LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRèS LA PLUIE
Ugetsu monogatari - 雨月物語 - Japon - 1953
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Réalisateur : Kenji Mizoguchi
Musique : Fumio Hayasaka
Image : 1.33 4/3
Son : Japonais Dolby Digital mono
Sous-titre : Français
Durée : 96 minutes
Distributeur : Capricci Pictures
Date de sortie : 3 mars 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Au XVIe siècle, le potier Genjuro et le paysan Tobeï abandonnent leur village ravagé par la guerre civile et partent à la ville, laissant leurs femmes derrière eux. De nombreux malheurs vont mettre leurs rêves de fortune et de gloire à l’épreuve.
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Nuits limpides

Classique immuable du cinéma japonais, Ugetsu Monogatari marqua aussi par son Lion d'Argent récolté à la Mostra de Venise la démocratisation de ce cinéma exotique (pour les occidentaux) et une vague d'amour enflammée de la part des cinéphiles pour l'œuvre de Kenji Mizoguchi.

On ne sait pas toujours ce qui provoque la découverte totale d'un artiste, mais Ugetsu Monogatori ne la doit clairement pas seulement au hasard. Si en 1953 Kenji Mizoguchi est déjà considéré comme un maître sur l'archipel avec presque trente ans de carrière derrière lui, il signe avec ce long métrage une nouvelle montée en puissance dans l'exploration minutieuse de l'espace et du mouvement. Marqué par les grands expressionnistes allemands, mais teinté systématiquement d'une légèreté plus asiatique, la minutie de ses cadrages aux contours picturaux, allié à une photographie noire et blancs somptueuses, se déploient avec lenteur et contemplation, mais jamais avec immobilisme. Le placement des personnages dans le cadre, leurs mouvements progressifs dans l'espace et les mouvements de caméra (discrète mais révélatrice) sont d'une finesse rarement atteinte. Surtout, ils viennent redessiner les liens, ou les manques de liens, qui connectent ces êtres humains faillibles avec leur environnement, leurs proches ou leurs désirs. Une traversée nocturne d'un lac envahi d'une brume opaque déplace le film de la chronique historique au récit fantastique, un simple dialogue à distance montre la place de l'homme et la femme dans leur couple, tandis qu'un long et fluide plan séquence résume d'un seul mouvement l'impossibilité pour un pauvre paysan de se hisser à la hauteur des samouraïs.

 

auprès de mon arbre


Une leçon de mise en scène, de narration, de maîtrise technique, au service d'une fable humaniste finalement des plus accessibles. Certes Ugetsu monogatari se déroule dans un japon médiéval détaillé, pioche dans les contes culturel (mais aussi chez Maupassant) et vient évoquer en filigrane la perte d'identité du japon d'après-guerre, mais cette double trajectoire de modeste potier perdant leur identité à force de courir après la richesse pour l'un et la gloire pour l'autre, résonne forcément comme une illustration universelle de la condition humaine et plus ouvertement d'une prise de distance destructrice avec l'ordre naturel des choses. Si Genjuro et Tobei sont présentés comme des petits bonhommes souvent pathétiques ce n'est pas à cause de leur condition initiale, mais bien par leurs désirs futiles, ridicules (en particuliers lorsque Tobei se perd dans ses propres fables de Général stratège) qui mettent leur famille en danger. Les fiers samouraïs, les puissants, ne sont pas beaucoup mieux lotis présentés comme de sordides mercenaires pilleurs, voleurs, ivrognes et violeurs plongeant leurs terres dans le chaos. Comme souvent chez Mizoguchi seules les femmes trouvent une certaine grâce, victimes de l'égoïsme de leurs maris, poussée à la famine ou à la prostitution, prisonnières de leurs anciennes demeures qu'elles hantent au-delà la mort, posant un regard lucide et mélancolique sur leurs amours perdus. Pour une fois toute la grâce et la poésie du film se retrouve parfaitement évoqué par ce superbe titre français : Les Contes de la lune vague après la pluie.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Déjà proposé dans le coffret Mizoguchi de Capricci mais aussi par Criterion aux USA, cette nouvelle copie HD restaurée par la The Film Fondation de Martin Scorsese vient redonner un sacré coup de fouet à un film longtemps visible uniquement dans des conditions faméliques. Ici tout à été retravaillé à la source avec un nouveau scan 4K du négatif et un nettoyage chimique colossal et délicat de chaque photogramme. Le résultat est éclatant avec une stabilité quasiment parfaite, des contrastes finement dessinés et une définition à la fluidité jamais atteinte sur ce film. Avec ses charmants reflets argentiques et son piqué ultra précis qui n'atténue jamais les évolutions du grain, le Bluray a des airs d'objet précieux.

 


Son :
Si on ne trouve du côté de pistes sonores qu'un « simple » mono d'origine, et sans diffusion DTS HD Master Audio qui plus est, celui n'en a pas moins profité lui aussi d'une restauration de très grande qualité. Composant admirablement avec la frontalité du mix initial, mais aussi avec ses limites dynamiques, la piste se montre d'une clarté à toute épreuve et ne laisse filtrer pas, ou très peu, de sensations de saturation ou de chuintements, et absolument aucune saute.

Liste des bonus : Aucun

 
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