GUILLAUME TELL
Wilhelm Tell - Suisse - 1961
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Réalisateur : Michel Dickoff, Karl Hartl
Musique : Hans Haug
Image : 1.66 16/9
Son : Allemand et français 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 23 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
À la fin du XIIIème siècle, le bailli Gessler, aux ordres des Habsbourg et du Saint Empire Romain Germanique, impose sa tyrannie aux habitants des cantons de Schwyz et Uri. Les paysans doivent payer de plus en plus d’impôts et subir les humiliations des gardes. Guillaume Tell va prendre la tête de la révolte et libérer le peuple du joug des oppresseurs.
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en plein dans le mille

Hollywood avait les swashbuckler, la France les films de cape et d'épée... et voici qu'on découvre tardivement que la Suisse avait son propre cinéma d'aventure, coloré et médiéval avec son icône phare : Guillaume Tell.

Un héros historique (on a un peu tendance à l'oublier), transformé rapidement en légende et le plus souvent résumé à sa prouesse à l'arbalète : viser le centre d'une pomme posée sur la tête de son propre fils. Le personnage est cependant beaucoup plus complexe que cela, et n'a cessé de nourrir l'imaginaire des auteurs et des conteurs, et bien entendu tout aussi fructueusement d'un cinéma avide de figures mythiques. En 1961 Guillaume Tell a ainsi déjà connu une belle poignée d'adaptations à l'écran (avec pour la France un petit classique signé Méliès), mais l'ambition de cette tentative réalisée à quatre mains est bel et bien de marcher sur les plates-bandes du reste du cinéma populaire européen et des classiques américains, et en particulier un certains Robin des bois si pétillant et coloré quand porté par le dynamique Errol Flynn. On reconnait la palette de couleurs riches et puissantes d'une photographie fleuretant avec le Technicolor, la description picturale un poil naïve de la cour médiévale, mais Guillaume Tell a une arme qui fait toute la différence : les paysages naturels des Alpes. Très peu tourné en studio, le métrage de Michel Dickoff et Karl Hartl (des inconnus hors Switzerland manifestement) célèbre constamment la cime écrasante des montagnes enneigées, l'impériosité des cascades ou les plaines d'herbes grasses à perte de vue.

 

père de la nation


Des panoramas de carte postale, mais si évocateurs, qui offrent un cadre idéal pour ce film d'action à l'ancienne, fait d'hommes rugueux mais vertueux, de familles dévoués et de seigneurs bien intentionnés. Pas tous forcément car tout l'enjeu de Guillaume Tell repose sur l'opposition à un nouvel empereur dictatorial, bannissant les traditions, persécutant les frêles populations. Adaptant la célèbre pièce théâtrale de Friedrich Schiller, piochant dans nombres de peintures et gravures célèbres, le spectacle convoque tous les passages attendus, de l'homme qui surplombe le monde à flan de montagne, l'épisode de la pomme à la vengeance tardive contre le bailli, éliminé d'un carreau en plein cœur. Mais le héros national n'est jamais décrit comme un héros classique, mais plutôt comme un père de famille doux mais rustre, taiseux, distant par rapport aux choses du monde dont l'implication dans la révolte en cours et le geste fondateur (dont la conséquence n'est ni plus ni moins à terme que la réunification de la suisse !) se fait presque par accident, sur le tard en tout cas. Guillaume Tell est d'ailleurs absent des vingt première minutes du film, laissant la place au récit de se construire autour de nombreux personnages secondaires : nobliaux résistants timidement aux nouveaux diktats, jeune seigneur trop accaparé par son amourette, couple de paysans prompte à trahir leur prochain pour une bourse bien garnie, simples villageois poussés à bouts, père protégeant le fuite du fiston trop rebelle... La peinture est plutôt complète, et parfois étonnement violente dans ses évocations franches du droit de cuissage, de viols des femmes, de meurtres d'enfants ou d'actes de tortures. Toutes proportions gardées, on se croirait presque parfois dans une version antérieure du célèbre Braveheart de Mel Gibson... en plus bucolique. Célébrant le réveil du peuple face à la tyrannie et l'injustice, de l'homme de la terre face à une civilisation injuste, ce Guillaume Tell connu un succès retentissant en URSS, alors que le reste du monde, plus porté à l'ouest, se montrait bien moins enthousiaste. Au-delà du symbole, les qualités de ce film populaire sont pourtant évidentes.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Totalement disparu des radars après une première distribution en salle il y a bien longtemps, Guillaume Tell connait une belle résurrection entre les mains expertes d'Artus Films qui le présente avec une toute nouvelle copie restaurée 2K. Du grand luxe pour une production qui retrouve d'emblée les couleurs vives, primaires, voir agressives, des grands films de l'époque. Des verts émeraude pour une nature omniprésente, des rouges sang éclatants, des bleus profonds... Une sacrée réussite que l'on retrouve tout autant dans un cadre excessivement propre et une définition admirable. Certes rien n'est parfait et quelques passages dénotent un peu entre des fondus enchainés cours mais très marqués, quelques plans d'ensembles adoucis manifestement par quelques outils numériques pour homogénéiser le grain sur l'ensemble du métrage... Mais pour un film datant de 1961 et jusqu'il y a quelques semaines relativement obscure, cela reste très négligeable.

 


Son :
Relativement équivalents les deux mono d'époque ont eux aussi connus un petit nettoyage de circonstance, ne laissant filtrer que de très rares effets de saturations ou de chuintements. La restitution est frontale et équilibrée avec bien entendu un plus de naturel du coté de la version originale suisse allemande. Pour les épidermiques aux accent boches, le doublage français est simplement parfait, bien interprété, bien dosé, avec ses voix qui rappellent les cinéclubs de FR3.

 


Interactivité :
Nouveau mediabook tout à fait charmant pour Artus Films qui propose la copie Bluray et la copie DVD du métrage accompagné sur chaque disque d'une petite galerie d'image et d'une très courte vidéo sur les coulisses du tournage de la séquence de la tempête sur le lac. Un peut short en effet, mais un excellent livret de 80 pages bien fournies vient faire oublier tout ça. Un ouvrage entièrement consacré à la figure de Guillaume Tell, mais avec un angle agréablement érudit qui en retrouve les traces historiques, les différentes versions orales ou les retranscriptions littéraires, théâtrales et cinématographiques, ouvrant quelques réflexions pertinentes sur la symbolique de ce héros « historique » et ses réappropriation idéologiques successives. Très, très intéressant et plutôt original.

Liste des bonus : livret de 80 pages rédigé par David L'Epée : Guillaume Tell, de l'Histoire à la légende, Sur le tournage, Diaporama d'affiches et de photos, Films-annonces.

 
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