SPETTERS
Pays-Bas - 1980
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Spetters »
Genre : Drame
Réalisateur : Paul Verhoeven
Musique : Ton Scherpenzeel
Image : 1.85 16/9
Son : Néerlandais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 122 minutes
Distributeur : BQHL
Date de sortie : 9 septembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Spetters »
portoflio
LE PITCH
Périphérie de Rotterdam, Pays-Bas, 1980. Rien, Eef et Hans sont trois jeunes hommes issus de la classe ouvrière qui rêvent de gloire et de fortune, unis par leur passion du motocross et leur admiration pour la star nationale de ce sport, Gerrit Witkamp. Quand la belle vendeuse de frites Fientje s’installe dans leur ville, elle aussi rêvant de fortune, elle jette son dévolu sur celui des trois amis semblant promis au plus bel avenir, Rien. Mais suite à un accident, celui-ci perd l’usag...
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L'huile et la graille

Détesté par tout le Pays-Bas lors de sa première sortie poussant déjà Paul Verhoven à se poser la question d'une émigration prochaine, la haine provoquée par Spetters n'aura été dépassée que bien plus tard par Showgirls, la aussi qualifié d'œuvre vulgaire et réactionnaire. Verhoeven il est vrai n'est pas toujours diplomate quand il expose un simple reflet du monde.

Comme sa carrière américaine, la grande période hollandaise de Paul Verhoeven aura vogué au gré de rapports souvent compliqués avec son public, les succès populaires étant très souvent rattrapés par un revers cinglant. Et l'exemple le plus frappant reste Spetters, drame « dans l'air du temps » succédant au succès d'un Soldier of Orange beaucoup plus accessible célébrant une génération de héros de la résistance. Un formidable engouement qui aboutit même à une version longue du film transformée alors en minisérie pour la télévision. Mais à cet essai aux contours volontairement classiques mettant en avant des héros aux parcours érudits et aristocrates, Verhoeven va opposer Spetters, drame contemporain s'intéressant à un groupe de jeunes issus de la classe moyenne, fans de motocross et rêvant bien entendu d'un horizon plus glorieux que leur banlieue grisâtre. Un projet beaucoup moins séducteur, que le réalisateur travaille avec son habituelle nature que l'on qualifie bien trop souvent « d'européenne ». Car s'il y a bien entendu dans le fond et la forme des traces évidentes du néoréalisme italien ou de la Nouvelle Vague française, son cinéma étonnamment léché, au cadres travaillés, aux mouvements fluides et nobles est tout aussi nettement marqué par la fibre américaine. Quitte même à citer avec culot la course de char de Ben Hur pour mettre en image une compétition de moto.

 

l'art de la fanfare


Doté d'une photographie assez terne, malgré quelques rouges et oranges relevés, d'un décor sans fard frôlant parfois le misérabilisme ironique (l'entrainement en pleine décharge), Spetters est cependant mis en image avec les atours d'une chronique adolescente fiévreuse, énergique, romantique parfois même comme un écho moderne à La Fureur de vivre de Nicholas Ray et à tout un pan du teen movie hollywoodien. Sauf qu'ici les rêves sont inévitablement contrariés par une réalité bien plus violente, plus amère, le héros ne s'échappant pas sur l'horizon avec sa belle (l'égérie Renée Soutendijk), mais finissant par la convaincre d'investir dans un bar-friterie avec lui. Une ironie cruelle qui parcourt tout le film, accompagnée d'une crudité tout simplement unique pour son époque, rare encore de nos jours. La force de Spetters étant non pas de conter une nouvelle fois le passage à l'âge adulte de quelques jeunes gens, mais dans révéler les habituels à cotés et de ne jamais détourner la caméra par fausse pudeur. La sexualité en particulier, est étalée ici avec une évidence désarmante. Tour à tour drôle lorsqu'après une tentative infructueuse les deux couples simulent chacun de leur cotés l'orgasme, triste lorsque les chairs sont exposées dans toutes leurs imperfections ou violante lors d'un viol collectif venant venger des mises à tabacs d'homosexuels par un mécano trop homophobe pour être honnête. Le film n'est jamais loin du sordide, et pourtant il préserve son équilibre délicat jusqu'au-bout grâce à la tendresse que porte le réalisateur pour ces jeunes héros modestes, bridés par des adultes et une société qui leur ont déjà imposé une feuille de route.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Pour son édition Bluray, BQHL semble reprendre directement le master HD restauré déjà présenté sur le DVD. Un travail effectué aux Pays-Bas et qui permet de redécouvrir le métrage dans des conditions largement supérieures à ce qu'on avait pu observer jusque-là. En particulier du coté des couleurs aux contrastes désormais beaucoup plus riches et mieux définis. Le cadre est relativement propre, avec uniquement quelques restes discrets de gommages, et délivre dans les séquences lumineuses un rendu plutôt percutant, vif, et agréablement défini. Les enchainements rapides et les scènes nocturnes sont cependant un peu plus compliquées avec des noirs envahis de masses neigeuses fluctuantes et de mouvements plus flous.

 


Son :
La piste sonore est exactement la même que sur le DVD avec un Dolby Digital 2.0 qui s'efforce surtout de rester au plus près de la simplicité originale. Une version originale très claire, bien équilibrée avec quelques effets latéraux bienvenus donnant un peu de coffre aux courses de motocross et aux tubes pop-rock de l'époque.

 


Interactivité :
La beaucoup trop courte interview de Paul Verhoeven est de retour. Un entretien de moins de dix minutes sur le film mais qui heureusement reste très intéressante grâce au franc parlé du cinéaste. Il réussit en quelques lignes à revenir sur les origines du film, les intentions et le rejet violent de ce dernier à sa sortie.

Liste des bonus : Entretien avec le réalisateur Paul Verhoeven (7').

 
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