HELLBOY (2019)
Etats-Unis, Royaume-Uni, Bulgarie - 2019
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : Neil Marshall
Musique : Benjamin Wallfish
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 121 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 9 septembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Voici le retour de Hellboy, le super héros à la peau rouge et aux cornes coupées, tout droit venu de l’Enfer. Au sein d’une unité secrète, il lutte aux côtés des humains pour préserver l’équilibre de l’univers. Mille ans après sa défaite contre le Roi Arthur, Nimue, la Reine de Sang, revient alors d’entre les morts et lève une armée de démons pour plonger le monde dans les ténèbres. Hellboy et son équipe de choc s’engagent dans un combat de titans pour notre survie.
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Le troisième souhait

Pour avoir l'outrecuidance de passer après les deux opus de Guillermo Del Toro, pour faire office de dernier clou dans le cercueil d'un troisième volet longtemps espéré, le film de Neil Marshall partait perdant. Et bien entendu, la critique, dans sa grande majorité, n'a pas manqué de tomber à bras raccourcis sur ce reboot considéré comme une hérésie. Un traitement un tantinet injuste. Parce que vous savez quoi, mes louloutes ? Il n'est pas si dégueu que ça, ce nouvel Hellboy !

Alors oui, fini la poésie, le formalisme fétichiste, les élans lovecraftiens et les mouvements d'appareils si fluides qu'ils semblent caresser des personnages hautement symboliques. Mais il faut bien se mettre une chose dans le crâne : Neil Marshall n'est pas Guillermo Del Toro. N'y voyez pas un jugement de valeur mais plutôt l'expression du bon sens. Vomir sur Hellboy 2019 simplement parce que l'anglais se refuse à marcher dans les pas du mexicain ne vous avancera pas à grand chose. Rangez donc l'imaginaire du réalisateur du Labyrinthe de Pan dans un coin de votre esprit, refermez à clef derrière vous et relisez les comics de Mike Mignola. Croyez-nous sur parole, vous vous confronterez à la Bête en repartant sur des bases plus saines.
Avec le recul, il faut bien avouer que Del Toro a plus ou moins trahi sa source et pas seulement pour mieux lui rendre hommage. Avec l'aide de Ron Perlman et de son directeur photo Guillermo Navarro, le cinéaste avait fini par digérer Hellboy et en faire SA créature, s'éloignant du ton nettement plus adulte, sombre et serialesque de la création de Mike Mignola pour aboutir à deux contes fantastiques, deux paraboles sur l'acceptation de soi et la portée de l'imaginaire. Des thèmes très secondaires pour un Mignola plus intéressé par la mythologie, le paranormal et une hybridation apocalyptique entre les proses de Lovecraft et Poe et le polar noir à la Mickey Spillane. Une posture artistique en fin de compte bien plus retro et anticonformiste que celle de Guillermo Del Toro.

Pour avoir personnellement orchestré ce nouvel Hellboy, Mike Mignola exprime clairement sa rupture avec les adaptations du cinéaste mexicain et le besoin de reprendre en main la destinée cinématographique de « Big Red ». A lui seul, ce parrainage aurait dû rassurer la communauté geek. Ce ne fut bizarrement pas le cas. Le choix de Neil Marshall à la réalisation n'a pas soulevé des montagnes d'enthousiasme. Le casting de Milla Jovovich ainsi que la présence de certains producteurs de la franchise Resident Evil en ont inquiété plus d'un. Puis est venu le temps des premières photos et des bandes-annonces et la levée de boucliers fut définitive, accompagnant le film dans une rumeur de naufrage jusqu'à sa sortie. Et son échec désormais acté au box-office.

 

La Grande battue


Mais, Hellboy cuvée 2019 ne mérite pas la moitié des critiques négatives dont il a souffert. Ce qui ne veut pas dire que le film de Neil Marshall n'est pas sans défauts. Entre une introduction médiévale assez cheap et enlaidie par un noir et blanc numérique à l'étalonnage bâclé, un score embarrassant qui se contente de faire du bruit et un scénario un peu trop gourmand et qui peine à faire le lien entre les motivations de ses trop nombreux antagonistes, le film trébuche régulièrement. Enfin revenu de son exil télévisuel où il aura néanmoins su marquer de son style brutal des séries comme Black Sails et Game of Thrones, Neil Marshall aborde l'univers de Mike Mignola sans aucune autre ambition que celle de satisfaire ses instincts de fan boy et de viandard biberonné aux video nasties. On retrouve bien là le cinéaste de Dog Soldiers et Doomsday, cousin pas si éloigné des Robert Rodriguez et Renny Harlin des 90's. Face aux formules toutes propres des productions Marvel, Neil Marshall répond par un petit blockbuster qui tâche, parfois maladroit dans ses tentatives d'humour mais toujours percutant en termes de violence et d'ambiance et avec un bestiaire incroyablement généreux. Sorcières en tous genres (dont la très flippante Baba Yaga), géants cannibales, dragon, fées, démons à tête de cochon, spectres et on en passe, les monstres se bousculent au portillon dans un déluge de gore, d'effets prosthétiques à l'ancienne et de CGI presque toujours soignés. Hellboy a bel et bien à cœur de rassasier son public et il y parvient sans peine. Si ce n'est que le public auquel il s'adresse semble malheureusement avoir disparu.

Toutefois, la vraie surprise, on la tient avec la prestation de David Harbour. Sans jamais chercher à imiter Ron Perlman, l'acteur, valeur sûre de la série Stranger Things, trace sa propre voie. Paradoxalement, il y parvient en collant au plus près à son équivalent crayonné. La menace que représente son personnage est ici infiniment plus palpable que dans les films de Del Toro. Torturé entre son devoir de chasseurs de monstres et le démon qui l'habite, Hellboy apparaît ici sur le fil, comme un adolescent qui se serait endurci bien trop vite et dont la colère affleure en permanence. David Harbour surprend et ses relations, tendues avec le professeur Bruttenholm (Ian McShane en fucking forme!) ou fraternelles avec la jeune Alice, font tout le sel d'un film moins con qu'il y paraît puisqu'il sait très bien se passer d'une love story pour faire exister ses femmes. On aimerait être aussi dithyrambique sur les participations de Milla Jovovich et Daniel Dae Kim, pourtant loin d'être miscastés, mais peinant visiblement à incarner autre chose que des silhouettes un peu raides. Et malgré cet écueil supplémentaire, Hellboy plie mais ne rompt pas. On en ressort avec un sourire jusqu'aux oreilles, heureux d'avoir pu savourer un film qui fait figure d'anomalie dans le paysage cinématographique actuel, le plus adulte et méchant dans son genre depuis le Watchmen de Zack Snyder. Toutes proportions gardées, off course.

Alan Wilson










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Image :
Pas d'UHD pour ce Hellboy en France pour l'instant, mais le Bluray simple proposé par Metropolitan n'en est pas moins des plus satisfaisants. Tourné à l'aide de multiples caméras Arri Alexa en 3.5K et achevé en 4K, c'est une production entièrement numérique. Certains plans, souvent remaniés à l'aide de CGI et autres filtres de postproduction, sont donc naturellement plutôt doux, affichent des teintes plus diffuses, mais la définition est tout de même très précise, apportant bien souvent une profondeur intéressante et quelques séquences en particulier (l'invasion des démons infernaux) impressionnent par la vivacité de leur restitution, leur piqué et leur colorimétrie puissante.

 


Son :
Un peu moins bien lotis que les américains, l'édition française voit disparaitre la piste Dolby Atmos au profit d'un DTS HD Master Audio 5.1 sans doute un chouia moins fin, mais non moins vigoureux. Une énergie nécessaire pour rendre efficacement les excès rock de la bande sonore, mais aussi pour développer sa petite tendance spectaculaire. Du grand spectacle audio, qui se montre tout aussi chaleureux dans la restitution des ambiances et l'équilibre des dialogues.

 


Interactivité :

Inattendu, mais jolie surprise, le film est accompagné d'un vrai long et solide making of. Bien entendu on y entendra que du bien de cette entreprise, mais en s'attardant plus largement sur la pré-production et la direction artistique plutôt que le tournage en lui-même, le documentaire de plus d'une heure permet d'aborder véritablement l'identité de cette nouvelle version. Là où la plupart des « reboot » ont tendance à effacer poliment les films précédents du propos, celui-ci les affronte frontalement pour justement assumer sa toute nouvelle direction, sa nouvelle proposition. C'est rare et très appréciable. Tout comme les quelques scènes coupées, tournant essentiellement autour de la Reine Rouge et qui certes montrent les très grandes limites du jeu de Jovovich (aaaah l'émotion), mais donnent véritablement au personnage une place moins manichéenne, plus complexe que dans le montage final.

Liste des bonus : Making of en 3 parties (71'), Scènes coupées (8'), Prévisualisation (7'), Bandes-annonces.

 
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