FALLEN ANGELS
Etats-Unis - 1993 / 1995
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LE PITCH
Flics corrompus, femmes fatales, crimes sordides, gangsters violents, … Los Angeles n'est pas la Cité des Anges pour tout le monde comme le prouvent ces quinze histoires courtes adaptées des grands noms du polar noir ….
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Sin city

Qui se souvient de Fallen Angels ? Malgré un casting prestigieux, devant comme derrière la caméra, cette anthologie produite par Sidney Pollack et diffusée par le network Showtime (en France, Canal + puis Arte s'y collent mais dans le désordre) n'a pas attiré les foules, loin s'en faut. On peut donc remercier Elephant Films d'exhumer cette tentative ambitieuse qui, si elle sortait aujourd'hui sous le pavillon de Netflix ou de HBO, déchaînerait à coup sûr un enthousiasme réel en dépit de ses défauts.

Né en Chicago (la ville d'Al Capone), le producteur William Horberg est l'homme qui porte le projet Fallen Angels à bouts de bras. Une dizaine d'années durant, il bataille ferme pour que se concrétise un vieux rêve : adapter sans contraintes et avec tout le respect nécessaire les meilleures nouvelles des grands noms de la littérature pulp américaine : Mickey Spillane, Jim Thompson, Raymond Chandler, David Goodis et même des auteurs plus contemporains comme James Ellroy. Pulp Fiction avant Pulp Fiction, en quelque sorte. Mais sans le recul post-moderne et l'ironie violente et décalée de la fin du Xxème siècle. En admirateur déférent, Horberg imagine une série très attachée à l'époque qu'elle décrit (de la fin des années 40 à la fin des années 50) dans un style foncièrement académique et très cinématographique. Un hommage sincère aux films noirs de Howard Hawks, Billy Wilder ou encore Raoul Walsh. Avec la couleur et quelques « fuck » et poitrines dénudées discrètement éparpillés, des écarts de langages et de conduites que n'auraient jamais laissé passer le code Hays en son temps.
Pas aussi cotée que sa rivale HBO, la chaîne cablée Showtime accepte d'allonger la monnaie pour concrétiser la vision d'Horberg, bientôt appuyé par le cinéaste Sidney Pollack. Un soutien précieux qui permet d'attirer les grands noms d'Hollywood, des talents confirmés et d'autres encore en devenir. Las, les six épisodes diffusés entre le 1er août et le 26 septembre 1993 ne séduisent qu'un public limité et récoltent des critiques très mitigées. Trop en avance sur son temps, l'anthologie de Fallen Angels ? Sans doute, mais pas seulement. Comparée à Twin Peaks et X-Files (qui fera carton plein dès le 10 septembre 1993, soit en plein milieu du premier run de Fallen Angels), ces six épisodes de 30 minutes, qu'ils soient réalisés par Steven Soderbergh ou Tom Cruise, se montrent à la fois trop exigeants, un peu désuets et dénués de personnages que l'on prend plaisir à suivre.

 

L.A. Confidential


Ce qui nous amène à un petit passage en revue de cette saison inaugurale un peu courte, forcément inégale mais tout de même pourvue de quelques pépites. Réalisé par Phil Joanou (qui signe également les pré-génériques sexy avec une hôte de charme, la vénéneuse Lynette Walden, une Dita Von Teese avant l'heure), « Dead End for Delia » adapte William Campbell Gault avec un Gary Oldman un peu aux fraises en policier fatigué enquêtant sur le meurtre de sa jeune et belle épouse. La photo est soignée, Gabrielle Anwar et Meg Tilly rivalisent de beauté mais on s'ennuie ferme jusqu'à un dénouement pas si surprenant. Derrière et (brièvement) devant la caméra, Tom Hanks ne relèvent que timidement le niveau avec un épisode bien joué mais trop cryptique pour son propre bien. L'émotion est totalement absente de ce « I'll be waiting » tiré des écrits de Raymond Chandler. Steven Soderbergh est aussi loin du compte avec un segment ambigu et cruel mais à la conclusion trop précipitée pour susciter le choc voulu.
Pour son unique passage derrière la caméra, Tom Cruise surpasse pourtant ses prédécesseurs de la tête et des épaules avec des arnaques en série qui mettent la belle Isabella Rosselini en valeur et annoncent le U-Turn d'Oliver Stone. « The Frightening Frammis » se révèle être aussi divertissant que bien rythmé et ne pâtit que de la présence toujours aussi insipide d'un Peter Gallagher qui tente d'imiter le célèbre sourire carnassier de sa vedette de metteur en scène.
Encore loin de devenir l'un des metteurs en scène les plus respectés et courtisés d'Hollywood, le mexicain Alfonso Cuaron s'offre un trio de rêve (Alan Rickman, Laura Dern et Diane Lane) pour un drame passionnel parfois suffocant et où brille une direction d'acteurs d'une précision renversante.
Le meilleur est pour la fin. Auteur du très surestimé Les Accusés (qui valut un Oscar à Jodie Foster), Jonathan Kaplan adapte Ellroy avec un sens de l'humour tout simplement ravageur. Coincé entre Howard Hughes (Tim Matheson, plus convaincant que ne le sera Di Caprio sous la houlette de Scorsese) et Mickey Cohen (James Woods en plein cabotinage 90's), l'excellent Gary Busey se lance à la recherche d'une belle blonde convoité par ses deux patrons irascibles. Un vrai bijou d'écriture et de mise en scène.

 

sang chaud pour meurtres de sang froid


Même si le public ne semble pas en redemander, Showtime hésite et finit par donner le feu vert pour neuf épisodes de plus diffusés entre octobre et novembre 1995. Les intros de Lynette Walden (dont l'image persiste au générique) sont remplacées par des voix-off plus directs et virils confiées au comédien Miguel Ferrer. Un changement un peu cheap qui suggère que le cœur n'y est déjà plus et que le show tire ses dernières cartouches.
Les craintes se confirment dès le premier épisode, le plus mauvais de tous. C'est encore un acteur qui passe à la réalisation et Kiefer Sutherland se prend les pieds dans le tapis dès les premières minutes en tentant un hommage maladroit au Raging Bull de Scorsese. Dans la peau d'un boxeur à la Marlon Brando, Kiefer Sutherland se fait refaire le portrait par Danny Trejo puis tente de reconquérir son ex-femme avec un faux-nez cassé un peu trop voyant et un accent irlandais plus que risible. K.O. sans appel.
Plus inattendu, Steven Soderbergh revient pour adapter David Goodis et signe une vraie perle noire. « The Professionnal Man » nous rappelle à quel point le talent de Brendan Fraser nous manque et injecte une dose d'homosexualité traditionnellement absente d'un genre où les femmes fatales en robes moulantes se bousculent au portillon. Un segment froid, subtil et audacieux et qui prouve que Soderbergh est capable d'autres choses que de produits chichiteux destinés à récolter des récompenses dans les festivals.
Ce petit sommet de noirceur offert par le réalisateur de Sexe, mensonges et vidéos ne trouve malheureusement pas d'échos au sein des six épisodes suivants où se disputent l'ennui et la routine malgré une facture toujours soignée. On retiendra tour de même le huit-clos teinté domestique de Michael Lehmann (Heathers et Hudson Hawk) où William Petersen brille en gangster aveugle, la présence toujours fascinante de Christopher Lloyd dans le segment que réalise Tim Hunter (Le Fleuve de la mort et Le Saint de Manhattan) et la prestation impliqué de Donald Glover, premier et seul interprète noir à s'être glissé dans la peau de Mike Hammer, le privé créé par Mickey Spillane. L'honneur de clôturer l'anthologie revient à Jim McBride avec un épisode plus long que la moyenne avec Bill Nunn et Giancarlo Esposito et qui s'oublie aussitôt que le générique de fin déroule, la faute à un script paresseux.

L'impression d'alors n'a pas été changée par le poids des ans. Fallen Angels a beau flatter l'amateur de film noir, de toilettes 40's et 50's et de voix-off désabusées avec un score jazzy confié à Peter Bernstein (le fils d'Elmer), la série de William Horberg peine à offrir plus que son postulat de départ. Une belle collection de vignettes rétro mais un peu vaine.

Alan Wilson














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Image :
Les masters sont propres avec des couleurs bien gérées et des noirs profonds. Faute d'une remasterisation en profondeur, le bruit vidéo demeure assez présent et gâche même parfois le plaisir d'épisodes pourtant éclairés par des cadors tels que Peter Suschitzky.

 


Son :
On oublie la VF terne et sans personnalité et on ouvre grand les esgourdes pour une V.O. Qui fait la part belle aux standards du jazz qui parsèment la bande originale et des dialogues déclamés avec toute la fougue attendue par un casting cinq étoiles. L'essentiel pour une piste sonore stéréo propre et dynamique.

 


Interactivité :
De l'art de la concision. Courte mais soignée et sans temps morts, la présentation de la série, de sa conception à sa diffusion, est à la fois précise et complète. Il est même conseillé de se la déguster en amont comme en aval du visionnage. On aurait aimé des commentaires audio mais ces vingt minutes de name dropping suffisent amplement.

Liste des bonus : Fallen Angels : une série d'un autre temps, Bandes annonces

 
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