L'HOMME AU MILLE VISAGES
Man of a Thousand Faces - Etats-Unis - 1957
Image plateforme « DVD »
Image de « L'Homme au mille visages »
Genre : Drame
Réalisateur : Joseph Pevney
Musique : Frank Skinner
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 117 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 25 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L'Homme au mille visages »
portoflio
LE PITCH
La vie tumultueuse du grand Lon Chaney, enfant rejeté par les autres en raison de l'infirmité de ses parents, artiste de music-hall accompli, mari tourmenté par l'instabilité permanente de son couple, père inquiet contraint de placer son fils en foyer, et finalement acteur mythique du cinéma muet qui marqua l'époque par ses interprétations saisissantes de la monstruosité aux mille visages...
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Derrière les masques

Brillante démarche d'Elephant Films qui, dix ans exactement après l'édition dvd de Carlotta désormais épuisée, choisit de faire redécouvrir le fameux biopic du monumental Lon Chaney - comédien/maquilleur extrêmement important dans le processus de développement du cinéma d'épouvante et la représentation des « monstres » à l'écran - au sein de sa collection Cinéma Master Class où se succèdent notamment les trésors et raretés des productions horrifiques Universal 1930-40 !

Pour qui ne connaîtrait pas encore Chaney, rappelons qu'en une quinzaine d'années à peine, jusqu'à 1930 et l'aube du cinéma parlant, il transcenda à sa façon le métier d'acteur en concevant pour chacun de ses personnages une gestuelle, une « gueule » et un investissement émotionnel saisissants, élaborant lui-même ses maquillages dont les plus célèbres aujourd'hui restent ceux de Quasimodo dans le Notre-Dame de Paris de Wallace Worsley et bien sûr du Fantôme de L'Opéra de Rupert Julian.

Joseph Pevney, maître d'œuvre de ce récit biographique, fait partie de ces réalisateurs « mineurs », malheureusement oubliés faute d'un véritable Everest à leur palmarès. Sa carrière au cinéma, courte mais chargée, compte pas loin d'une trentaine de film sur tout juste une décennie (faites le calcul !) ; il y aborda rapidement tous les genres (film noir, musical, western, comédie, et même l'épouvante avec Le Château de la Terreur pour Universal) avant de l'achever à la télévision en dirigeant notamment des épisodes de Ma sorcière bien-aimée, Star Trek ou encore L'Incroyable Hulk. Un homme aux mille casquettes qui, appuyé par la photographie de Russell Metty (futur chef opérateur de La Soif du Mal et Spartacus), fait de notre homme aux mille visages une sorte de héros de mélodrame à la fois pathétique et flamboyant, utilisant dans ce sens les événements marquants de sa vie (son enfance injustement marginalisée du fait de ses parents sourds-muets, les tourments de son mariage catastrophique avec Cleva Creighton parfaitement campée par la charismatique Dorothy Malone, le placement en foyer de son fils pendant plusieurs années, etc.) et - comme souvent dans les biopics hollywoodiens - triturant carrément la vérité à des fins dramatiques. La carrière cinématographique de Chaney n'y est que partiellement abordée, éclipsée par son passé de comique troupier et les à-côtés de son quotidien - choix plutôt heureux, propre à cerner avec plus de finesse toutes les facettes d'un personnage qui, métaphore vivante de son propre métier, s'évertue constamment à vivre sous des masques...

 

le génie aux deux visages


Le visionnage d'un biopic implique de ne jamais perdre de vue que le procédé relève intégralement de la fiction et non du documentaire : de fait, la « personne » devient « personnage », sa vie forcément chaotique se réorganise magiquement en drame cohérent, et sa trajectoire - filtrée par un point de vue - prend valeur d'exemple. Le parcours de Chaney sous la caméra de Pevney est celui d'un homme luttant de toutes ses forces contre la norme, prenant même sur lui le handicap de ses parents puis, avec la même passion, celui des personnages qu'il choisira d'incarner avec une humanité et une puissance sidérantes, jusqu'à perdre de vue, parfois, le contrôle de sa propre vie.

Le film s'ouvre sur un éloge des acteurs par Robert Evans dans le rôle du mythique producteur Irving Thalberg. Le choix de James Cagney pour interpréter Chaney paraît de prime abord étonnant, tant sa silhouette courtaude et ses traits arrondis sont loin du visage émacié du corps longiligne de son illustre aîné. Ce parti pris est pourtant le plus beau coup de génie du film, la parenté professionnelle (sinon physique) des deux comédiens ne se résumant pas à la consonance de leurs deux noms : la carrière de Cagney commence à peu près lorsque s'achève celle de Chaney ; figure marquante de l'antihéros tourmenté, sanguin, psychotique ou truculent, Cagney a construit sa réputation sur les rôles « monstrueux », travaillant avec énergie la difformité mentale (sinon physique !) de personnages qu'il poussait volontiers à l'excès dans ses prestations. Il maîtrise également l'art du mime, des claquettes, la gestuelle clownesque d'un visage qu'on aura souvent connu en perpétuel mouvement, en constante instabilité. La mobilité de son jeu, d'une précision époustouflante, en fait à la fois l'ancêtre direct de Jack Nicholson, et l'un des rares acteurs du parlant qui aurait conservé toute sa puissance, à coup sûr, dans le cinéma muet. Avec une soixantaine d'années de recul, L'Homme aux mille visages se donne donc comme une œuvre-double sur le génie de Lon Chaney et celui de James Cagney, dont la performance est à l'image du film lui-même : remodelant volontiers la vérité, elle parvient néanmoins à toucher le cœur de la cible avec peut-être plus d'efficacité que s'il s'était agi de photocopier scrupuleusement le réel. Thalberg, alias Robert Evans, ne nous a pas trompé : le film, à travers la figure de Chaney, est bel et bien un éloge des acteurs !

Ce sera l'un des derniers rôles marquants de Cagney à l'écran. Il est difficile d'établir si sa présence dantesque travaille plus à sa propre légende où à celle de Lon Chaney. On préférera botter en touche et admettre que les deux se confondent et se nourrissent l'une l'autre. Quant à Chaney, décédé très prématurément à l'âge de quarante-sept ans, presque en même temps que cette ère glorieuse du muet dont on n'a plus jamais atteint le niveau esthétique depuis lors, il n'eût qu'une seule occasion d'effleurer celle du parlant - dans laquelle il put néanmoins offrir un aperçu de ce qu'aurait été la suite de sa contribution au septième art : dans le remake du Club des Trois (dont il avait interprété la version d'origine à peine cinq ans plus tôt) il montra en effet que l'Homme aux mille visages aurait pu devenir, de façon tout aussi convaincante, l'Homme aux mille voix...

Morgan Iadakan










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Image :
Faute d'un master haute définition viable, c'est malheureusement en DVD que l'on redécouvre la vie mouvementée de Chaney. Toutefois la qualité est au rendez-vous : en termes de définition, de propreté et de respect du travail photographique, la copie atteint souvent le maximum de ce qu'on peut attendre de ce format dépassé.

 


Son :
Si l'on excepte l'habituelle tare de mixage de la version française, les rendus sont très corrects. Le son est dynamique, les dialogues propres, et on ne saurait tarir d'éloges sur la musique enlevée, souvent lyrique et toujours pertinente du très prolifique Frank Skinner - et son emprunt récurrent du prélude en mi mineur n°4 de Frédéric Chopin pour évoquer le climat d'amour et de mélancolie qui baigne la famille Chaney.

 


Interactivité :
Eddy Moine, dans sa présentation du film, lit malheureusement son texte assez mécaniquement, ce qui en rend le visionnage moins agréable, mais se montre assez exemplaire aussi bien sur la vie de Chaney lui-même que sur l'histoire du genre « biopic », Joseph Pevney, James Cagney, Irving Thalberg, sans oublier les différents niveaux du film (notamment concernant Tod Browning, grand absent de l'histoire, auquel il rend ici toute son importance). La galerie de photos proposée a ceci de particulier qu'elle présente, outre les différents comédiens du film, une série de portraits de James Cagney sous les divers avatars créés par Lon Chaney.

Liste des bonus : Le film par Eddy Moine ; Bandes-annonces ; Galerie de photos.

 
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