8 MILLIONS DE FAçON DE MOURIR
8 Million Ways to Die - Etats-Unis - 1986
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « 8  Millions de façon de mourir »
Genre : Policier
Réalisateur : Hal Ashby
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : BQHL
Date de sortie : 25 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « 8  Millions de façon de mourir »
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LE PITCH
Mis à pied à la suite d’une bavure, l’ex-flic Matt Scudder sombre dans l’alcool. Durant sa descente aux enfers, il croise la route d’une prostituée paumée et d’un trafiquant de drogues peu recommandable.
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Sur la bande d'arrêt d'urgence

La redécouverte, dans une copie neuve, de l'un des thrillers les plus cultes des années quatre-vingt. Dernier film du regretté Hal Ashby, Huit millions de façons de mourir est longtemps resté méconnu voire invisible, doublé à l'époque par un autre polar de platine: Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin. Les deux long-métrages ont pourtant beaucoup de points communs. La cité des anges comme décorum sordide, une ultra violence qui schlingue le bitume et la crasse bétonnée des zones industrielles, une ligne dramaturgique semblable à un champ de mines et des personnages allumés, pour ne pas dire complètement cramés. Mieux, Huit millions de façons de mourir est l'oeuvre d'un cinéaste phare du «Nouvel Hollywood» au parcours artistique aventureux et atypique.

Un peu plus confidentielle que celle de ses illustres confrères (Friedkin donc, mais aussi Coppola, Scorsese, Cimino, De Palma, Spielberg et Lucas), la carrière de Hal Ashby n'en reste pas moins passionnante. Ancien monteur à l'allure de hippie dégingandé, Ashby s'est illustré dans différents registres : la comédie douce amère (Harold et Maud, Shampoo, La Dernière corvée), le road-movie (En route pour la gloire), la satire sociale (Bienvenue, Mister Chance) ou le film de guerre (Le Retour). Longtemps sous-estimé par la critique et boudé par le public, son cinéma teinté d'émotion et de mélancolie est comme un miroir de la contre-culture américaine. Et cet ultime coup d'essai est là pour nous le rappeler. Plus de trente ans après, Huit millions de façons de mourir n'a rien perdu de sa force d'évocation.

 

association de malfaiteurs


Comme à son habitude, Ashby a su parfaitement s'entourer. Adaptation du roman noir de Lawrence Block, le script est signé d'un jeune scénariste prometteur. Un certain Oliver Stone à qui l'on devait déjà les scenarii de Midnight Express, Conan le Barbare, Scarface et L'Année du Dragon. Rien que ça. Quant à la distrib', elle file juste le tournis : le toujours impeccable Jeff Bridges campe un ex cador des stups adepte de la bouteille, des sorties de route et des méthodes expéditives. Face à lui, on trouve l'exquise Rosanna Arquette en prostituée revêche et Andy Garcia dans son premier grand rôle. Celui d'Angel Maldonado, un vil trafiquant à catogan passant la plupart de son temps à sniffer des rails de coke ou à dézinguer son prochain à coups de rafales de Uzi. La prestation du futur capo du clan Corleone électrise littéralement récit. À l'image d'un Tony Montana psychotique, l'acteur cubain fournit la dose d'outrance et de démence si chère à ce style cinématographique dont Huit millions de façons de mourir constitue tout bonnement l'un des maîtres-étalons.

 

quelques cartouches


La première demi-heure est une bombe de déroulé narratif. Ashby ouvre le film avec un plan séquence vertigineux. Un hélico survole Los Angeles au son de la voix de Bridges devisant sur l'imprévisible dangerosité de l'existence. Cette scène où l'on plane à la verticale au-dessus d'une autoroute labyrinthique semble faire écho à la course-poursuite dantesque et frénétique du Police Fédérale Los Angeles de Friedkin. Même sensation de chaos. Même impression de fin du monde... Place ensuite à une arrestation musclée qui part salement en vrille, une mise au placard bien dégradante, la plongée dans l'alcool et une série de rencontres toutes plus chelous les unes que les autres. Toutefois, il faut attendre le grand final dans un entrepôt désaffecté (une ahurissante joute verbale collective annonçant presque l'oeuvre future de Tarantino) pour retrouver cette intensité qui remue les tripes. Le coeur du film s'avère en effet moins explosif, bien plus lancinant. Certains parleront de déséquilibre, voire de perte de vitesse. D'autres salueront un retour logique au style originel de Hal Ashby. À savoir une approche plus sentimentale, davantage centrée sur les maux et les fêlures des protagonistes.

 

Hybridité


Le principal intérêt de Huit millions de façons de mourir, c'est justement son caractère hybride. Sous ses faux airs de série B racoleuse et burnée, le film est un dynamitage en règle des fondements mêmes de l'ère Reagan dominée par la frime, le clinquant et l'avènement du roi Dollar. Ashby taille dans le matériau brut d'un film de commande pour donner naissance à une œuvre éminemment personnelle. Et au sein de laquelle on retrouve la plupart des thèmes qui ont façonné sa légende : la marginalité, l'anticonformisme, l'esprit contestataire et cette soif immense d'indépendance. Le cinéaste y traite des ravages de l'alcoolisme (qui fut l'un de ses propres démons) et dresse le portrait d'un anti-héros idéaliste et déboussolé, errant souvent hagard sur le bas-côté de la route. Un personnage à son image, en décalage permanent. Un hédoniste né, amoureux des femmes et de l'ivresse. Mais aussi un homme engagé, militant acharné qui ne cessera de s'opposer à toute forme d'étiquette et de hiérarchie. Quitte à s'attirer les foudres des pontes de Hollywood. Pour l'anecdote, Ashby se fera exclure du plateau le dernier jour de tournage de Huit millions de façons de mourir, avec interdiction formelle d'accéder à la salle de montage. Quand la réalité dépasse la fiction : il s'éteindra deux ans plus tard. Étoile déchue shootée en plein vol.

Gabriel Repetatti








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Image:
Le résultat est plutôt satisfaisant, bien qu'assez déséquilibré. Certaines séquences ont vraiment gagné en clarté, en contraste et en profondeur. D'autres demeurent encore assez sales et fatiguées. La copie d'origine devait être sacrement abimée. Faute de mieux, ce nouveau transfert HD reste le meilleur moyen de redécouvrir ce joyau oublié.

 


Son:
Les dialogues sont audibles et parfaitement étalonnés. Quant à la musique elle marque les débuts plus que prometteurs de James Newton Howard, un futur grand (Sixième Sens, Incassable, Collateral, The Dark Knigt). Un concentré sonore des 80's, à la fois viril et romantique.

Liste des bonus : Aucun.

 
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