du film. Artus fait très fort ici avec son tout nouveau master HD restauré de pied en cape et scanné en 2K. Quasiment débarrassé de la moindre tâche ou griffures (les restantes sont plus que discrètes), retrouvant tout la beauté et la finesse de sa photographie passant de plans volontairement doucereux à des explosions de couleurs dignes de Bava, le transfert est une petite merveille d'élégance qui culmine dans un piqué saisissant, une profondeur insoupçonnée et surtout une maitrise constante du grain de pellicule, fluide et organique. Chapeau bas.

 


Son :
Trois choix s'offrent ici au collectionneur ravis, soit les versions mono d'origine anglaise, française et italienne. Les deux premières sont tout logiquement parsemées de petits instants qui passent en italien sous-titré, tandis que la version « dite » originale ne connait qu'un seul insert sous la forme d'un court échange en français. A chacun de choisir selon sa préférence surtout que dans les trois cas, les pistes sont franchement propres, claires et frontales et assez honorablement interprétées.

 


Interactivité :
Production gothique plus que célébrée par des hordes de cinéphiles, Le Moulin des supplices a pourtant connu tous les outrages lors de ses différentes diffusions en salle puis en vidéo et en DVD pour enfin trouver son équilibre en Bluray. Raccourci pour la version française, trifouillé honteusement pour le marché américain, remonté par certain éditeurs, le film était devenu presque inimaginable dans une version complète. C'est pourtant enfin chose faite ici puisque l'édition d'Artus, et c'est là sa première qualité, propose ni plus ni moins que le montage le plus complet et fidèle connu à ce jour. Soit le montage français (génériques et textes visibles sont dans la langue de Molière) incluant donc la scène inédite de cette mouture (un petit dialogue charmant en ville), mais avec le contenu du cut intégral italien (souvent des séquences légèrement plus longues simplement retirées pour réduire la durée) sans aucune des retouches US. Et le tout sans variation notable de qualité de l'image !

Un tel évènement méritait bien l'écrin que lui propose l'éditeur avec ce superbe digipack Bluray / DVD au livret signé Alain Petit relié en son centre, et proposant quelques suppléments vidéos pas inintéressants, loin de là. A commencer bien entendu par les petites subtilités des différents montages du film avec dans des qualités moindres, des extraits avec cartons titres et textes visibles en italien, et surtout les effets de brumes moches et le flou artistique stupide de l'alternative américaine.
De ces variations multiples il en est bien entendu question dans la longue présentation du film orchestré par l'incontournable Alain Petit qui répète plus ou moins ici le contenu de son livret en délivrant les carrières des personnalités principales, en revenant sur le gothique italien, les origines du Moulin des supplices et sa carrière internationale. Plus original et plus étrange aussi dans la forme, le segment Les Femmes de pierre alterne une interview allumée d'une Liana Orfei assez imprécise dans ses souvenirs, et des interventions plus carrées du journaliste Italien Fabio Melelli qui explore les particularités du métrage. Un supplément manifestement récupéré sur une ancienne galette DVD transalpine.

Liste des bonus : Livret 64 pages d'Alain Petit « Le moulin des femmes de pierre »Le docteur et les femmes, par Alain Petit, Les femmes de pierre, entretien avec Liana Orfei et Fabio Melelli, Alternatives italiennes, Alternatives américaines, Diaporama d'affiches et de photos, Film-annonce anglais.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019