CéRéMONIE SANGLANTE
Ceremonia sangrienta - Espagne - 1973
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Cérémonie sanglante »
Genre : Horreur
Réalisateur : Jorge Grau
Musique : Carlo Savina
Image : 1.66 16/9
Son : Espagnol 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 88 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 4 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Cérémonie sanglante »
portoflio
LE PITCH
Hongrie, au début du XIXème siècle, la comtesse Erzebeth Bathory se morfond dans son château, tiraillée entre le sentiment d’abandon de son époux le marquis et sa peur de vieillir. Découvrant par hasard que quelques gouttes de sang sur sa peau l’ont rajeunie, elle va faire assassiner des jeunes vierges et se baigner dans leur sang.
Partagez sur :
le secret de la comtesse

Film rare hors Espagne, voir carrément inédit en France, Cérémonie sanglante est pourtant l'un des plus beaux essais du cinéma d'épouvante gothique espagnol. Une œuvre inégale mais élégante, poétique et politique qui rappelle que la filmographie de Jorge Grau mérite vraiment d'être redécouverte.

Comme de trop nombreux cinéastes espagnoles ayant exercé sous le règne de Franco, Jorge Grau n'a jamais vraiment réussi à se faire connaitre à l'étranger, éclipsé par l'imagerie un peu kitch des productions de Paul Nashy et une certaine méfiance (condescende), vi-a-vi d'une culture que beaucoup marient difficilement avec le cinéma de genre. Grau s'est pourtant essayé aussi bien au mélodrame qu'au thriller, voir au giallo avec Pena di muerte, mais s'il est resté dans les mémoires c'est certainement pour son doublet purement fantastique Le Massacre des morts-vivants, presque un chainon manquant entre La Nuit des morts-vivants et le Zombie de Romero, et son très gothique Cérémonie sanglante. Si le premier cité est un film largement contemporain, autant dans les thèmes ouvertement abordés que dans son esthétique plus brute, le second s'apparente ouvertement à une expérimentation stylistique dans la lignée des grandes productions Hammer, des adaptations de Poe de Roger Corman et des voyages morbides de Mario Bava. Couleurs chaudes, teintes saturées, noirs envahissants, décors fastueux et costumes historiques d'une certaine noblesse, cet authentique film gothique ibérique imagine les nouvelles exactions, presque 200 ans après, d'une descente directe de la Comtesse Bathory. Une figure historique autant qu'un mythe, qui a directement inspiré le Carmilla de LeFanu et le Dracula de Bram Stoker, auquel le film ne cesse de se référer mais toujours avec un grand flou volontaire.

 

dévorés


Tout comme lorsqu'il s'attaque directement à la figure vampirique, tour à tour pur fantasme de villageois superstitieux, nuage de fumé pour serial killer avant l'heure, damnation post-mortem dûe à un étrange artefact et rituel absurde entrainant des bains de sang récolté sur de pauvres jeunes filles égorgées. Surnaturel ou mélodrame historique, Cérémonie sanglante se refuse à trancher, justement pour mieux appuyer une certaine idée du fantastique, celui du doute et de l'insaisissable, où les allusions récurrentes à la décadence du régime franquiste, son instrumentalisation du bouc émissaire, son ascendance sur les populations pauvres et ses manipulations idéologiques deviennent parfaitement lisibles. L'identité du véritable vampire du film ne fait que peu de mystère. Un cinéaste qui a toujours été engagé, mais qui ne se borne pas à signer ici un brûlot déguisé, Cérémonie sanglante, malgré certaines lenteurs et un rejet notable d'une vraie tension horrifique, est aussi un portrait troublant d'une femme hantée par sa beauté déjà fanée, jalousant celle des pauvrettes qui l'entourent (et en particulier la Ewa Aulin à la moue boudeuse de la comédie Candy). Digne, forte, mais terriblement meurtrie, Lucia Bosé (Le Testament d'Orphée, Satyricon) est sublime et impériale en sorcière de Blanche Neige (les jeux avec le miroir ne sont pas innocents) plus touchante qu'effrayante, décrite constamment ici comme un bourreau mélancolique tentant désespérément de rattraper ce quelle a déjà perdu. La séquence finale sera sans appel.

Nathanaël Bouton-Drouard






Partagez sur :
 

Image :
Inédit en France, ou tout comme, Cérémonie sanglante nous parvient donc directement sous la plus belle des formes. Un nouveau scan du négatif original en 2K et une restauration admirable ayant nettoyé le cadre de 90% de ses rides et retravailler la palette de couleurs pour lui redonner toute sa chaleur. Le travail esthétique du film est éclatant et la définition n'a de cesse de creuser les plans et d'en révéler toute la richesse. Superbe et seuls quelques petits bords moins stables et séquences en basses luminosités soulignent que le film n'a pas toujours été visible avec un tel confort.

 


Son :
Pas de version française, ancienne ou récente, seule la version originale espagnole est proposer en mono. La piste a elle aussi connu un certain rafraichissement offrant une clarté tout à fait appréciable.

 


Interactivité :
Proposer dans le nouveau format Mediabook de l'éditeur, et avec un superbe visuel, Cérémonie sanglante est forcément accompagné par son livret d'une soixantaine de page. Et c'est Didier Lefèvre qui propose une présentation creusé des réalités et mythes autours d'Elisabeth Bathory, une évocation de ses autres versions cinématographique et bien entendu un passage sur le film en question et ses qualités. Ces derniers propos se retrouvent d'ailleurs en partie dans la présentation d'usage signée par l'incontournable Alain Petit qui décortique les filmographies de tout le monde et le petit historique de l'exploitation contrariée du film.
Le petit trésor échappé de quelques archives VHS oubliées, sont les quelques scènes coupées et surtout alternatives tournées en 73 par Jorge Grau pour le marché international. Pas de suggestivité ici, les demoiselles se montrent dans le plus simple appareil, batifolent dans la rivière... Le clou du spectacle étant certainement une Lucia Bosé debout dans son bain peu à peu recouverte d'un sang échappé d'une victime. Ce plan en particulier, beau et éloquent, aurait largement gagné a être préservée dans le montage « officiel ».

Liste des bonus : Livret 64 pages de Didier Lefèvre « La comtesse et les vierges », Le château de sang, par Alain Petit, Scènes coupées, Diaporama d'affiches et photos, Film-annonce.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019