LA FEMME QUI FAILLIT êTRE LYNCHéE
Woman They Almost Lynched - Etats-Unis - 1953
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Western
Réalisateur : Allan Dwan
Musique : Stanley Wilson
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 90 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 9 septembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Femme qui faillit être lynchée »
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LE PITCH
En pleine guerre de Sécession, Border City est administrée avec autorité par Delilah Courtney qui parvient à tenir les deux armées hors de ses murs. Bill Maris, propriétaire du saloon, voit débarquer le même jour sa sœur Sally et son ex-fiancée Kate, désormais épouse du célèbre renégat Quantrill. Suite à sa mort violente et à la reprise du saloon par Sally, l'atmosphère s'électrise et l'affrontement des deux femmes devient inévitable.
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Une affaire de femmes

« Ne jamais envoyer un homme faire un travail de femme », énonce Vivian Wood (Kelly Lynch), sentencieuse, dans le Drôle de dames de McG - avant d'aller régler ses comptes aux poings avec Natalie (Cameron Diaz) qui vient de renvoyer dans les cordes bon nombre de ses petits soldats.

Cette maxime pourrait être la conclusion du western d'Allan Dwan : on y trouve une jeune femme venue retrouver son grand frère et qui, après la mort de celui-ci, reprend son affaire et ne s'en laissera plus jamais compter par quiconque ; une autre naguère enlevée par un célèbre paria sudiste qui, devenue sa compagne, s'est métamorphosée en une dangereuse tentatrice manipulant les hommes jusqu'aux pires extrémités ; une troisième, enfin, qui dirige sa petite ville d'une main de fer par le lynchage et le chantage - parvenant même à tenir à distance yankees et confédérés dont l'affrontement fait pourtant rage à la frontière de l'Arkansas et du Missouri où se trouve précisément la bien-nommée Border City. Entre ces femmes et quelques autres (prostituées, mères de famille ou conseillères municipales), une poignée d'hommes tous plus sympathiques et accessoires les uns que les autres - c'est d'ailleurs surprenant de voir l'horrible William Quantrill et ses sbires (dont certaines exactions sont ici passées sous silence) traités avec autant de bienveillance dans un western qui, il est vrai, se veut plutôt solaire.

Dans son souci de mettre les protagonistes masculins entre parenthèses, La Femme qui faillit être lynchée sépare étrangement les personnages moteurs et les personnages principaux. En effet le féminisme du début des années 1950, aussi roboratif et surprenant soit-il, semble garder certaines limites et ce qui passerait pour l'intrigue sérieuse dans n'importe quel autre western n'est absolument pas menée par Sally Maris et Kate Quantrill : celles-ci sont d'abord les héroïnes de ce qui s'apparente normalement à des péripéties anecdotiques, étonnamment mises en avant par le script au détriment des histoires « d'hommes » - qui, elles, font avancer le récit sans en avoir l'air. C'est d'ailleurs sous l'œil amusé de Quantrill et de son homme de main Cole Younger que se déroule cette escarmouche, comme si elle ne prêtait pas vraiment à s'en inquiéter. Néanmoins, alors que les pistoleros sont constamment relégués à des séquences de dialogue somme toute assez plates, tous les morceaux de bravoure du film sont dévolus à ses personnages féminins : duel en grandes pompes sur l'avenue principale, échanges verbaux tonitruants, bagarre d'anthologie (c'est peu de le dire !) dans le saloon, etc. - jusqu'à ce que, dévidant ses nombreux rebondissements sur un rythme qui va crescendo, l'écheveau narratif fasse définitivement la part belle à Kate et à Sally vers qui toutes les pistes dramatiques finissent par converger.

 

"notion bourgeoise des distances..."


L'affrontement Nord / Sud constitue l'un des arguments apparemment secondaires du film. On y constate d'ailleurs une étrange nostalgie du Sud : un personnage explique notamment, une fois proclamé l'armistice, que « personne n'a gagné, nous avons juste arrêté de nous battre » - sic !.Il n'est d'ailleurs fait aucune allusion à la question de l'esclavage. Ce relativisme quasi-révisionniste, tout comme celui qui consiste à faire de Quantrill un brave type quelque peu embarrassé par le caractère bien trempé de sa femme, participe d'un refus de la gravité - voire du sérieux - qui fit sans doute dire à certains auteurs que La Femme qui faillit être lynchée s'inscrivait dans la catégorie des parodies. Il n'en est pourtant rien. Pour contrer cette assertion, il suffirait de creuser les porosités entre le film d'Allan Dwan et le genre du film noir, sempiternel « négatif » du western à Hollywood : rompue aux rôles de femmes fatales, Audrey Totter y exécute deux numéros de chant, lesquels pourraient s'apparenter aux grands moments de séduction dans les cabarets ou les tripots qui abondent dans ces histoires sordides de trahisons et de meurtres passionnels ou crapuleux. La photographie en noir et blanc - quoiqu'ici très lumineuse pour coller à la tonalité du film - était de moins en moins à la mode dans le western à l'ère du Technicolor ; alors qu'elle a toujours fait partie de l'esthétique du film noir. Enfin le genre qui a tendance à laisser les rennes de l'intrigue aux femmes fortes et à déviriliser systématiquement les hommes n'est évidemment pas le western. Il est néanmoins un élément de distinction auquel le film noir est totalement imperméable : tragique par essence, il ne supporte aucune nuance décontractée ; le western, de tous temps, si ! Sans quoi Rio Bravo, La Charge héroïque, et pourquoi pas Mort ou vif ou Silverado pourraient être pareillement qualifiés de parodies pour leur singularité et leurs moments de légèreté.

Laissons-là les tentatives d'étiquetages et admettons que pour le vétéran qu'est Allan Dwan (qui a commencé au temps du muet et dont La Femme qui faillit être lynchée est, sur le nombre, l'un des derniers travaux), la distance qui semble séparer le western du film noir ou de la comédie de mœurs, tout comme celle qui sépare les hommes et les femmes ou encore le Nord et le Sud - et manifestement le classicisme et la modernité - est simplement très relative et, au final, ne prête qu'à sourire.

Morgan Iadakan








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Image :
Tourné dans un beau noir et blanc (et non en Trucolor comme c'était apparemment prévu), l'image conserve, au prix d'un léger bruit numérique ici et là dont on devra faire abstraction, une brillance et une netteté impeccables.

 


Son :
Commençons par signaler que la version française, pour des raisons malheureusement irréversibles, est catastrophique : sauts sur la piste de dialogues, traduction souvent approximative, la plupart des doubleurs en manque de vitamines, bande-son et surtout piste musicale (par ailleurs excellente) qui passent complètement à la trappe derrière les voix françaises... La version originale, quant à elle, compose avec l'enregistrement mono d'origine, dont le mixage DTS HD Master Audio ne dessert en rien la vitalité du film.

 


Interactivité :
Trois commentaires enthousiastes sur le film : dans le premier Bertrand Tavernier expose la place du réalisateur Allan Dwan au sein de Republic Pictures, et tient un discours volontiers critique, subjectif mais assez détaillé sur le script, les différents comédiens et la rigueur historique du film ; dans le deuxième Patrick Brion situe le film dans l'histoire du western, dresse des parallèles avec d'autres productions et signale l'utilisation de stock-shots issus de L'Escadron Noir de Raoul Walsh ; enfin Philippe Ferrari insiste quant à lui - avec son allure de Neil Young sur le retour - sur le féminisme de Dwan et l'écriture des personnages féminins et masculins en contradiction avec les canons du genre. Un certain nombre de questions - celle du traitement du célèbre Quantrill, celle des westerns mettant les femmes au centre de leur intrigue, celle de la parodie chez Dwan (via les remarques de Peter Bogdanovich dans son livre d'entretiens) - sont recoupées par les trois intervenants, qui apportent chacun leur pierre à la réflexion commune.

Liste des bonus : Présentation par Bertrand Tavernier ; Présentation par Patrick Brion ; Présentation par Philippe Ferrari

 
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