LA SAIGNéE
France, Italie - 1971
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Saignée »
Genre : Thriller
Réalisateur : Claude Mulot
Musique : Eddie Vartan
Image : 2.35 16/9
Son : Français et anglais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français et anglais
Durée : 85 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 10 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Saignée »
portoflio
LE PITCH
Témoin d'un meurtre perpétré par un parrain de la pègre, Thomas Chanard est contraint de quitter New York pour retourner à Cayeux-sur-Mer, sa ville natale. Il est suivi à son insu par deux hommes : un policier chargé de le reconduire aux États-Unis afin de témoigner, et un tueur à gages engagé par la mafia pour l'abattre. Le retour du « fils prodigue » ravive également des conflits au sein de la bourgeoisie locale. Pour Thomas, les ennuis sont loin d'être terminés…
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sous les pavés la plage

Troisième long métrage imaginé par le jeune Claude Mullot après le juvénile Sexyrella et le nanar flottant La Rose écorchée, La Saignée aurait dû être celui de l'amorce d'une carrière fructueuse. Bonification du style et maitrise avancée des ambiances, celui-ci mérite vraiment d'être redécouvert.

C'est à peine sortis de La Rose écorchée et d'un compréhensible désespoir devant son absence de diffusion française, que Claude Mulot et son producteur / coscénariste Edgar Oppenheimer, décident d'embrayer directement avec un nouveau projet pour ne surtout pas se laisser enterrer. Le précédent était un film gothique fantastique ampoulé et laborieux, le suivant La Saignée, malgré forcément des effets de mise en scène proches et un regard légèrement onirique, serait presque son opposé dans sa recherche visuelle et factuelle d'une illustration beaucoup plus réaliste et terre à terre. Un décorum on ne peut plus contemporain, d'une New York exclusivement nocturne aux plages du nord de la France, qui donne corps, plus que jamais, aux angoisses désespérées de son auteur, Claude Mulot. Un écorché vif, romantique contrarié, que l'on retrouve indirectement derrière son interprète Bruno Pradal (le célèbre adolescent de Mourir d'aimer) témoin pourchassé, héros malgré lui d'un film qui ne va cesser de le rabaisser à une pauvre victime. Les innocents sont constamment sacrifiés dans La Saignée. Que ce soit l'égérie Patti D'Arbanville (celle de la chanson et futur ex épouse de Don Johnson) rêveuse un peu trop camée, l'élégante mais mélancolique Ewa Swann, le petit qui ne connaitra jamais son père et bien entendu Thomas, là encore reflet d'une certaine jeunesse vaincue après les évènements de Mai 68. Il sera même trainé dans la boue, roué de coups, manquant de se faire émasculer (la scène sera suggéré sous les pressions de la censure) dans ce qui reste la séquence la plus fascinante et la plus éloquente du film : une chasse à l'homme glaciale dans les dunes grisâtres et boueuses de Berck plage. Sinistre en effet, mais totalement symptomatique d'un métrage qui s'efforce constamment de se réapproprier les codes du cinéma de genre international.

 

le noooord sauvage


Si dans le fond La Saignée est une réflexion sanglante et amère sur un système pourrissant et la main mise de la bourgeoisie française (de purs relents chabroliens), dans la forme il interpelle autant le polar urbain à l'américaine dans sa première demi-heure, que le western italien dans sa grande majorité : Thomas l'étranger qui revient en ville, zieuté de biais et rabroué par toute la population, avec aux trousses un flic américain qui veut l'extrader pour son témoignage et un tueur (ou chasseur de prime) qui cherche à l'éliminer proprement. Deux figures venues de l'ouest, garants de certaines valeurs nobles, totalement désemparés devant la sauvagerie, la lâcheté et la bêtise crasse de la population locale. Parfois handicapé par des effets de styles trop enthousiastes, par de petits mouvements de maladresses, La Saigné résonne surtout comme une première œuvre mature pour Claude Mulot qui pause ici les bases d'une filmographie qui aurait pu s'avérer riche et passionnante si le métrage n'avait pas connu un tel désintérêt en salle. Injustement boudé, incompris, l'échec l'obligera à se tourner vers le cinéma pornographique avec d'authentiques réussites (Le Sexe qui parle, La Femme objet, Blue Ecstasy), quelques scripts signés pour le copain, et populaire, Max Pecas (On se calme et on boit frais à Saint Tropez) et un retour inespéré mais difficilement visible aujourd'hui, le pseudo-giallo Le Couteau sous la gorge avec Brigitte Lahaie tourné 15 ans plus tard... juste avant son tragique et mortel accident. Une trajectoire personnelle qui ressemble parfois à une lente saignée.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Encore une magnifique copie signée Le Chat qui fume. Un travail maison établie à partir d'un scan 2K du négatif original, qui prend la forme d'un nettoyage extrêmement soigné et d'un réétalonnage lumineux. Quelques petites traces subsistent, le grain se fait parfois un peu envahissant et quelques plans plus doux viennent rappeler les limites indépendantes de la volonté de l'éditeur, mais le résultat reste très impressionnant dans son grain, son piqué et ses teintes harmonieuses.

 


Son :
Le rendu des deux pistes française et anglaise (vive l'exportation) est difficilement attaquable avec un DTS HD Master Audio 2.0 qui restitue avec clarté et stabilité les sensations d'origine et une fluidité inédite sur les compositions d'Eddie Vartan (frère de Sylvie).

 


Interactivité :
Généreux, passionné, investi, Le Chat qui fume délivre une fois encore une édition de très haute qualité. Technique soit, mais éditoriale tout autant avec un déluge d'interview passionnantes et sensibles dont on retiendra sans doute avec plus de piquant la rencontre avec le producteur Oppenheimer et surtout le caméraman Jacques Assuérus qui traverse toute la carrière compliquée de Mulot et sa longue amitié avec un Johnny Halliday qui lui doit beaucoup... et vice-versa. De jolis document d'archives (courts reportages et interviews pour la télévision de l'époque), la présentation complète du film à L'Étrange Festival, une désormais fameuse version VHS du film bien dégueulasse pour calmer les nostalgique et l'intégralité de la bande originale en piste séparée complète un programme solide.

Liste des bonus : Piste musicale isolée, Interview d'Edgar Oppenheimer (14'), Interview de Didier-Philippe Gérard (36'), Interview d'Hubert et Georges Baumann (21'), Interview de Jacques Assuérus (35'), Interview de Gérard Croce (13'), Sur le tournage de La Saignée (6'), Projection du film avec Claude Mulot et Bruno Pradal (3'), La restauration de La Saignée (7'), Présentation de La Saignée à l'Étrange Festival de Paris (12'), La Saignée en mode VHS, Film annonce d'origine français et anglais.

 
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