SALE TEMPS à L'HôTEL EL ROYALE
Bad Times at the El Royale - Etats-Unis - 2018
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Sale temps à l'hôtel El Royale »
Genre : Thriller
Réalisateur : Drew Goddard
Musique : Michael Giacchino
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD-Master Audio 7.1, Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français, anglais, espagnol…
Durée : 141 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 13 mars 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Sale temps à l'hôtel El Royale »
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LE PITCH
1969. Construit à cheval entre les États de la Californie et du Nevada, l'hôtel El Royale n'est plus que l'ombre de ce qu'il était autrefois. Une poignée de voyageurs, chacun avec un lourd secret, va s'y croiser le temps d'une nuit orageuse …
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Scénariste de télévision et de cinéma ayant eu le privilège rare de se faire un nom à la fois chez Joss Whedon (Buffy puis Angel) et chez J..J. Abrams (Alias, Lost et la franchise Cloverfield), Drew Goddard revient à la mise en scène, porté par le succès de son adaptation de Seul sur Mars pour Sir Ridley Scott et son travail sur la première saison du Daredevil de Netflix. Six ans après La Cabane dans les bois, l'américain confirme son amour pour les belles mécaniques scénaristique mais peine une fois de plus à injecter du fond dans une histoire que n'aurait pas renié un certain Quentin Tarantino.

A l'issue du générique de fin de Sale temps à l'hôtel El Royale, un constat s'impose. On se croirait revenu entre 1993 et 1998, cette période bénie (ou pas) où les réalisateurs et les scénaristes d'Hollywood ne semblaient pas se lasser de singer Reservoir Dogs et Pulp Fiction au travers d'une ribambelle de péloches néo-noir plus ou moins inspirées. Le pire ? Sans doute le A Fleur de peau de Steven Soderbergh, remake chiantissime et amorphe du Criss-Cross de Robert Siodmak. Le meilleur ? Le méconnu Dernières heures à Denver de Gary Fleder, chef d'œuvre mélancolique transcendé par un casting en forme olympique.

Visiblement en admiration devant les 8 Salopards de maître Quentin, Drew Goddard nous livre aujourd'hui son produit dérivé, dans lequel il se permet même de placer des références (fortuites?) au futur Il était une fois à Hollywood qui ne sortira que l'été prochain. Sur une durée souvent excessive (2h20 tout de même!), le scénariste et réalisateur enferme donc des protagonistes au pedigree pas forcément recommandable dans un lieu isolé bientôt malmené par la colère de Dame Nature et découpe son histoire en chapitres annoncés par des cartons-titres, revisitant certaines scènes sous un angle différent à la façon de Rashomon et mélange ironie, musique rétro et explosions de violence. Un cocktail dénué de la moindre originalité mais que Drew Goddard maîtrise à la perfection, tout du moins sur la forme. Et comme si les points communs entre El Royale et le cinéma de Tarantino n'étaient pas assez évidentes, Goddard en rajoute une couche en délaissant le numérique pour la pellicule avec un cinémascope luxueux gravé sur pellicule 35 mm (Les 8 Salopards avait sans doute épuisé tous les stocks restants de 70 mm) et fait peu à peu passer au premier plan les agissements d'une secte d'assassins dirigée par un pseudo-Charles Manson auquel Chris Hemsworth prête son charisme léonin et son physique de surfer.

 

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Ne soyons pas mesquins, Sale temps à l'hôtel El Royale ne se résume pas entièrement à un pastiche du cinéma de Quentin Tarantino. Formé à l'école du petit écran, Drew Goddard est certes un scénariste relativement doué dans l'art délicat du rebondissement qui claque et du dialogue qui meuble avec élégance des transitions qui n'en demandaient pas tant mais le jusqu'au boutisme et les outrances du réalisateur de Kill Bill ne sont clairement pas inscrits dans son ADN. Son public, Drew Goddard le berce et ne le réveille qu'avec politesse là où Tarantino ne retient jamais ses coups et s'amuse à éclabousser le premier rang (et les autres avec). Peu importe la régularité avec laquelle le réalisateur décime son casting de stars, son film reste désespérément lisse. Rien ne dépasse. Jamais. Soit le même problème déjà rencontré par La Cabane dans les bois dont le dernier acte pourtant surprenant sur le papier peinait à provoquer le choc espéré à force de trop caresser les geeks dans le sens du poil avec une satisfaction de premier de la classe.
On retrouve d'ailleurs dans El Royale, outre un Chris Hemsworth cité plus haut, l'un des thèmes majeurs de La Cabane dans les bois : le voyeurisme et les subterfuges qui l'accompagnent. Bardées de micros et équipée d'un miroir sans tain, chaque chambre de l'hôtel en titre est reliée à un poste d'observation, soit un long couloir bétonné qui symbolise les coulisses du cinéma et le public. Une métaphore convenue. Tout comme le regard que porte le réalisateur sur une Amérique machiste et ségrégationniste au travers du personnage de chanteuse noire qu'interprète avec beaucoup de justesse la magnifique Cynthia Erivo. Offrant au film ses plus belles scènes, l'actrice et chanteuse se démène pour donner un peu de profondeur et de poésie à un personnage qui se résume à un cliché paresseux (« la vie est dure quand on est une femme de couleur », merci gros, on était pas au courant !). Hormis quelques beaux moments d'absence, Jeff Bridges doit se contenter de jouer sur ses acquis en incarnant un autre cliché (« vieillir, c'est pas facile », merci gros, on était pas au courant!). Lancée dans une imitation plutôt convaincante de l'Uma Thurman de vous savez quoi pour vous savez qui, Dakota Johnson tente de faire oublier l'Anastasia Steele de 50 Nuances de Grey en fronçant les sourcils et en lançant quelques fucks. Un cliché de plus.

A défaut de faire bouger les lignes ou de réinventer la roue, Sale temps à l'hôtel Royale se contente donc de tenir les promesses de son titre éminemment pulp. Du bon cinéma mais avec un sacré déficit de personnalité. Verre à moitié vide ou verre à moitié plein ? Le jury délibère toujours.

Alan Wilson










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Image :
Les tournages sur pellicule se faisant aussi rare qu'un sursaut de féminisme chez Eric Zemmour, Sale temps à l'hôtel El Royale a le mérite de se démarquer du tout venant et la photo très travaillée de l'irlandais Seamus McGarvey est parfaitement servie par un transfert équilibrée et vivant qui fait ressortir les textures au lieu de les lisser. Les flammes qui consument le décor lors du climax sont d'un réalisme saisissant et la définition fait des miracles lorsqu'il s'agit de compter les éclats de verres qui meurtrissent la chair de ce pauvre Lewis Pullman.

 


Son :
La première scène et ses ambiances parfaitement découpées et culminant dans un coup de feu dévastateur donne une idée de l'apport d'un mixage 7.1 habilement dérivée du Dolby Atmos exploité en salle et sur l'édition UHD 4K. La musique a aussi son importance et le timbre vibrant de Cynthia Erivo occupe l'espace comme rarement lors d'une scène magnifique où son chant sert à masquer les activités de Jeff Bridges. Le tonnerre, quant à lui, fera vibrer vos enceintes et votre caisson de basse pendant la dernière demi-heure. Du velours.

 


Interactivité :
Si l'on fait l'impasse sur une galerie photo frustrante puisque l'on aurait aimé admirer en HD les photos en noir et blanc que Jeff Bridges a l'habitude de prendre sur les plateaux de tournage, on se retrouve avec un making-of un peu plus informatif que la moyenne. Si l'on ne coupe au cirage de pompes généralisé, les parenthèses sur la direction artistique, les costumes et la photo sont très intéressantes et révèlent l'ambition de Drew Goddard de filmer son décor comme un personnage à part entière, usant d'un fétichisme formel qui rappelle l'Overlook du Shining de Stanley Kubrick. Dans la jungle des featurettes produites à la chaîne, l'effort est louable.

Liste des bonus : Dans les coulisses de Sale temps à l'hôtel El Royale, Galerie

 
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