L’HéRITAGE DES 500 000
Gojuman-nin no isan - Japon - 1963
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Genre : Aventure
Réalisateur : Toshirô Mifune
Musique : Masaru Satô
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 98 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 28 août 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Matsuo est contrait par un riche homme d’affaires de récupérer un butin enfoui dans la jungle des Philippines durant une bataille sanglante. Accompagné de quatre hommes de main, l’ancien soldat s’engage dans une expédition à haut risque en territoire hostile.
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code d'honneur

Seul et unique film de Toshiro Mifune en tant que réalisateur, L'Héritage des 500 000 est une rareté des plus honorables. Solide récit d'aventure doublé d'une réflexion amère sur la mémoire et les horreurs de la guerre, le long-métrage aujourd'hui restauré en haute-définition porte le noble sceau de l'acteur fétiche d'Akira Kurosawa.

Dans l'imaginaire collectif, Toshiro Mifune demeure à jamais associé à l'oeuvre de l'auteur des Sept samouraïs, de Rashomon, du Château de l'araignée et de La Forteresse cachée. Equivalent asiatique d'un John Wayne chez Ford (à ce titre, L'Héritage des 500 000 est un peu son Alamo), d'un Cary Grant chez Hitchcock ou d'un Marcello Mastroianni chez Fellini, Mifune incarna avec fougue les visions dantesques du maître d'armes nippon et fut l'un des rares comédiens japonais à jouir d'une renommée internationale. On se souvient de son face-à-face tendu avec Lee Marvin dans Duel dans le Pacifique de John Boorman ou de sa prestation burinée aux côtes d'Alain Delon et de Charles Bronson dans Soleil Rouge de Terrence Young. Éminent ambassadeur des Studios ToHo et véritable star en son pays, Mifune possède une filmographie juste impressionnante.

L'Héritage des 500 000 compose l'une des innombrables pièces de l'incroyable puzzle que fut sa carrière artistique. Il y est question d'un trésor de guerre à récupérer dans les montagnes des Philippines. Il y est surtout question d'honneur et de grandeur d'âme, en opposition à ce sordide appât du gain qui pervertit l'espèce humaine depuis la nuit des temps. Contraint de faire équipe malgré lui avec une horde de mercenaires uniquement motivés par la soif de l'or, le personnage joué par Mifune est un symbole de vertu et de résilience. Rescapé d'une bataille qui couta la vie à près de 500 000 appelés (les 500 000 du titre), l'ancien soldat n'a qu'une idée en tête : restituer les précieuses pièces d'or au peuple japonais en mémoire de ceux qui ont péri au front. Mais d'autres en ont décidé autrement et cette dualité siège au coeur même de la ligne narrative imaginée par Ryuzo Kikushima, l'un des plus fidèles scénaristes de Kurosawa. Quant à la musique, elle est signée de Masaru Sato, autre compagnon de route du génial cinéaste. Ces emprunts de Mifune à son mentor sont tout à son honneur. L'Héritage des 500 000 est un très beau film d'aventure. Digne, habité, puissamment incarné.

 

en toute humilité


Le comédien à la stature de guerrier samouraï domine le récit. Il y devient un homme brisé, obligé d'exhumer le lieu qui hante ses cauchemars depuis deux décennies. Avec son charisme animal, ses traits acérés et cet art du mouvement hérité du théâtre Nô et de ses prestations dans une bonne dizaine de chefs d'oeuvre immuables, Mifune incarne un personnage déchiré et déchirant. Le film l'est tout autant. Surprenant lorsque l'on sait que Mifune apprécia moyennement de passer de l'autre côté de la caméra et qu'Akira Kurosawa en personne lui conseilla d'insérer davantage de gros plans afin de fortifier le rythme. L'acteur devenu réalisateur opte pour l'épure. Sans chichis, ni fioritures. On songe parfois à certaines œuvres de Don Siegel (L'Enfer est pour les héros) et d'Anthony Mann (Côte 465). Le cadre est comme tenu en laisse, le jeu est d'une sobriété minérale et les séquences sont décharnées jusqu'à l'os. L'équipée de chercheurs d'or n'est pas là pour plaisanter. L'Héritage des 500 000 ne distille pas une once d'humour, pas un seul sourire à l'horizon. On ne reprend son souffle qu'une seule fois : à l'apparition de la pin-up Mie Hama (future James Bond girl de On ne vit que deux fois) grimée en indigène revêche. À aucun moment, la nature humaine n'est épargnée. Avec un ascétisme, voire un masochisme purement nippon, Mifune fait tomber les masques et l'expédition virile se meut en une sorte de fable métaphysique qui puise dans les fondements même de la tragédie antique. On y suit des hommes en sursis, aveuglés par la convoitise. Des êtres en perdition, à la fois en guerre contre eux-mêmes et contre les éléments naturels. Coup d'essai, coup de maître.

Gabriel Repettati












L'HÉRITAGE DES 500 000 © 1963 Toho Co., Ltd. Tous droits réservés.
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Image :
Longtemps invisible en vidéo, L'Héritage des 500 000 a bénéficié d'un vrai décrassage. Le résultat est plus que probant, notamment lors des nombreuses séquences en extérieur : dans les rues de Tokyo, à bord d'un chalutier ou au coeur de la jungle des Philippines. Le noir et blanc s'avère puissant et profond. Très bien contrasté. Le seul bémol, ce sont les scènes en intérieur qui manquent parfois de netteté et de clarté.

 


Son :
Les dialogues sont parfaitement audibles. Mais la qualité première, c'est la musique de Masaru Sato. Le compositeur attitré d'Akira Kurosawa propose une partition tour à tour entraînante et tragique. On a parfois l'impression d'entendre du Elmer Bernstein.

 


Interactivité :
Le film est présenté par Pascal-Alex Vincent, universitaire spécialiste du cinéma japonais qui insiste sur les conditions du tournage parfois délicates de L'Héritage des 500 000 et le rapport étroit que Mifune a toujours entretenu avec Kurosawa. Mais le clou du spectacle, c'est le long documentaire consacré à une superstar au parcours de vie digne de celui des grands acteurs hollywoodiens. Via les interventions de Martin Scorsese et de Steven Spielberg, on y découvre un homme complexe, amoureux de la vitesse et de l'ivresse. On y découvre également un immense artiste, souvent qualifié de «parfait Japonais» tant ses inspirations et son jeu puisent dans l'âme ancestrale du pays du soleil levant.

Liste des bonus: Fac-similé du dossier de presse d'époque en japonais (20 pages), préface de Pascal-AlexVincent, enseignant et réalisateur, «Mifune, le dernier des samouraïs» de Steven Okazaki (2016, 80'), bande-annonce 2019.

 
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