Les années 70, c'était les cheveux longs et les tambourins, d'accord. Mais c''était aussi le Vietnam, la conquête spatiale et la guerre froide. Entre deux grands classiques, ESC nous gratifie cette fois d'un film totalement méconnu mais emblématique de cette époque, et qui mérite largement d'être redécouvert sur format numérique.
L'histoire de The Groundstar Conspiracy, titre original du film, est basée sur le roman de science-fiction The Alien de l'auteur britannique L.P. Davies. Pourtant, même si son introduction fait douter le spectateur l'espace d'un instant, le film de Lamont Johnson est bien un pur film d'espionnage, produit d'une époque porteuse d'un syndrome paranoïaque comme plus jamais le 20ème siècle n'en connut. Il commence par le vol d'un composant électronique sensé faire fonctionner une sonde spatiale révolutionnaire. A l'issue du larcin, six personnes trouvent la mort dans l'explosion du centre aérospatiale où le composant est détenu et son auteur, cruellement blessé, est rattrapé par les autorités militaires. Défiguré et amnésique, il est alors interrogé par un porte-flingue violent et zélé travaillant pour le gouvernement qui va utiliser toutes les méthodes possibles, y compris les plus répréhensibles, pour apprendre la vérité et récupérer le précieux composant. Jusqu'à ordonner un acte de chirurgie faciale afin de redonner à l'homme son visage, qu'il ne parviendra même pas lui-même à reconnaître. Mais était ce bien le sien, finalement ? N'est-il pas, lui-même, victime d'une terrible machination ? Et son geôlier est-il bien celui qu'il prétend être ? Autant de questions que le film alimente efficacement tout au long de son intrigue jusqu'à une conclusion vertigineuse qui réveille les vieux démons d'une époque où le citoyen lambda ne pouvait faire confiance à personne, et surtout pas aux hommes qui gouvernaient son pays.
Avec son histoire d'homme défiguré en quête d'identité, The Groundstar Conspiracy (qu'on est en droit de préféré au titre français qui, comme souvent, ne veut absolument rien dire) fait immanquablement penser aux grands classiques du genre. Le cultissime Seconds de John Frankenheimer, mais aussi son Un Crime dans la tête. Deux exemples parfaits sortis quelques années avant le film de Lamont Johnson mais dont celui-ci arrive pourtant particulièrement bien à s'émanciper. D'abord grâce à une réalisation plutôt énergique dès son introduction et qui, malgré le fait qu'elle trahit le savoir-faire télévisuel de Johnson (le réalisateur n'a pratiquement travaillé que pour la télévision), se fait facilement oublier. Grâce aussi au talent des comédiens, tous quasi parfaits dans leur rôle respectif. Mention spécial à George Peppard, inoubliable Hannibal de L'Agence Tous Risques, qui campe un agent gouvernemental sans scrupule, immonde salaud prêt à tout pour faire éclater la vérité. Face à lui, Michael Sarrazin, immortalisé à jamais dans le traumatisant On achève bien les chevaux de Sydney Pollack, ici en victime idéale. Quant au rôle féminin, bien que décevant dans son écriture (il ne sert finalement à pas grand-chose), il est incarné avec classe et charisme par Christine Belford, actrice venant de la télévision et qui y retournera juste après pour ne pratiquement jamais la quitter. Une frontière très poreuse, donc, avec le petit écran, qui se sent également dans les partitions de Paul Hoffert, entre cuivres virulents incarnant plus que jamais toutes les séries policières et d'espionnage et sons synthétiques rappelant eux les meilleures heures de la SF de l'époque.
Excellente idée d'ESC, donc, de nous gratifier d'un bien beau titre tombé injustement dans l'oubli et qui saura, par toutes ses qualités insoupçonnées, contenter les cinéphiles (et les autres) en mal de pépites inédites.


