LES BOUCANIERS
The Buccaneer - Etats-Unis - 1958
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Genre : Aventure
Réalisateur : Anthony Quinn
Musique : Elmer Bernstein
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 120 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 3 décembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
1812. La guerre fait rage entre les indépendantistes américains et la puissance impérialiste britannique qui réunit une armée considérable pour définitivement étouffer la rébellion. Avec seulement 1.200 hommes, le général Andrew Jackson doit tenir La Nouvelle Orléans contre 60 navires et 16.000 soldats ennemis. Son seul espoir : que le boucanier français Jean Laffitte se rallie à sa cause...
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Le bug de l'an DeMille

1956. Cecil B. DeMille est au firmament d'Hollywood suite au succès planétaire des Dix commandements. Mais ce vieux Monsieur de 74 ans est alors considérablement affaibli par un tournage titanesque de 7 mois. Dès lors, il se sait trop fragile pour mettre en scène son projet suivant, Les Boucaniers, remake de son propre film de 1938, Les Flibustiers. Il décide alors, froid calculateur, de confier le projet à son gendre, Anthony Quinn, acteur fraichement oscarisé (pour Viva Zapata!) mais inexpérimenté derrière la caméra. Pour Quinn, la proposition de beau-papa ressemble peut-être à un piège, mais comment, pour qui caresse le rêve de devenir cinéaste, la refuser ?

L'acteur d'origine mexicaine (Antonio Rodolfo Quinn Oaxaca de son vrai nom) signe alors des deux mains, se disant que son bagage d'acteur, couplé au talent de son chef opérateur Loyal Griggs (alors en place sur les films de Michael Curtiz, Cecil B. Demille et Anthony Mann) et au charisme de stars en pleine ascension, feront forcément des merveilles... Mais rien ne se passe comme prévu. Sur le tournage, en grand partisan de la Méthode Stanislavski, Quinn est très proche de ses acteurs... qui finissent par le juger trop interventionniste et le rejeter, avec à leur tête un Yul Brynner imbuvable. Incapable de tenir son plateau, victime des remontrances et du contrôle permanent de ses deux producteurs Cecil B. Demille et Henry Wilcoxon, le néo-réalisateur est tétanisé. Et finit par mettre en boîte un film (son seul et unique) beaucoup trop sage pour son propre bien. Car cette histoire - celle de Jean Lafitte (Yul Brynner, chevelu), flibustier français du début du 19è siècle, embarqué par amour dans le conflit opposant les impérialistes britanniques aux indépendantistes américains - aurait certainement mérité une mise en image plus canaille, plus enlevée.

 

Demille maniac


Ici, la caméra se fait beaucoup trop statique, et ne parvient pas à dynamiser un scénario romançant largement la vie de personnages ayant existés. Les comédiens, enfermés dans des décors de studio (charmants mais déjà anachroniques pour l'époque) - connaissent des fortunes diverses. Charlton Heston est impérial en Andrew Jackson (commandant des forces US), quand Yul Brynner s'empêtre dans un surjeu sans nuance. Son second, interprété par Charles Boyer, est délicieux dans les bottes d'un ancien tirailleur de Napoléon. Les rôles féminins sont eux clairement sous écrits. Si Claire Bloom arrive à tirer son épingle du jeu en pirate jalouse et aigrie, Inger Stevens joue la bien-aimée de Lafitte dans un style dégoulinant de bons sentiments. Une prestation datée au cœur d'une romance inventée pour les besoins de la narration, et qui ne fait qu'appuyer une approche scénaristique certes solide en termes narratifs, mais tout à fait discutable historiquement.


Car DeMille, Maccarthyste convaincu, avait beau être un républicain tendance dure, on reste surpris de le voir dépeindre de manière si romantique Andrew Jackson et Jean Lafitte, esclavagistes notoires. C'est d'autant plus gênant que le film ambitionne de faire de l'histoire sérieusement, comme le montre son introduction, mettant en scène un Cecil B.Demille professoral, chargé de nous expliquer le contexte géopolitique de l'intrigue. Mais le Hollywood de l'époque s'accommodait fort bien de tels contrastes. Et, pour peu que l'on soit bien luné, cela n'empêche pas de profiter de ce spectacle bien exécuté (la lumière et la direction artistique sont très belles) malgré les évidentes carences de la mise en scène

François Willig




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Image :
Film tourné et projeté dans le spectaculaire format Vistavision, Les Boucaniers bénéficie pour sa sortie bluray d'une copie très propre même si elle faiblit ça et là et laisse parfois apparaître quelques artefacts de compression dans les scènes compliquées (le brouillard de l'introduction par exemple). La copie reste stable tout au long du film et les couleurs chatoyantes sont merveilleusement rendues. Le format 1:85 n'est malheureusement pas respecté et le film semble donc avoir été légèrement zoomé pour rentrer dans du 1:78.

 


Son :
Une piste VO 2.0 claire et riche. Même si l'on regrette que la musique d'Elmer Bernstein soit sous-mixée (le thème d'intro laissait pourtant présager du meilleur). C'est très probablement un choix de mise en scène petit bras, à l'image du film. La VF est passable. Les dialogues sont comme souvent sur-mixés, et pas toujours très clairs. A noter qu'il s'agit d'une version intégrale du film, comportant des scènes jamais doublées, et donc sous-titrées quand on sélectionne la VF.

 


Interactivité :

Patrick Brion, notre grand-père à tous, ouvre ces bonus avec un sympathique module dans lequel il fait, comme à son habitude, un rappel du contexte historique de production, avant de nous dire tout le bien qu'il pense de ce film selon lui sous-estimé. Bertrand Tavernier prend la suite dans une longue présentation (37' minute !) qui prend plutôt la forme d'une exécution. Sans filtre, le réalisateur-historien dégomme le film avec ardeur, tout en nous régalant d'anecdotes et de précisions historiques. Comme souvent, c'est plutôt une postface qu'une présentation, et il est à notre avis plus malin de la visionner après le film. Un documentaire de 1995 sur Yul Brynner est également présent. Daté et vraiment pas joli, il remplit néanmoins son office en nous contant le parcours invraisemblable de ce comédien surdoué et frondeur. Mais comme souvent, l'excès de glorification finit par ennuyer et par empêcher une vraie connaissance du sujet traité. Enfin, on trouve sur la galette une invraisemblable « bande-annonce » de 10 minutes qui voit un Cecil B.DeMille plus droitisant que jamais, pétoire(s) de pirate en main, nous faire la promo du film en insistant lourdement sur sa valeur historique. Priceless !

Liste des bonus : Présentations par Patrick Brion (2019, 9') - Présentations par Bertrand Tavernier (2019, 37') - Yul Brynner, l'homme qui devint roi (VF, 1995, 58') - Bande-annonce par Cecil B. DeMille (10')

 
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